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Questions-réponses de la Conférence de presse « ONE UN » Mercredi 23 Septembre 2015

La Conférence de presse conjointe des Nations Unies était animée par Félix Prosper Basse, porte-parole de la MONUSCO, à partir de Kinshasa ; le Commandant Jean-Marie Joseph Goncalves, porte-parole militaire a.i, à partir de Goma ; et Florence Marchal, Chargée de Communication et Coordonnatrice du Groupe de Communication des Nations Unies (UNCG), intervenant à partir de Kinshasa. La conférence a connu la participation de Martin Kobler, Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC à partir de Kinshasa. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Merci bien. Bonjour tout le monde chers auditrices, chers auditeurs de Radio Okapi, chers membres de la presse ici à Kinshasa et à Goma. Comme le porte-parole a demandé quels étaient mes sentiments [en ce moment] ? Je dois dire que c’est un moment très difficile pour moi de partir. Ma dernière conférence des Nations Unies ici. J’ai commencé au mois d’août, je crois en 2013 avec ma première conférence de presse. Je ne peux pas compter les conférences de presse [auxquelles j’ai participé], parce que les contacts avec vous journalistes, sont pour moi très importants, pour nous accompagner, avec vos critiques et envers la MONUSCO. Mais c’était très important pour moi de toujours rester vraiment en contact étroit avec vous. Je ne dis pas adieu aujourd’hui, je dis au revoir. Au revoir parce que je suis sûr que plus tard que je vais revenir dans ce pays, parce que je dois dire d’abord, parlant des sentiments, que je suis tombé amoureux de la RDC, avant tout de sa population, du peuple congolais, des jeunes dans l’Est du pays, le centre de gravité de nos [activités] que j’avais l’honneur d’accompagner dans un processus de combats contre les groupes armés, mais aussi de la reconstruction de l’économie assez importante. C’est difficile de partir, parce que je laisse une partie de mon cœur ici en RDC. Et c’est pourquoi, c’est un moment assez important pour moi de dire aujourd’hui au revoir. J’ai quelques remarques avant d’entrer en discussion [avec vous] : Quand le Secrétaire général des Nations Unies m’a demandé si j’étais prêt à prendre ce poste comme Représentant Spécial des Nations Unies en RDC, j’ai immédiatement dit oui par téléphone, sans même demander [l’avis] de ma femme. Parce que j’étais très intéressé de travailler ici en RDC. J’ai beaucoup lu sur la RDC. C’est pourquoi j’ai immédiatement saisi l’occasion de venir ici en RDC, de prendre en charge la MONUSCO, parce que, vous le savez, c’est notre Opération de maintien de la paix des Nations Unies, la plus grande Mission, la plus coûteuse. C’est une situation qui était vraiment très importante pour moi.

La mission n’est pas tellement facile à gérer. Le pays est vaste. Je reviens de l’Est du pays, de Kinshasa à Goma, deux mille kilomètres ; à Dungu, etc. J’étais aussi à Lubumbashi pour une dernière fois, dire au revoir. C’est une Mission qui n’est pas facile à gérer avec beaucoup de bureaux dans l’Est, des antennes dans l’Ouest. Et pour moi, c’était un vrai défi et j’espère qu’avec mes collègues, on a accompli quelques choses. Je pars avec trois sentiments. Le premier est un sentiment de satisfaction, le deuxième est un sentiment de vraie fierté mais le troisième sentiment est un sentiment de frustration. Vous voyez un peu l’ambiguïté de partir avec des sentiments [mitigés]. Commençons par le sentiment positif qui est la satisfaction. Je pars avec une profonde satisfaction du travail que nous avons accompli pendant les deux années. Nous avons parallèlement commencé le travail, avec le Commandant de la Force, le Général Dos Santos Cruz qui est devenu un vrai ami, pas seulement professionnel, mais aussi personnel. On a même escaladé le [Mont] Nyiragongo ensemble, la semaine dernière. Nous avons passé la nuit au-dessus du cratère [du volcan]. Pour moi, c’était une vraie expérience d’avoir un collègue, un Général brésilien avec qui je pouvais harmoniser parfaitement. Et les défis étaient au début avec les combats contre le M23. C’était un mois après avoir pris mes fonctions dans la Mission. Goma était attaqué. On avait des obus qui étaient tirés de Munigi par le M23, pas tellement loin de Goma. Et c’était la première fois que j’aille à Goma, d’où je reviens maintenant- c’était ma 64ème visite à Goma. Mais la première fois que j’arrivais à Goma, on avait jeté des pierres sur ma voiture. Et la population disait que « vous ne faites rien contre le M23 qui tire des obus sur Goma. Il faut vraiment réagir ». La population était énervée par la perception de passivité de la MONUSCO. Et ensemble avec les FARDC, on a vraiment commencé à combattre [le M23], à soutenir les FARDC [dans les combats] qui ont mené à la chute du M23 au mois de décembre 2013. C’était une dynamique qui s’est développée, mais qui n’est pas encore terminée. Oui on est maintenant bloqué. Mais c’était vraiment le début d’une dynamique dans l’Est du pays. Pour la première fois dans l’histoire moderne des Nations Unies, les Nations Unies ont pris la décision d’utiliser la Force de la Brigade d’intervention pour neutraliser un groupe armé qu’était le M23. C’est pourquoi je suis satisfait de ce qu’on a accompli. Je suis satisfait du suivi que nous avons fait avec les îlots de stabilité : je cite Pinga, Kamango, Shabunda et je pourrai citer d’autres îlots de stabilité… Lors de mon voyage visant à dire au revoir dans l’Est du pays, j’ai encore visité quelques îlots de stabilité. Laissez-moi citer seulement [le cas de] Kamango. C’était une ville fantôme, parce que c’était terrorisé par l’ADF. Et le combat contre l’ADF n’est pas encore fini. Mais aujourd’hui, si vous voyez maintenant Kamango près de la frontière avec l’Ouganda, 80 000 réfugiés sont rentrés de l’Ouganda. C’est une ville vibrante économiquement à la frontière avec l’Ouganda. Nous avons par là une présence militaire et beaucoup d’activités économiques.

