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Maroc-Algérie, deux modèles dos à dos

AM*

Les deux poids lourds économiques du Maghreb central, avancent en sens inverse selon le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD).

Le Maroc accélère, diversifie et s’ouvre au monde, porté par 4,7 % de croissance et un déficit budgétaire ramené à 3,5 % du produit intérieur brut (PIB). L’Algérie tient grâce à ses hydrocarbures, affiche le même rythme de croissance ou presque, mais creuse un déficit budgétaire colossal de 14,0 % du PIB et assume une stratégie de quasi-autarcie financière. Deux Maghreb, deux modèles, deux trajectoires que rien ne semble pouvoir rapprocher à court terme.

  • Maroc, l’accélération maîtrisée

L’économie marocaine a accéléré à 4,7 % en 2025 contre 3,8 % en 2024, tirée par la vigueur des investissements et de la consommation des ménages côté demande, et par la reprise de l’agriculture, de l’industrie manufacturière, de la construction et du tourisme côté offre (BAD, 2026, note pays Maroc). L’inflation est tombée à 0,8 %, l’une des plus basses du continent, ce qui a permis à Bank Al-Maghrib d’abaisser son taux directeur à 2,25 % dès le premier trimestre 2025. Les finances publiques se sont améliorées, le déficit budgétaire reculant à 3,5 % du PIB et la dette publique à 67,7 % en 2024, avec une dette extérieure contenue à 29,3 % du PIB. Le déficit courant s’est toutefois creusé à 2,0 %, sous l’effet d’un déficit commercial élargi par la hausse des importations, partiellement compensé par les recettes touristiques et les transferts de la diaspora.

Le marché du travail reste le talon d’Achille. Le chômage global est passé à 13,0 %, mais frappe encore très durement les jeunes à 37,2 %, les diplômés à 19,1 % et les femmes à 20,5 % (BAD, 2026, note pays Maroc). Le gouvernement compense par l’extension de l’assurance maladie obligatoire à 88 % de la population et par le déploiement du Programme d’aide sociale directe. Côté financement du développement, le Maroc s’appuie sur un système financier relativement développé, avec une capitalisation boursière de 47,1 % du PIB et un accès favorable aux marchés internationaux, malgré la prédominance bancaire et une cote restreinte à seulement 77 sociétés. Le pays mise sur ses groupes panafricains, sur Casablanca Finance City (CFC) et sur les partenariats public-privé pour mobiliser les capitaux nécessaires à ses infrastructures hydro-agricoles, industrielles et logistiques. Les perspectives 2026-2027 tablent sur 4,2 % puis 4,3 % de croissance.

  • Algérie, la souveraineté budgétaire à tout prix

L’Algérie a vu sa croissance ralentir légèrement à 3,3 % en 2025 contre 3,6 % en 2024, soutenue par une forte production manufacturière et agricole ainsi que par l’investissement et la consommation des ménages (BAD, 2026, note pays Algérie). L’inflation a fortement reculé à 1,7 %, contre 4,4 % un an plus tôt, sous l’effet de la baisse des prix alimentaires, ce qui a permis à la Banque d’Algérie de ramener son taux directeur à 2,5 % en janvier 2026. Mais le déficit budgétaire reste vertigineux, à 14,0 % du PIB en 2025 contre 13,8 % en 2024, sous l’effet d’une dépense publique massive consacrée au financement des infrastructures. Il est financé pour l’essentiel par les recettes des hydrocarbures et par la dette intérieure. La dette publique s’élève à 48,1 % du PIB, avec moins de 2 % seulement de dette extérieure, ce qui révèle une stratégie pleinement assumée. Les réserves de change restent confortables à 47,1 milliards de dollars, soit plus de 15 mois d’importations.

C’est tout le paradoxe algérien. Le pays affiche l’un des indices de développement humain les plus élevés du continent à 0,763, des réserves abondantes et une dette extérieure quasi inexistante, mais s’enferme dans une dépendance structurelle aux hydrocarbures que la BAD identifie comme le risque majeur (BAD, 2026, note pays Algérie). Le rapport souligne que la stratégie de souveraineté financière, si elle protège des chocs externes, freine la diversification des sources de financement et la mobilisation de l’épargne privée. La loi de finances 2025 a marginalement entrouvert la porte à un recours ciblé au financement extérieur pour des projets stratégiques. Mais la BAD plaide pour une diversification plus profonde, passant par l’émission d’obligations vertes, l’accélération des partenariats public-privé, la formalisation du secteur informel et la mobilisation de la diaspora. Les perspectives restent positives à court terme avec 4,1 % puis 4,2 % de croissance projetée en 2026 et 2027, mais le déficit budgétaire devrait rester proche de 14 % du PIB.

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1 COMMENTAIRE

  1. Le rapport de la BDA oublie de pointer le PPA (parité de pouvoir d’achat), selon le FMI en 2026, Algérie c’est ~19 680 dollars par habitant quand pour le Maroc c’est ~12 340 dollars par habitant soit un écart de 60% ce qui est loin d’être anodin ce qui traduit également un modèle différent qui du côté algérien vise à aplanir les inégalités sociales quand au Maroc, ces inégalités sont accentuées par une distribution inégale des richesses. Par ailleurs, le choix de ne pas s’endetter auprès du fmi ou de la banque mondiale n’est pas un élément négatif au contraire. Enfin, les derniers événement géopolitique montrent à quel point le modèle marocain est fragilisé par une dépendance accrue aux hydrocarbures et aux prix du marché, le ministère de l’économie avait tablé pour un prix du baril à 65$ quand en 2026, il aura été au minimum pendant un tiers de l’année à plus de 100$ , obligeant même la compagnie RAM a revoir ses destinations et programmes de vol. Cette situation se traduisant inéluctablement par des écarts de PIB, de PPA encore plus importants quand le bilan sera fait l,an prochain.

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