AccueilLa UNEProblèmes de sémantique entre Saïed & Macron, et Nemsia & Prügel

Problèmes de sémantique entre Saïed & Macron, et Nemsia & Prügel

Chroniqueuse et écrivaine, Isabelle Alonso disait que « entre ce qu’on cherche à exprimer, ce qu’on parvient à exprimer et ce que les gens comprennent, le mode de communication tient plus du téléphone arabe que de la photocopie ».

Le philosophe français Paul Ricœur  disait, de son côté, que « la communication serait la vérité si elle était totale ». Les deux exemples de communication officielle en Tunisie que nous traitons, montrent que communication rime toujours avec manipulation.

–          Ce n’était pas pour les TPME, mais pour encourager Saïed au retour à l’ordre Constitutionnel

L’Allemagne a annoncé le versement imminent d’une aide de 100 millions d’euros à la Tunisie. Or, d’une transcription à l’autre du même communiqué, de la rencontre de la ministre tunisienne des Finances Sihem Nemsia avec l’ambassadeur allemand Peter Prügel, les nuances sont grandes !

Dans son Post sur fb, intitulé « l’Allemagne aide la Tunisie à dépasser la crise économique et financière actuelle », il est dit cependant que « à travers le crédit de 100 millions d’euros, l’Allemagne récompense les réformes entreprisses par la Tunisie dans le secteur bancaire, dans l’objectif d’améliorer l’accès des TPME aux services financiers, comme étant une condition de développement économique ». Et non avoir « pris cette décision en soutien à la promesse du président Kais Saied d’un retour à l’ordre constitutionnel, et d’une restauration de l’acquis démocratique », ni même et surtout que le crédit était « dans l’objectif d’améliorer l’accès au financement des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) ».  Mais plutôt que la décision d’accorder le crédit a été prise par l’Allemagne « avec la conviction que la feuille de route du président ouvre la voie au retour à l’ordre constitutionnel et restaure l’acquis démocratique dans le pays ». Manière de dire : « continuez dans ce sens. Et voici de l’argent pour vous donner du courage » !

Le crédit n’était donc pas pour les TPME. L’Allemagne voulait tout simplement encourager Saïed à restaurer l’ordre constitutionnel, sachant que les 100 millions d’euros iront directement à des caisses de l’Etat en manque de liquidité. L’aide était donc hautement politique, et non technique et financière. Une aide dispensée, non aux banques pour faciliter l’accès des TPME au financement, mais en appui sonnant et trébuchant aux revendications européennes d’une séparation des pouvoirs, et la suprématie des lois dans une Tunisie qui restaurerait les acquis démocratiques, tels que les conçoivent les Européens. Manifestement, la MF voulait donner un autre sens, moins politique et plus technique à cette aide allemande qui était pourtant sans le dire une aide conditionnée. « L’Allemagne suivra de près les développements futurs en étroite coopération avec ses partenaires européens et internationaux », finissait d’ailleurs le communiqué allemand. Un problème de sémantique, en temps de pressions internationales accrues sur la Tunisie du chef de tout l’Etat tunisien Kais Saïed !

–          « Macron demande à Saïed un programme de réformes économiques », selon l’Elysée

« Emmanuel Macron s’est entretenu samedi (22.10.2022) avec son homologue tunisien Kais Saïed, qui s’est engagé à respecter l’Etat de droit et les libertés démocratiques, a déclaré l’Elysée ». C’est ce que rapporte Reuters dudit entretien, dont copie restait encore introuvable sur le site officiel et la page officielle fb de l’Elysée, et ne transparait qu’à travers ce qu’en a rapporté la presse française notamment.

Selon « Le Figaro » et beaucoup d’autres médias français et internationaux, « le président de la République français Emmanuel Macron avait appelé son homologue tunisien Kais Saied à mener une transition « inclusive ». L’Élysée a certes « salué l’annonce du calendrier de transition », mais aussi lui a  rappelé de respecter l’État de droit et les libertés démocratiques ». Emmanuel Macron a également encouragé le président tunisien à « mettre en place un programme de réformes nécessaires pour faire face à la crise économique que connaît la Tunisie ».

Et si cette presse reprenait à la fin une position de la France toujours prête à l’aide, cette position semblait clairement subordonnée à la réponse de Kais Saïed à tous les appels du pied de Macron à Saïed qui se faisait ainsi remonter indirectement les bretelles.

–          « Les réformes visent la liberté, la justice et à confronter ceux qui ont pillé l’argent », selon Carthage

Or, le communiqué de la présidence tunisienne rapporte, de son côté, presque totalement autre chose. Selon son propre communiqué, en effet, l’appel téléphonique de son homologue français, « a été l’occasion pour le président de la République de clarifier un certain nombre de points, notamment les étapes qui ont été franchies et les prochaines dates de sortie de crise en Tunisie ». Selon Carthage encore, et sans qu’on comprenne comment le chantre tunisien de la souveraineté s’autorise  à donner au chef d’un Etat étranger des détails internes de la vie politique interne, « ce qui se dit dans certains médias, et sur plusieurs réseaux sociaux, n’a absolument rien à voir avec la réalité (…). Des mensonges et des tromperies en échange de grosses sommes d’argent, dont le seul but est de médire contre la Tunisie et le peuple tunisien ». Et on se demande encore à quoi devaient servir toutes ces lamentations de Saïed au  chef d’un Etat qui avait déjà recueilli les Islamistes de Ghannouchi du temps de Z.A Ben Ali, et qui avait détruit la Libye et mis la Tunisie dans le pétrin, pour ne citer que cela ?

Et comme quelqu’un qui répond à un autre sans piper mot de ce qu’il lui reproche, Saïed dit avoir souligné à Macron, que « les réformes qu’il a annoncées, leurs étapes et leurs dates, visent à préserver la liberté, à obtenir la justice et à confronter tous ceux qui ont pillé l’argent et les ressources du peuple tunisien. Il a également souligné que la souveraineté appartient au peuple, la source de tous les pouvoirs, et que personne au nom d’une prétendue légitimité ne peut s’ériger en législateur en vertu de lois coutumières pour faire sauter les institutions de l’État de l’intérieur et n’avoir absolument rien à voir avec la volonté du peuple tunisien ».

De tout ce que lui avait dit Macron, le communiqué de Kais Saïed fait le résumé que voici en 29 mots : « Le président français a affirmé le soutien de son pays à la Tunisie , notamment dans le domaine économique, et exprimé sa compréhension des nombreux enjeux et difficultés que traverse la Tunisie ». Et on ne retrouve pas dans cette transcription, par les équipes de Saïed des propos  de Macron, que le soutien français serait inconditionnel, ce qui est loin de la vérité.

–          « Si la parole était d’argent, le silence serait d’Or », disait une chanson tunisienne !

Bref. De cette transcription, du contenu du même entretien téléphonique entre les deux présidents, force est de constater que les priorités de l’un ne sont pas celles de l’autre. Et on remarque que ce que dit Saïed n’était pas assez intéressant pour être repris par les agences et les journaux étrangers.

Les explications en 300 mots de Saïed, sur ce qui se passe en Tunisie et sur ce qu’il endure pendant son mandat, étaient donc comme un verre d’eau versé dans le désert, pour ne pas dire plus !

Un changement, de stratégie et de mode de communication de la présidence tunisienne s’impose !

« La communication est une science difficile. Ce n’est pas une science exacte. Ça s’apprend et ça se cultive », dixit J.L Lagardère.

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