Le combat contre les éléments de l’ADF n’est pas encore terminé, ça continue. Malheureusement, le terrorisme continue dans les environs de Beni. Ce sont les mauvais moments de mon travail, parce que j’étais plusieurs fois à Beni, à Oicha, à Eringeti après les massacres. Il faut vraiment continuer à assister les FARDC pour mettre fin au terrorisme de l’ADF. Mais cela me laisse aussi un sentiment de satisfaction et de fierté. Fierté d’avoir l’honneur de travailler ici ensemble avec la Force. Je dois dire qu’entre la Force de la MONUSCO de 2013 et la Force de la MONUSCO de 2015, si on fait le bilan, il y a vraiment une différence comme le jour et la nuit. [Par rapport à] la perception de passivité qui émanait de la chute de Goma au mois de novembre 2013, je ne crois pas que cette perception est [finie] mais la population sent vraiment qu’on a changé la performance de la Force. Pas seulement la Brigade d’intervention, non, mais aussi les autres [contingents] Indien, Bangladais, Pakistanais. C’est vraiment un vrai progrès d’avoir une performance de la Force de la MONUSCO partout au Nord-Kivu, en Ituri, au Sud-Kivu, au Katanga, au Nord- Katanga, qui a vraiment changé l’image de la MONUSCO ici. Je crois que Radio Okapi a fait une enquête pour dire que l’image de la Force de la MONUSCO avait vraiment changé ou c’est la perception du Représentant spécial. 22 % des personnes qui ont été interrogées lors de l’enquête ont dit oui, c’est mieux maintenant. Mais 42 % ont dit que ce n’était pas mieux. Alors, il faut continuer à travailler. Mais parmi ceux qui ont participé à l’enquête, il y en a qui ont dit c’est vraiment une performance. C’est beaucoup mieux maintenant. C’est vraiment une performance beaucoup mieux maintenant. C’est aussi très important de mentionner que la performance de la Brigade d’intervention n’était pas ici pour combattre seulement le M23. On a d’autres choses à faire : le combat contre d’autres groupes armés, contre les FDLR, l’ADF… C’est très important de continuer. J’ai aussi rencontré le Général de la Brigade d’intervention à Beni la semaine dernière. Je suis convaincu à 100% que la Brigade d’intervention veut combattre avec les FARDC, dans la brousse, à pied, avec tous les moyens que nous avons [contre l’ADF]. Je suis fier, pas seulement par rapport à la coopération avec nos collègues de la Force, mais aussi par rapport aux relations avec les civils dans la Mission et le Gouvernement de la RDC, en particulier les FARDC, parce que la coopération avec les FARDC était mieux auparavant, c’est maintenant bloqué. Je vais en parler. C’est vraiment quelque chose qui était très bien. Si je pense au mois d’août et septembre 2013, avec le General Bahuma qui était en charge des FARDC dans les combats contre le M23 à Munigi, à Bunagana, à Tshanzu, c’était vraiment une expérience, c’était un vrai honneur de coopérer avec des personnalités au sein des FARDC, mais aussi au sein du Gouvernement ici. Alors fierté de coopérer avec le Gouvernement, fierté de coopérer avec la société civile, fierté de coopérer de manière très étroite avec beaucoup d’amis au sein des FARDC. Contacts :

Mais laissez-moi parler aussi de frustration, parce qu’après deux ans, toutes les choses ne sont pas résolues. Nous avons maintenant la période électorale devant nous. C’est une période électorale qui sera peut-être difficile. Les frustrations concernent premièrement la coopération avec les FARDC, parce que c’est bloqué. C’est bloqué dans tout le Nord-Kivu, au Sud-Kivu. Il faut vraiment débloquer [la situation] parce que l’union fait la force. L’union fait la force, les combats conjoints, la planification conjointe, les opérations conjointes, les renseignements conjoints avec les FARDC. Il faut vraiment partager les renseignements et entrer dans les combats et les opérations conjointes. Et comme je l’ai dit, nous sommes prêts à le faire, loin d’engins motorisés, à pied, de jour comme de nuit. On est prêt à le faire. Nous avons notre valeur ajoutée, les FARDC ont aussi leur valeur ajoutée : c’est le renseignement, c’est la connaissance du territoire, c’est aussi les langues locales. Nous ne connaissons pas les langues locales mais nous avons des moyens techniques, nous avons des hélicoptères d’attaque. Ils sont prêts à être à la disposition des FARDC. Il faut les utiliser. C’est pourquoi au terme de mon séjour ici, je suis profondément frustré du fait que durant les derniers six mois, ce n’était pas possible de vraiment avancer dans la coopération avec les FARDC. Un autre sujet où on a avancé un peu, c’était le dialogue stratégique. Vous savez, le Gouvernement veut bien que nous réduisions la Force beaucoup plus, au-delà de 2 000. Ces entretiens ont eu lieu ici à Kinshasa entre le ministère des Affaires étrangères, son équipe du Gouvernement et moi-même et nos collègues de la MONUSCO. On a fait une évaluation conjointe au mois de mai 2015. Une évaluation sur la situation sécuritaire, parce que le mandat est très clair ». Oui nous voulons quitter le pays ; oui nous avons l’objectif commun, nous voulons vraiment partir. C’est l’objectif commun du Conseil de sécurité, de la MONUSCO, mais aussi du Gouvernement. Mais il faut le faire graduellement. Et on doit observer trois éléments. Le premier élément, c’est la réduction de la menace. C’était le sujet de cette évaluation conjointe ensemble avec le Gouvernement. Deuxièmement, la restauration de l’autorité de l’Etat. C’est aussi également très important, parce que les opérations militaires doivent être suivies des actions civiles. Et c’est très important d’avoir les FARDC, la PNC d’une manière satisfaisante ; rentrer dans les ilots de stabilité, dans les axes routiers, en brousse pour garantir la sécurité et la stabilité dans ces territoires. Voilà, le deuxième élément, la restauration de l’autorité de l’Etat mais pas seulement, la sécurité aussi, la lutte contre l’impunité aussi. Et cela nécessite aussi d’avoir des tribunaux de paix partout. C’est pourquoi la résolution [du Conseil de sécurité] lie ces éléments-là à la réduction de la Force de la MONUSCO. Troisième élément, c’est la situation générale dans votre pays en particulier par rapport aux élections. Maintenant il faut bien observer le fait que le dialogue a lieu entre l’opposition, le G7 et le Gouvernement, parce que c’est aussi une situation qui doit être gérée.

