La scène n’est pas peu commune, on n’en voit sous bien des altitudes, et pas uniquement dans les pays dits pauvres, en développement ou émergents. Des denrées alimentaires, autrefois abondantes, sont prises d’assaut s’il leur arrive d’être furtivement disponibles, comme c’est présentement le cas du café, du sucre, moins souvent du riz. Des pénuries à la pelle, dont on va pâtir encore et encore, face à des économies en crise, des monnaies en difficulté et une inflation qui sape le pouvoir d’achat.
Des prévisions économiques inquiétantes pèsent déjà sur l’année 2023. Les économistes s’attendent à une aggravation de la récession mondiale qui entraînera une nouvelle dépréciation des monnaies, une flambée des prix et une augmentation des taux de chômage et de pauvreté. Une situation qui ressortit, à titre principal, à la guerre en Ukraine qui a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, entraînant une forte hausse des prix des denrées alimentaires et du carburant, aggravant ainsi les pressions inflationnistes. Cette situation a exercé une pression supplémentaire sur les monnaies nationales et la confiance des entreprises, menaçant l’emploi et freinant la croissance.
La dépréciation des monnaies arabes contre le dollar est particulièrement préoccupante pour les pays les plus vulnérables, car les ménages qui avaient constitué une épargne avant la récession ont vu la valeur de leurs économies s’effondrer et les filets de sécurité se dérober sous leurs pieds.
Par exemple, la vie d’environ 130 millions de personnes dans la région est désormais rongée par la pauvreté, selon l’enquête sur les développements économiques et sociaux dans la région arabe, publiée en décembre par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao).
Des pénuries à répétition
La Tunisie est logée d’une façon ou d’une autre à cette enseigne , dans la mesure les crises de pénurie des produits alimentaires de base risquent de s’y multiplier, comme le prévoit l’agence de notation Fitch Ratings pour les 12 prochains mois, suite à la hausse continue des prix des produits agricoles dans le monde, d’une part, et la possibilité de ne pas réaliser la croissance économique nécessaire, d’autre part.
Dans le même contexte, elle a souligné que les risques liés à l’alimentation pourraient augmenter, et ce dans le cadre de son évaluation du secteur de l’alimentation et des boissons, en termes d’évolution de ses recettes en 2023, mettant en garde contre l’accroissement des défis socio-économiques et de leur impact sur le pouvoir d’achat des Tunisiens, selon un rapport publié à la mi-février 2023, sur le secteur de l’alimentation et des boissons en Tunisie.
Fitch Ratings a estimé que les pressions liées à l’inflation et la crise de la balance des paiements extérieurs, en plus des difficultés rencontrées par le pays dans l’importation, sont autant des facteurs à même de réduire les catégories des consommateurs à faible et à moyen revenu, en matière des dépenses allouées à l’alimentation.
Dans son évaluation du secteur de l’alimentation et des boissons en Tunisie, le rapport a souligné que ce secteur est influencé par la hausse des taux de croissance démographique et l’élargissement urbain important, ainsi que par l’évolution des parts de dépenses allouées à l’alimentation et aux boissons, prévoyant son évolution au cours de quatre prochaines années.
Le rapport de l’agence de notation « Fitch Ratings » sur le secteur d’alimentation et de l’agriculture » a présenté des données sur la balance commerciale alimentaire, le développement du secteur des grandes surfaces commerciales et l’évolution de la concurrence entre les entreprises nationales et multinationales.
Les données de l’Institut national de la statistique (INS) publiées sur le taux d’inflation en Tunisie, pour le mois de janvier 2023, ont montré une augmentation des prix des produits alimentaires de 14,1% sur un an.
Cette hausse est expliquée par l’augmentation des prix des œufs (29,6%), des viandes ovines (28,1%), des huiles alimentaires (23,5%), des viandes bovines (21%), des dérivées des céréales (16,9%) et des fruits frais (14,9%).
Au demeurant, l’inflation des prix alimentaires intérieurs reste élevée à travers le monde. Les dernières données mensuelles disponibles pour la période comprise entre octobre 2022 et janvier 2023 font état d’une forte inflation alimentaire dans la quasi-totalité des pays à revenu faible et intermédiaire : 83,3 % des économies à faible revenu, 90,2 % des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et 91 % des économies à revenu intermédiaire supérieur ont enregistré des taux d’inflation supérieurs à 5 %, un grand nombre d’entre elles affichant même une inflation à deux chiffres. La part des pays à revenu élevé touchés par la montée de l’inflation est également élevée : environ 85,5 % d’entre eux connaissent une inflation des prix alimentaires. Les pays les plus touchés se situent en Afrique, en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Asie du Sud, en Europe et en Asie centrale.








