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Pharmacie Centrale : (كي الحوت متاكل ومذموم). La mal-aimée nécessaire

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La Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) joue un rôle déterminant quant à l’importation et la commercialisation de produits pharmaceutiques. La PCT est également responsable de la fixation des prix à l’importation et des appels d’offres pharmaceutiques pour les pharmacies, les hôpitaux et les médicaments vétérinaires. La PCT agit comme une centrale d’achat et de stockage des médicaments importés et comme intermédiaire avec les hôpitaux publics et la fabrication locale des médicaments. Ainsi, la PCT est l’unique importateur de médicaments en Tunisie et, plus largement, le principal régulateur du système d’approvisionnement pharmaceutique du pays.

–          Un monopole qui se justifie par l’impact socioéconomique

Cette institution a acquis une connaissance du marché mondial du médicament et de la négociation des contrats constituant ainsi un atout précieux pour l’ensemble du système pharmaceutique tunisien offrant un réel pouvoir de négociation.

Or, les problèmes liés à l’approvisionnement en médicaments se font de plus en plus sentir depuis quelques années. « La PCT a été tenue pour responsable de ces problèmes à cause de son rôle d’importateur exclusif, d’approvisionneur central des structures de santé publiques et parapubliques et sa responsabilité dans la gestion des stocks de sécurité du pays », selon les altermondialistes de l’OTE (Observatoire tunisien de l’économie) dans un récent rapport. On aurait pourtant beaucoup de mal à imaginer les prix des médicaments en Tunisie et tous les dérapages qui pourraient être enregistrés, s’il arrivait que l’importation des médicaments devienne libre, comme le demandent certains lobbys tunisiens.

« Plus particulièrement, c’est le système de compensation des prix de médicaments qu’assure la PCT qui est largement critiqué, lui causant  une perte  de 210 millions de dinars sur l’exercice de 2018 et en l’absence de soutien financier pour l’appuyer », ajoute encore l’OTE, qui n’a pas fait remarquer que le volume de compensation des prix des médicaments, qui était de 56,4 MDT en 2011, et approchait déjà les 210 MDT en 2018, comme l’indiquent les chiffres de la PCT qu’on retrouve sur son site Internet.

–          La compensation des médicaments multipliée par 3,8 en moins de 10 ans

L’accroissement du poids de la compensation est fortement corrélé à la dépréciation du dinar face à l’euro. Sachant que 80 % des achats de la PCT sont libellés en euro, la rentabilité opérationnelle de la PCT se dégrade d’année en année avec la dépréciation du dinar.

L’essentiel du compte fournisseur est aussi libellé en euro, et son volume a dépassé les 1,1 milliard de dinars en 2017, soit +75 % par rapport à 2015. Ceci est dû principalement aux rallongements imposés aux fournisseurs, ce qui se traduit par une hausse de ces créances dans un contexte de dévaluation du dinar.

Par ailleurs, selon la loi de finance de 2021, la dévaluation du dinar a causé une perte de 62 % sur le résultat net de l’année 2018 par rapport à l’année 2017, passant de 144,8 millions de dinars en 2017 à -234,6 millions de dinars. En effet, cette détérioration est principalement due à l’augmentation de 30,3 % des charges financières nettes résultant de la poursuite de la baisse du taux de change du dinar par rapport aux devises, notamment l’euro et le dollar (78% des paiements aux fournisseurs étrangers) de respectivement 16% et 21% entraînant une perte de change importante de 211,7 millions de dinars en 2018 contre 162,5 millions de dinars en 201742.

–          Inefficace, ou fait ce qu’elle peut ?

« Ainsi, les informations reprises par les médias en 2018 alertant l’opinion publique sur un manque inquiétant d’approvisionnement en médicaments, accusant « l’inefficacité » de la PCT était entre autres due à la forte dépréciation du dinar, qui est complétement indépendante de son ressort mais qui a fortement impacté sa capacité à sécuriser l’approvisionnement en médicament sur le territoire tunisien », concluait l’OTE qui oubliait encore que cette « inefficacité » était aussi due à la crise financière qui secoue la Tunisie depuis 2011, et la rendait presqu’incapable de balancer le taux de change par la hausse de la compensation. Mais aussi la crise des caisses sociales et l’effondrement financier du système des hôpitaux publics, eux aussi compensés par l’argent du budget !

*Observatoire de l’économie tunisienne

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