Ces trois observations, ces trois éléments : la réduction de la menace, la restauration de l’autorité de l’Etat et la situation général dans le pays tout entier par rapport aux élections mais aussi la situation des droits de l’Homme, vont déterminer le départ graduel de la MONUSCO et des Nations Unies du pays. Pour terminer, j’ai toujours, durant les deux dernières années, essayé d’avoir le contact avec la population ici, en voyageant dans l’Est, au Sud et partout. Pour moi, c’était très important comme le Porte-parole l’a dit : « nous sommes ici pour servir le peuple congolais », soutenir le Gouvernement avec tout ce que nous avons à notre disposition mais de vous servir, vous, peuple congolais, dans vos efforts d’améliorer la situation sécuritaire, mais aussi civile, économique… ici. J’avais une approche de principe et je crois c’était un peu discuté, pour lequel tout le monde n’était pas d’accord. Mais c’était une approche de principe par exemple par rapport aux droits de l’Homme. Pour moi, le respect des droits de l’Homme est un élément extrêmement important, pour vraiment soutenir ceux qui veulent promouvoir les droits de l’Homme comme les défenseurs des droits de l’Homme, la société civile, mais aussi les individus. Voilà une approche avec deux éléments très discrets par rapport aux individus mais aussi public, de ne pas être timide, de dénoncer les violations des droits de l’Homme par rapport au Gouvernement, aux FARDC, à la police mais aussi aux groupes armés. Tout le monde doit respecter les droits de l’Homme et l’Etat de droit dans ce domaine. Deuxième exemple, c’est aussi une approche de principe par rapport aux élections. Je dis toujours nous sommes impartiaux, mais nous ne sommes pas neutres. Nous sommes impartiaux politiquement par rapport aux partis politiques, aux positions politiques aussi, mais nous ne sommes pas neutres. Nous sommes basés sur le mandat donné par le Conseil de sécurité. Nous sommes basés sur les valeurs des Nations Unies : le respect des droits de l’Homme, l’Etat de droit, etc. C’est pourquoi notre position sur les élections futures est aussi assez claire, c’est la constitutionalité du processus menant aux élections au mois de novembre 2016 pour les élections présidentielle et législatives. Et la Communauté internationale va se focaliser dans le futur sur ces élections. On a beaucoup de problèmes qui sont ouverts et on va les gérer ensemble avec tout le monde qui est ici : la société civile, l’opposition et la Majorité [présidentielle] et le Gouvernement pour trouver une solution. Un autre élément [important] de notre résolution, ce sont les bons offices. C’est quelque chose que j’ai essayé -mais avec pas tellement beaucoup de succès- de vraiment promouvoir, de rester en contact avec tout le monde. Mais c’est aussi quelque chose qui était parfois bloqué un peu par ceux qui ne veulent pas ces bons offices. Voilà, c’est un pays souverain, c’est au Gouvernement de gérer la situation. Nous sommes ici pour soutenir, mais sur une base de principes, avec une approche de principes. Au final, permettez-moi de mentionner deux choses qui sont peut-être un peu au-delà de mon mandat

J’ai fait beaucoup de centaines de vol par hélicoptère, par avion ici en RDC et j’ai vu la dégradation environnementale chaque jour. J’ai dit que c’est en dehors de mon mandat mais cela me préoccupe beaucoup, parce que parmi vous il y a des jeunes. C’est votre pays et il y a une déforestation qui est incroyable. La semaine dernière, j’ai visité la réserve de faune d’Epulu. Toute la population des rhinocéros était tuée. Il reste une population de quelques Okapis et des 4 000 éléphants. Mais au cours des dernières cinq années, la population d’éléphants a été réduite de 75%, il reste maintenant 400. Et les experts de la réserve d’Epulu ont dit que si cela continue comme ça, cette population sera aussi éteinte dans quatre ou cinq ans. C’est pourquoi c’est une grande préoccupation. Concernant la coopération avec les Envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs, c’est aussi quelque chose qui était très bien pendant les deux dernières années. C’était Said Djinnit [Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les Grands Lacs], Russ Feingold et maintenant Tom Perriello, [Envoyés spéciaux des Etats Unis], de l’Union africaine [Ibrahima Fall] et de l’Union européenne [Koen Vervaeke] aussi. Et nous avons coordonné nos positions par rapport aussi à la région. Et mon collègue, Said Djinnit ensemble avec le Gouvernement [de la RDC] était là aussi pour lancer quelque chose que je trouve très bien : la Conférence sur l’investissement du secteur privé au mois de février 2016. Je crois que c’est une bonne initiative du Gouvernement ensemble avec l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs parce que je crois, c’est seulement l’investissement privé qui va promouvoir l’économie du pays, pas tellement les Nations Unies ou l’Equipe des pays [des Nations Unies]. On peut assister, mais ce sont les investissements privés avec responsabilité qui vont promouvoir l’économie dans ce pays. Mais ça nécessite aussi la coopération avec tout le monde d’établir le cadre légal pour les investissements privés, d’établir l’Etat de droit si on veut la stabilité et la sécurité. C’est pourquoi, nous travaillons pour la paix, la paix est vraiment la base de tous les autres sujets. Citant Kamango et les jeunes de Kamango, si on se promène dans le marché à Kamango et on leur demande ce qu’ils veulent, ils disent : « la sécurité et la paix seulement. Laissez-nous faire autre chose» Les mamans disent : « Laissez-nous gagner notre argent [en travaillant] dans les champs pour envoyer nos enfants à l’école. Ce que nous demandons à vous Gouvernement et à la MONUSCO, c’est vraiment de restaurer la paix en particulier dans l’Est de la RDC et les autres choses seront résolues ». L’éducation, les investissements privés et les secteurs privés doivent être vraiment améliorés. Dernier mot, merci à la presse parce que le contact avec vous était une chose qui était nécessaire. J’ai toujours admiré votre engagement. Vous avez une fonction très importante surtout dans les années qui viennent. On a fait des voyages ensemble avec la presse nationale et internationale dont je vois quelques représentants ici. Merci bien pour cet esprit de coopération. Gardez votre indépendance vis- à-vis aussi de la MONUSCO. Continuez de nous accompagner avec tout l’esprit critique que vous avez, et guidez-nous dans un chemin ensemble avec la population. C’était je crois les deux années de ma vie professionnelle qui ont été les plus satisfaisantes, et je dis encore une fois pas adieu, mais au revoir.

