Lors de la clôture de la 36ème édition des Journées de l’Entreprise, organisées à Sousse, le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, Marouene El Abassi, a donné quelques explications et précisions sur le programme des réformes et le code des changes, en l’absence de la ministre des Finances, Sihem Boughdiri Nemsia.
Il s’est exprimé sur la situation économique du pays telle qu’elle régnait à l’époque où il avait pris ses fonctions à la tête de la BCT avec une inflation à 7.6%, une inflation sous-jacente à 9.8, une dépréciation du dinar de 15 à 20%, un refinancement à 7 milliards de dinars, et des conditions extérieurs difficiles, car la Tunisie n’a pu à l’époque s’assurer un concours financier auprès du FMI.
La Tunisie, selon le gouverneur, avait élaboré 2 programmes dans le cadre de ses relations avec le Fonds monétaire international, et « ils avaient extrêmement mal fonctionné », selon ses propos, et ce en raison d’un problème de politique économique.
Et dans une année traversée par de grandes difficultés, l’objectif, en collaboration avec le ministère des Finances, était d’essayer de réduire le déficit budgétaire, qui était de 11%.
« On revient, et on revient de loin »
Abassi a rappelé que la BCT avait pris des décisions extrêmement difficiles, car il était question d’assurer la stabilisation macro-économique, d’où la hausse des taux. « Nous ne pouvons pas ne pas consentir des sacrifices économiques, et faire de la croissance économique en même temps. Nous avons dû augmenter les taux car on risquait de perdre notre taux de change, et c’est ce que nous avons fait, car ce taux de change est important pour un pays qui paye ses dettes en devises », a-t-il précisé.
Et même si fin 2019, le dinar a commencé à s’apprécier, et que l’inflation sous-jacente a baissé, la Tunisie n’a pu gérer considérablement la crise du Covid, qui a eu un impact direct avec -8% de croissance. « Nous sommes en train de payer aujourd’hui notre mauvaise gestion de la crise, mais en même temps, on revient, et on revient de loin… », a-t-il affirmé.
L’accord avec le FMI doit impérativement être « acceptable »
Le gouverneur a indiqué, qu’avec la guerre russo-ukrainienne, tous les paramètres ont été bouleversés. « Nous avons été impactés au niveau des importations. Le choc de l’inflation est venu de l’extérieur, et a été d’autant d’autant plus impactant ».
Ce qui importe aujourd’hui, selon ses dires, est bien l’accord avec le FMI qui doit être « acceptable », avant tout, ainsi que la stabilisation macro-économique.
D’autre part, le FMI exige que les réformes se déroulent suivant un calendrier déterminé. « 450 personnes ont travaillé sur cette question, nous avons passé tout l’été à plancher sur le programme avec les responsables de l’UGTT, auxquels je rends hommage, et nous avons réussi à 70%, je dirais », a-t-il enchaîné.
Le gouvernement tunisien a, rappelons-le, obtenu un accord préliminaire avec le FMI. Une fois validé par le conseil d’administration, cet accord permettrait à la Tunisie d’obtenir 1,9 milliard de dollars sur quatre ans en soutien à son programme de réformes.
Intégration financière et services de paiement numérique
À cette occasion, Abbasi a également parlé de l’importance d’adopter l’identifiant unique par les propriétaires d’institutions et les hommes d’affaires et d’exploiter les services fournis par le ministère des Technologies de la communication, qui fait un travail important dans le sens de la fourniture et du développement de services numériques, selon son évaluation.
Il a appelé à la nécessité d’adopter des services de paiements numériques qui ont été annoncés pour réduire la circulation des fonds, similaires au service de paiement récemment lancé entre la Steg et la Sonède.
Abbasi a demandé aux participants au panel lesquels d’entre eux ont adopté ces services, soulignant que s’il n’y a pas de paiement numérique, il n’y aura pas de transfert d’argent.
Il a, en outre, souligné que la Banque centrale travaillait sur de nombreuses questions, telles que l’intégration financière, ce qui contribuerait à relever la note de la Tunisie et lui permettrait de conclure des accords avec les institutions financières internationales.
Transparence et efficacité du code des changes
Quant au code des changes, et la trentaine de projets stratégiques en cours, El Abassi a indiqué, qu’en premier lieu, le document, ainsi que l’enquête, préparés à la BCT, doivent être partagés avec le gouvernement. « Les gens ne le savent peut être pas, mais la loi des changes est partagée par le gouvernement, et non par la BCT. Pour notre part, nous apportons une assistance technique. »
D’après lui, une réunion dédiée au code proposé devrait être tenue dans les 10 jours à venir suite à la publication de la loi des finances, et la BCT travaille sur un programme transparent et efficace selon les propos de son gouverneur.
El Abassi a précisé que le texte « ne sera pas révolutionnaire ». Et, « là où il y a une autorisation qui doit être levée, nous allons la supprimer ».
En ce qui concerne le contenu du prochain code, le gouverneur a indiqué que les discussions au sein de la BCT ont couvert plusieurs points tels que ceux de la cyber sécurité, des crypto-monnaies ou encore celui « des jeunes qui travaillent en Tunisie mais sont payés à l’étranger ».









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