Mourou fera-t-il l’affaire ?

Mourou fera-t-il l’affaire ?

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Surgi de presque nulle part et sur lequel peu de monde aurait osé parier un kopeck, Abdelfattah Mourou, complaisamment présenté comme le numéro 2 d’Ennahdha a été finalement choisi, à l’unanimité, importe-t-il de le préciser, comme celui qui portera les couleurs du parti lors de l’élection présidentielle anticipée du 15 septembre. Le verdict est tombé mardi soir, tel un couperet mettant fin à un suspense au début duquel on apprenait que le conseil de la Choura avait pris l’option de ne pas sceller l’investiture de l’un des siens pour disputer le scrutin présidentiel, laissant la porte ouverte au soutien d’un candidat qui ne soit pas issu de ses rangs.

Le débat interne ne faisait que s’étirer et l’état-major du mouvement s’est fixé une date-butoir, renvoyant tout le monde face à l’impératif de conclure avant mardi soir, alors que les protagonistes étaient dans un mouchoir 45-44 lors du précédent conclave du conseil de la Choura. Il n’est quand même pas anodin que l’unanimité se soit vite faite de porter le choix sur quelqu’un dont on disait qu’il n’était voué à aucun haute charge au sein du parti dont il était pourtant l’un des deux fondateurs. Sans doute était-ce l’unique épilogue d’une dure épreuve à laquelle étaient confrontés tous les membres, et d’abord les militants, d’une formation politique dont la discipline est la vertu cardinale. Un parti de cadres qui fait la part belle à l’engagement militant au contraire du parti de masse qui a vocation à mobiliser un maximum d’adhérents.

La cassure a peut-être été évitée !

L’investiture de Mourou a ceci de « salutaire » qu’elle évite au mouvement Ennahdha une cassure, à tout le moins une division qui, sans rappeler ce qui arrive aux autres partis de l’échiquier politique tunisien, ne serait pas loin d’un aggiornamento qui pèsera de tout son poids sur le devenir de ce parti, d’habitude ésotérique mais auquel il est arrivé , cette fois-ci, d’étaler ses différends sur la place publique, avec la touche de pudeur qui sied à un parti islamiste. En tout cas, Mourou émerge comme un fédérateur qui aura la tâche d’arrondir les angles, raccommoder ce qui peut l’être et fixer dans le giron du parti les quelque 40 pour cent de ses membres, de jeunes militants frais émoulus, ayant rejoint Ennahdha depuis 2011 et qui, sans doute, brûlent d’en découdre avec la vieille garde.

Cette élection présidentielle anticipée au rebours des attentes des caciques d’Ennahdha déteindra-t-elle sur les Législatives où le chef du mouvement, Rached Ghannouchi, se présente dans la circonscription Tunis, et de là, briguera le perchoir de la prochaine Assemblée des représentants du peuple ? Et si c’était le cas, qu’est-ce qui pousserait Ennahdha à avoir le ventre si gros en ayant un pied au Bardo et un autre à Carthage ? Mourou a-t-il le pédigrée d’un président de la République, si peu importantes soient ses prérogatives au regard de celles d’un chef du gouvernement continuellement sous la coupe du Parlement ?

La voix de son maître !

Le fait est que le fondateur d’Ennahdha Rached Ghannouchi a estimé que le choix de Mourou comme candidat du parti est un signe de la « foi d’Ennahdha en la démocratie, la République et la révolution tunisienne », Et il ne s’est pas privé de défendre la décision de son parti de présenter un candidat à l’élection présidentielle en dépit de ses précédentes décisions contraires. Il n’en demeure pas moins que le gendre de Ghannouchi, Rafik Abdelsalam, a dénoncé publiquement comme «  un mauvais choix qui ne répond pas aux exigences de la phase actuelle », la décision d’investir Mourou pour l’élection présidentielle.

Abdelfattah Mourou aura à croiser le fer avec une aréopage de candidats qui se font annoncer au fil des jours mais dont il ne resterait pour le round final que le postulant antisystème Nabil Karoui, et Abdelfattah Mourou , selon de analystes dont l’avais a été sollicité par le site Middle East Eye. Ils expliquent que « la course finale se déroulerait très probablement entre Mourou et Karoui, en raison de l’éventuel partage des voix entre Youssef Chahed et Abdelkrim Zbidi, qui viennent du même courant politique moderniste ».

Mourou , le pragmatique !

Sharan Grewal, chercheur invité à la Brookings Institution, a décrit Mourou comme ” un leader d’une faction libérale et pragmatique ” au sein du mouvement islamique en Tunisie. Mourou a préconisé une division stricte entre le travail religieux et politique d’Ennahdha et a exprimé son soutien au choix des femmes musulmanes de marier des non-musulmans, une question controversée en Islam.

S’il devient président, cependant, son point de vue sur la politique étrangère sera le plus important. Selon la Constitution tunisienne, le mandat du président se limite à la politique étrangère, à la défense et à la sécurité nationale. Mourou a critiqué les politiques du président américain Donald Trump dans la région, en particulier la décision de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem et son soutien à Israël. Mais, selon une autre analyse, ” un président d’Ennahdha maintiendrait probablement le statu quo ” dans les relations bilatérales entre la Tunisie et les Etats-Unis ».

1 COMMENTAIRE

  1. La candidature de Mourou est une pure tactique politique. Beaucoup de Tunisiens ont la mémoire courte et sombrent dans les apparences. On a entendu dire que Mourou est une personalité cultivée, ouverte et modérée. ..N’oubliez jamais que la vrai personaliée de Mourou c’est celle qui apparait dans sa vidéo avec Wajdi Ghonim …

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