Question 1 Laurette Mandala/ Africa TV : Monsieur le Représentant spécial, vous quittez la RDC pendant une période où la politique est en turbulence, il y a la crise au sein de la Majorité, l’opposition à cause du respect de la Constitution et vous avez tantôt parlé de frustration, moi j’aimerais savoir si vous avez des craintes par rapport à l’aboutissement du processus électoral ? Et j’aimerais aussi rapidement savoir avec quel homme politique vous avez entretenu des relations d’amitié pendant vos deux ans passés en RDC ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : J’ai confiance parce qu’on a le temps jusqu’au mois de novembre 2016. Je ne parle jamais de glissement etc. parce qu’on a vraiment le temps. Il faut vraiment déterminer maintenant les problèmes qui sont encore ouverts. Le calendrier électoral n’est pas encore finalisé. Oui, on a les échéances qui mènent aux élections présidentielle et législatives au mois de novembre 2016. Que faire avec les autres élections ? On a des problèmes au sein de la CENI qu’il faut déterminer maintenant. On ne doit être prophète pour dire que les élections locales n’auront pas lieu en octobre 2015, parce que c’est demain ou après-demain. C’est pourquoi il faut avoir un calendrier- que nous avons toujours dit- réaliste et qui doit être financé. Il faut avoir le budget pour un calendrier électoral réaliste. Mais on se focalise comme je dis sur les élections présidentielle et législatives. Un autre problème, ce sont les nouveaux majeurs, là aussi on a le temps. Il faut vraiment fiabiliser le fichier et inclure les nouveaux majeurs dans le fichier électoral. Le financement, le calendrier électoral et aussi les préparatifs pour [assurer] la sécurité des élections, là nous pouvons soutenir tout ce processus. Ce qui est très important, c’est donner l’espace à l’opposition, à la société civile pour un processus électoral transparent et pacifique. Je crois que c’est la chose la plus importante. Les élections par nature sont toujours quelque chose qui divise un peu. On a la confrontation de l’opinion, alors utilisez la parole et pas la violence. Un processus électoral pacifique, transparent, respectant les droits de l’Homme, respectant aussi l’opposition et donnant aussi un espace politique à l’opposition et à la société civile. Pour la deuxième question, je suis aussi très fier d’avoir les amis parmi [les membres du] Gouvernement. J’ai eu un échange intensif hier avec le ministre de la Défense qui était un vrai ami par rapport à la mise en œuvre du programme DDR parce que c’est maintenant un peu difficile aussi d’avancer de manière constructive, aussi en reconnaissant les valeurs de la MONUSCO ici, ce que nous pouvons faire. Je cite aussi le Premier ministre qui était toujours très aimable, on peut dire, à accompagner la MONUSCO même dans les temps difficiles. Comme j’ai dit, on avait des problèmes parfois avec le Gouvernement parce que nous avons cette approche de principes. Cela a coûté la carrière à Scott Campbell [ancien Directeur du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme], il y a presqu’une année [octobre 2014], qui a dû partir à cause d’un rapport sur l’opération « Likofi ». Ce sont des sujets sur lesquels on a beaucoup de solidarité, c’est aussi avec beaucoup de frustration que je le vois parce que notre section des droits de l’Homme, comme je l’ai dit, fait un travail extraordinaire. Mais beaucoup de relations amicales avec les membres du Gouvernement à la fin de mon mandat. Je sens comment les membres du Gouvernement apprécient le travail de la MONUSCO.

Question 2 Venant Vudisa/ RTNC : Monsieur le Représentant spécial, vous quittez la RDC avec trois sentiments et moi je m’en tiens au tout dernier qui est le sentiment de frustration. Sentiment de frustration [également] de la part des retournés de Mutarule, dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu, à qui vous avez fait beaucoup de promesses mais non tenues : retour d’une vie meilleure, construction des marchés modernes, centres de santé, etc. Chose curieuse, pas de souci de leur sécurité. Qu’est-ce que vous envisagez ? Est-ce que toutes ces préoccupations à celui qui va vous remplacer seront transmises ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Merci bien, encore une fois les sentiments de satisfaction et de fierté sont beaucoup plus forts que les sentiments de frustration. Je suis naturellement après deux ans frustré à cause de certaines choses qu’on n’a pas accomplies. Vous avez mentionné Mutarule. Mutarule, c’est le contraire. Mutarule était un échec pour les Nations Unies parce qu’on n’a pas réussi à les protéger. Non, au contraire on a su ce qui se passait à Mutarule mais on n’a pas réagi. C’est pourquoi j’ai assumé la responsabilité pour les massacres de Mutarule. Oui c’est vrai, on a aussi les FARDC qui ont été beaucoup plus proches, mais ça n’excuse pas notre faillite sur Mutarule. Mais, il y a dix jours j’étais à Mutarule, encore une fois, je crois que c’était ma 4eme visite à Mutarule. Et aussi dans les villages fantômes, Mutarule 1 et 2. Maintenant vous avez 2 500 déplacés internes qui sont retournés à Mutarule. Nous avons maintenant la Force de la MONUSCO, les Pakistanais, qui sont à Mutarule. Au final, je crois que c’est quelque chose qui est un succès, mais malheureusement cela a coûté la vie à 35 personnes. On va faire ensemble avec le Gouvernement tout ce que nous pouvons pour établir les projets que vous avez mentionnés. Par rapport aux conseils à mon successeur, je crois que la période d’élections sera très importante [il faut] vraiment offrir les bons offices qui doivent être plus forts de la part de la MONUSCO. Les bons offices pendant la période électorale. Mais les bons offices ne peuvent pas être imposés. Il faut être à deux pour danser [le tango] ici : ceux qui les offrent et ceux qui l’acceptent. C’est pourquoi, c’est très important pour ceux qui les veulent d’accepter, parce que nous n’avons pas un agenda caché. C’est très important de le dire. Moi j’étais toujours honnête. J’ai utilisé le même langage avec vous, le Président de la République, le Gouvernement, l’Opposition, le G7, le peuple ; c’était toujours le même langage. Parce que pour moi ce n’est pas tellement difficile parce que nous avons le mandat. Vous pouvez le voir sur Internet, c’est quoi notre agenda. Et c’est cela notre agenda. Et c’est aussi le conseil pour mon successeur de continuer avec l’approche de principes par rapport aux droits de l’Homme, par rapport à l’Accord d’Addis- Abeba. Maintenant, on vient d’en parler, d’avoir cette approche de principes, de vraiment, continuellement offrir les bons offices et de convaincre le Gouvernement, et les autres dans le jeu politique, d’accepter nos bons offices, parce que nous n’avons pas un agenda caché, nous avons un agenda de paix, de mandat des Nations Unies, et c’est la voie que nous poursuivons.

Question 3 Benoît Kambere Lusumba / RTVL magazine, Echos de la région des Grands Lacs : Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général, je me fais l’écho ici des gens qui m’ont appelé ce matin de mon village, c’est à Mbau, entre Mavivi et Oicha que vous connaissez très bien. Ils disent, je n’ai pas corrigé : ‘’Est-ce que c’est votre premier mandat ou votre deuxième, ils ne savent pas. Mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire pour que vous ayez un deuxième ou un troisième mandat ? Ils doivent faire une pétition envoyée au Secrétaire général des Nations Unies ? Ou ils doivent faire une motion de soutien pour que vous restiez pour un deuxième ou un troisième mandat ? J’ai dit. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Merci pour le gentil mot. Je représente une institution et ce sont les Nations Unies. Ça donne parfois l’impression d’une question de personnalité, mais pas toujours. Il y aura un remplacement qui [s’effectuera] très vite et qui va continuer le travail, – si vous estimez que c’était un bon travail [que j’ai fait], alors merci bien – en particulier à Mbau, dans cette région très sinistrée. J’étais, je crois, dix fois par-là immédiatement après les massacres. Et j’ai vu aussi la frustration et l’agressivité aussi contre moi. Mais il faut [parfois] s’exposer à ces situations. C’est pourquoi, j’ai un lien très étroit avec Eringeti, Mbau, Semiliki, parce que cet axe était aussi très important pour nous. Merci bien pour ça. Mais il y aura un remplaçant qui fera aussi le travail comme moi. C’est l’institution qui compte, les Nations Unies, et nous sommes tous basés ici sur le mandat. Merci.

Question 4 Hortense Tabaku/ Digital Congo (Goma) : Monsieur le Représentant spécial, vous partez et vous pensez que la RDC a encore besoin de l’accompagnement de la MONUSCO et selon vous, pour encore combien de temps ? Est-ce que vous estimez pour longtemps, un peu plus longtemps ou comment ? Et monsieur le Représentant spécial, vous allez à New York, est-ce que nous pouvons avoir une idée par exemple sur la suite de votre mission, c’est-à-dire : toujours en Afrique, vous irez en Iraq ? Et si vous devez donner un conseil à votre successeur par rapport au comportement qu’il doit afficher en RDC, quel conseil pourriez-vous lui donner par rapport surtout au comportement des autorités congolaises ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Merci. De quoi la RDC a besoin ? Alors premièrement, c’est pour la RDC de déterminer [les idées] tout d’abord, — parce que c’est aussi ce que j’ai appris ici : on a trop d’attentes de la part les Nations Unies, nous n’allons pas régler les problèmes de la RDC — vous devez avoir vos propres idées sur le développement du pays. Moi, j’ai mes idées. C’est ce qu’on appelle appropriation. Vous devez être derrière les idées. Je crois c’est très important, parce que nous nous focalisons très souvent seulement sur les actions militaires et les FDLR, et l’ADF, et Cheka et les autres. Il faut se focaliser aussi sur le suivi. Si on n’a pas une restauration de l’autorité de l’Etat, on peut [tout] recommencer à partir du début, si ça ne va pas, si les FARDC et la PNC ne garantissent pas la stabilité et la sécurité. C’est ce que les gens dans l’Est du pays me disent toujours : ne quittez pas jusqu’à ce que les FARDC et la PNC soient ici pour garantir notre sécurité. Ce suivi, suivi civil, d’avoir la restauration de l’autorité de l’Etat, police, santé, éducation et développement économique. C’est très important. Je crois comme je l’ai dit que c’est le secteur privé qui joue un [grand] rôle. Aussi les mamans dans l’Est du pays, elles me disent toujours, ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez pas, donnez-nous la sécurité ici. Nous allons au champ pour cultiver, pour récolter nos produits agricoles que nous allons vendre au marché de Goma. Et vous voyez, le développement de Goma où vous êtes. C’est étonnant. Alors concernant le développement économique, vous avez maintenant des vols commerciaux. Ce n’était pas notre idée, c’était votre idée. Il faut avoir la paix et la sécurité. ‘’Ethiopian Airlines’’ ne va pas faire le vol à Goma, s’il y a des obus du M23 qui ciblent l’aéroport, non. C’est grâce à la paix qu’on a restaurée ensemble, que vous avez ramenée avec notre soutien, qui rend ce développement commercial et économique possible. Il y a aussi les causes profondes, alors c’est vraiment très important de contrôler les réseaux criminels par rapport aux minerais, mais aussi de réhabiliter les tribunaux pour les poursuites [judiciaires]. Vraiment de restaurer l’autorité des autorités congolaises, de la PNC et des FARDC, afin de mettre un terme à l’exploitation illégale des minerais. Il y a à peu près 800 millions de dollars US qui sont générés par les exploitations illégales dans l’Est du pays par rapport aux minerais. Alors, cela doit prendre fin, les gens doivent payer les taxes, cela doit être légal, les douanes, parce que c’est un problème très important. Et je crois que c’est très important de combattre les réseaux criminels. Alors, il est facile de répondre aux autres questions. Je ne sais pas encore ce qui est décidé. Je voudrais bien rester avec les Nations Unies. Mais après le Conseil de sécurité, je veux rentrer en Allemagne, c’est mon pays. Vous savez que je suis du ministère des Affaires étrangères en Allemagne. S’il n’y a plus de travail avec les Nations Unies, je peux toujours continuer de travailler en Allemagne. Ce n’est pas encore déterminé, ce que je ferai après. Par rapport aux conseils que je peux donner à mon remplaçant, mon successeur, je crois que j’y ai déjà répondu. C’est vraiment de continuer l’approche de principes, mais aussi de se focaliser maintenant plus sur les élections. Alors la présence à Kinshasa doit se faire beaucoup plus que dans l’Est. J’ai toujours essayé de passer la moitié de la semaine à Kinshasa, et l’autre moitié dans l’Est. Peut-être maintenaient la situation qui a changé par rapport aux élections, nécessite plus de présence à Kinshasa, c’est à lui de le déterminer. Mais c’est aussi un conseil, parce que je le vois comme un élément de déstabilisation, si les élections ne se déroulent pas de manière pacifique. C’est pourquoi nous devons faire tout ce qui est à notre pouvoir pour maintenir le contact avec tout le monde, afin de mettre en œuvre un processus électoral qui se déroule en paix.

Question 5 Victor Bigati/ Hebdo de l’Est (Goma) : Je pose ma question tout droit au Représentant spécial. La présence des FDLR sur le sol congolais continue de poser de la souffrance au peuple. Le cas récent est celui de Nyamilima, où les combattants des FDLR ont pillé et tué. Est-ce que vous en tant qu’une Mission des Nations Unies, dont le mandat est d’imposer la paix en RDC, ne pouvez-vous pas influencer le Conseil de sécurité pour que les FDLR retournent chez elles et entament un dialogue avec le pouvoir en place ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Voilà, le problème des FDLR et la non résolution du conflit des FDLR constituent une profonde frustration, vraiment. Parce que je crois qu’après la chute du M23, la prochaine étape logique était le combat contre les FDLR. Mais la solution, ce n’est pas d’établir ici des relations politiques ou d’entrer en politique, les FDLR pour nous, c’est un problème militaire. Ça doit cesser, parce que vous avez parlé de la souffrance de la population. Je suis profondément frustré que le Gouvernement n’ait pas encore donné le feu vert, le feu vert de combattre les FDLR ensemble avec nous. Nous ne pouvons le faire que seulement ensemble avec les FARDC. Les renseignements conjoints, la planification conjointe des opérations, mais aussi les opérations conjointes. Nous sommes prêts à le faire. Nous avons les hélicoptères d’attaque, nous avons des drones, nous avons des moyens de transport, nous avons des camions pour transporter les troupes, nous avons la nourriture [rations militaires], nous avons beaucoup à offrir. Il faut vraiment donner l’autorisation aux FARDC pour coopérer avec nous, afin de s’attaquer aux problèmes des FDLR. Alors on a quelques centaines des éléments des FDLR qui sont dans la brousse maintenant. Mais vous avez totalement raison, la population souffre, il y a des exactions et ce n’est pas acceptable de continuer avec ce problème-là. C’est le Conseil de sécurité. On ne peut pas imposer la paix, on peut parler avec le Gouvernement pour donner le feu vert de combattre les FDLR ici. On ne peut pas imposer la paix. Pour nous on a pendant la période de redditions volontaires, entre juillet et décembre 2014, nous avons beaucoup négocié avec les FDLR, on a eu quelques redditions. Tout le monde peut se rendre. Nous ne voulons pas combattre. Tout le monde peut se rendre avec l’appui de la MONUSCO, des FARDC pour un processus de DDRRR. Nous ne discutons pas de la politique avec les FDLR, mais le problème de DDRRR. Tout le monde peut être rapatrié au Rwanda ou rester ici avec le consentement du Gouvernement. Le DDRRR c’est notre préoccupation et pas autre chose. Merci.

Question 6 Nenette Fwamba/ L’Opinion (Goma) : Monsieur le Représentant spécial, ne croyez-vous pas que la fin de votre mandat pourrait ralentir le niveau de processus de stabilisation dans la partie Est de la RDC ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Comme j’ai dit, les Nations Unies restent. La Force reste de manière un peu réduite maintenant, mais ce n’est pas la fin de la stabilisation, au contraire. Je suis sûr que mon remplaçant va continuer le travail des Nations Unies, ce n’est pas une matière liée à la personnalité. On continue d’être engagé dans l’Est. Pour le combat contre les groupes armés, on reste engagés avec la restauration de l’autorité de l’Etat, de vous aider, d’aider le Gouvernement. Je dis au revoir au Gouverneur, je dis au revoir aussi à la population à Goma. Et je les ai assurés, les Nations Unies restent ici pour vous soutenir à mettre en œuvre les mesures de stabilité et de développement économique. Encore une fois, c’est très important. Albert Omba/ Numerica TV : Monsieur le Représentant spécial, je voudrais comme j’ai le micro au nom de la presse congolaise, vous remercier de la collaboration franche que vous avez eue avec la presse congolaise. Cela étant, je voudrais aussi demander si, monsieur le Représentant spécial s’en va, est-ce que selon une certaine rumeur, il y aurait eu des pressions du Gouvernement qui tolérait difficilement vos prises de vue et vos accents un peu plus choquants dans vos prises de position. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Voilà je ne peux pas confirmer [cela]. Nous avons eu alors des divergences de vue parfois. J’avais énoncé un problème où on n’était pas d’accord : c’est la réduction de la Force de la MONUSCO au-delà de 2 000. On a réduit 2 000 soldats jusqu’à maintenant. Le Gouvernement avait dit qu’il fallait réduire plus maintenant. Nous avons avec toute confiance et de manière constructive, tenu des réunions avec des collègues de la Revue stratégique. Pendant beaucoup d’heures, on a discuté, on a fait une évaluation conjointe, parce que nous voulions le faire par consensus. Par contre, je crois que c’est très important de garder aussi la même approche avec le Gouvernement et aussi avec le Chef de l’Etat ici. Mais ça n’exclut pas alors d’avoir parfois une discordance ou une divergence de vues. La vitesse de la réduction constituait aussi un autre sujet. Il faut continuer d’en discuter. Mais alors, cela fait aussi partie du travail. Le travail n’est pas encore fini. C’est pourquoi je regrette de partir. Mais il y aura un remplaçant qui va continuer les discussions. Et maintenant on sera tous ensemble à New York. Le ministre des Affaires étrangères est à New York et d’autres membres du Gouvernement. On va continuer les discussions aussi au sein du Quartier général [des Nations Unies].

Question 7 Léa Lisa Westerhoff/ RFI : Vous parlez des FDLR et de votre frustration, mais il n’est pas plutôt plus juste de parler d’un échec de la lutte contre ce groupe armé, sachant que vous- mêmes vous aviez annoncez la fin des FDLR pour 2014 ? Et par ailleurs, Ernest Kyaviro, l’opposant politique de RCD-KML, a été condamné hier à trois ans de prison, les militants de la LUCHA ont été condamnés il y a une semaine à six mois de prison, les militants de Filimbi sont toujours détenus sans avoir été jugés. Comment est-ce que vous évaluez ces condamnations et ces procès successifs ? Est-ce que ce n’est pas la fermeture de l’espace politique et d’expression en RD Congo ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Merci bien. Non, je ne parle pas d’un échec. Alors dans la politique on ne parle jamais d’un échec. La politique c’est un processus. Et on à les ’’Upside down’’, on a des problèmes, il y a toujours un lendemain en politique. C’est pourquoi aussi le problème des FDLR, ce n’est pas un problème qu’on [va résoudre] en un jour, ou en une semaine. Non, ça va continuer, on va continuer d’essayer de convaincre le Gouvernement alors de vraiment combattre conjointement avec nous les FDLR. Nous avons ensemble rapatrié depuis 2012, 12 000 éléments des FDLR. Maintenant on a quelques centaines qui restent. 12 000 éléments des FDLR ont été rapatriés depuis 2012 et sont maintenant au Rwanda. Maintenant on a un problème pour ceux qui restent ici. Il faut continuer alors de les neutraliser. C’est très clair, et on continue. Par rapport à la situation des droits de l’Homme et les cas que vous avez annoncés, on les observe très étroitement. Nous avons un Bureau Conjoint aux droits de l’Homme qui est très actif. Moi-même, je suis en contact avec les autorités congolaises aussi sur ce cas. Oui, on remarque une limitation de l’espace politique. Il faut vraiment prendre aussi de la part de la communauté internationale des mesures visant vraiment à préserver l’espace politique en RDC, particulièrement pendant une période électorale. C’est ce que j’ai toujours dit. Je ne suis pas timide de le répéter toujours. Il faut ouvrir l’espace politique à l’Opposition, aux activistes des droits de l’Homme, à la société civile. Il faut leur donner accès aux médias, y compris aux médias de l’Etat, pour agir dans un processus électoral. Et nous sommes toujours prêts à le discuter avec le Gouvernement. Et je le fais moi-même et aussi publiquement. Vous avez, une fois par mois, vous avez les rapports ici dans la conférence des Nations Unies, les rapports du Bureau Conjoint aux droits de l’Homme, qui vous expliquent exactement là où sont maintenant les limitations des droits de l’Homme dans le pays.

Question 8 Cosmas Mungazi/ Emergence (Goma) : Monsieur le Représentant spécial, je viens [présentement] de Rutshuru où les populations ont appris le départ du Représentant spécial avec beaucoup de tristesse, parce qu’ils ont perdu un homme de terrain, mais ils vous ont envoyé un message. Parce qu’au début de l’année 2014, vous avez annoncé l’attaque contre les FDLR. Alors les populations de Rutshuru, victimes des exactions des FDLR, vous [prient] de demander pardon avant de partir. Si vous pouvez leur demander pardon, parce que les FDLR jusque-là elles ne sont pas encore attaquées et elles continuent à commettre des exactions. J’ai dit. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : voilà, merci bien, vous avez tout à fait raison. Il faut résoudre le problème des FDLR, mais aussi la neutralisation du reste des éléments des FDLR dans le pays, ensemble avec les FARDC. Et j’encourage aussi la population que s’il y a des exactions, de poursuivre les contacts avec les Forces armées de la RDC de vraiment entrer en coopération avec nous. C’est ce que j’appelle une profonde frustration qu’on n’a pas réussi jusqu’à maintenant à rétablir la reprise des opérations conjointes. Comme vous le savez – j’étais plusieurs fois à Rutshuru- comme vous le savez, nous sommes prêts à le faire. Nous avons une performance de la Force qui est beaucoup mieux maintenant. Le contingent Indien par-là au Nord-Kivu, mais aussi la Brigade d’intervention, les camarades du contingent Sud-

africain qui sont déployés. Ils sont là depuis six mois, ils attendent le feu vert. Il faut avoir le feu vert du Gouvernement pour mener ces opérations. Question 9 Anthony Shamba/ Raga TV : Monsieur le Représentant spécial, quand vous quittez la RDC, est-ce que vous avez le sentiment que vous laissez un pays stabilisé, en train d’être stabilisé ou qui sera stabilisé un peu plus tard ? Et vous devez également admettre que vous laissez derrière vous une MONUSCO fragilisée, où les droits de l’Homme ont été sérieusement bafoués. Nous avons appris que des agents à Lubumbashi qui réclamaient leurs droits ont été molestés, ont été battus, même ici à Kinshasa, des agents de la MONUSCO ont été licenciés abusivement, quelquefois battus, nous avons assisté à cela, où les droits de l’Homme ont été sérieusement bafoués, pendant que les Nations Unies prônent la défense des droits de l’Homme. Quel est votre sentiment ? Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Voilà. Par rapport à la stabilisation, après les deux ans, je suis vraiment convaincu que nous avons accompli notre tâche de stabilisation. Parce que, si je voyage en brousse aussi ou dans les petits villages, notre présence, ça fait la différence. Mais j’ai toujours aussi dit, ‘’stabilisation’’, ce n’est pas assez. En principe, je n’aime pas la lettre ‘’S’’ dans MONUSCO qui veut dire ‘’stabilisation’’. Il faut avancer au-delà de la stabilisation. Est-ce que nous voulons vraiment stabiliser la situation comme elle est, non. Ce n’est pas mon objectif du moins. Il faut stabiliser. Sur la base de la stabilité il faut développer alors une dynamique pour avoir l’Etat qui est présent, avoir des tribunaux de paix, avoir le retour de l’économie, comme à Goma. Alors « stabilisation » ce n’est assez. Mais je suis convaincu qu’on a stabilisé pendant les deux dernières années, on a rempli le mandat à 100 %. Mais ce n’est pas assez, je voudrais bien avec toute la Mission aller au-delà de la stabilisation. Par rapport aux droits de l’Homme, je crois que j’ai déjà répondu à cette question. On observe très étroitement la situation. Aussi à Lubumbashi, vous l’avez mentionné. Les évènements de dimanche dernier, mais aussi cet espace politique qui doit être garanti par le Gouvernement. C’est le devoir du Gouvernement, qui a signé tous les traités, tous les contrats des droits de l’Homme, de vraiment respecter les droits de l’Homme. Nous sommes ici avec notre Bureau Conjoint aux droits de l’Homme, pour aussi soutenir publiquement le respect des droits de l’Homme.

Question 10 Patrick Félix Abeli/ Horizon (Goma) : Monsieur le Représentant spécial, je crois que par rapport à la stabilisation en République Démocratique du Congo, il y a eu tant de représentants du Secrétaire Général qui sont passés, mais jusque-là on ne voit pas tellement une bonne chanson de la paix. Jusque-là, vous dites seulement que la RDC est en train d’être stabilisée ou sera stabilisée, on ne sait pas concrètement quand la Mission des Nations Unies va stabiliser la RDC, et se retirer, car le pays a retrouvé la paix. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Je ne suis pas tout à fait d’accord. Si on compare Goma au mois d’août 2013, c’est le mois où je suis arrivé, et le mois de septembre avant-hier où j’ai quitté Goma pour la 64ème fois, on voit une différence. Et c’est aussi par rapport à Goma, tout est réversible. Les rues sont asphaltées. Vous avez des bâtiments. Il y avait aussi la présence de la pauvreté à Goma, qu’il faut bien gérer. Vous avez les axes à Rutshuru qui sont libérés. Vous n’avez pas de groupes armés positionnés sur les principaux axes routiers pour la perception des taxes et qui molestent la population. Non. On a des progrès. C’est très fragile. Je l’admets. C’est très fragile. C’est pourquoi la présence des FARDC, l’amélioration aussi de la performance de la MONUSCO de soutenir les FARDC, c’est un élément très important pour stabiliser. Mais aussi de donner la chance aux mamans de transporter leurs produits agricoles au marché de Goma. De donner la chance à Goma pour avoir encore, comme c’était le cas auparavant, d’avoir les avions qui transportent les produits agricoles ici à Kinshasa. Ici je dois mentionner l’équipe-pays, ce sont les projets de l’équipe-pays. Je voudrais mentionner aussi les agences des Nations Unies, ce n’est pas la MONUSCO seulement. C’est l’ensemble de la famille des Nations Unies qui veut travailler avec vous, avant de partir du pays. Non, je vois vraiment un vrai progrès à Goma. Je suis très encouragé par ce qui se passe à Goma. Mais, je vois aussi que la fragilité ne doit pas être un danger. Ça doit être un développement stable, vers un futur en prospérité. Porte-parole de la MONUSCO [Félix Prosper Basse] : Nous allons donner à monsieur le Représentant spécial deux autres minutes pour qu’il puisse conclure cette conférence de presse spéciale. Monsieur le Représentant spécial, quels sont vos derniers mots. Représentant spécial du Secrétaire des Nations Unies en RDC [Martin Kobler] : Voilà, merci bien. Encore une fois, c’était vraiment une période très satisfaisante pour moi. J’ai apprécié la coopération particulièrement avec vous. Nous étions ici pour servir le peuple congolais. Et je vous souhaite bonne chance en particulier pour 2016. Vous pouvez être assurés que la MONUSCO, que les Nations Unies avec Florence Marchal (Coordonnatrice du Groupe de Communication des Nations Unies), qui est mon témoin ici, la famille des Nations Unies va continuer à vous soutenir, à vous assister. Nous allons encore une fois alors améliorer aussi la question des FDLR, les gens qui souffrent dans l’Est du pays, de vraiment pousser le Gouvernement aussi, avec l’assistance de la communauté

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