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Onze millions de visiteurs Vs 5,7 milliards de dinars de billets : l’écart tunisien

La Tunisie a accueilli 11,3 millions de non-résidents en 2025. Sa Banque Centrale ( BCqt) n’a racheté aux banques que 5.709,7 MDT de billets étrangers, soit 1% de plus qu’en 2024. Le rapport annuel 2025 de l’institution démission tunisien – publié en juillet 2026 – laisse voir un problème de rendement monétaire du tourisme, plus que d’attractivité.

Les chiffres de fréquentation sont bons et ils ne trompent pas. La BCT enregistre une hausse des entrées de non-résidents de 10,4% en 2025, à 11,3 millions de visiteurs, tirée par les Maghrébins, en progression de 13,1% à 6,4 millions, et par les Européens, en hausse de 7,3% à 3,2 millions. Les nuitées globales suivent, à 29,1 millions d’unités, en progression de 7,2%. L’hébergement et la restauration affichent une valeur ajoutée en hausse de 6,8%, l’une des meilleures performances sectorielles de l’année.
Les recettes touristiques s’établissent à 8.137 MDT, en hausse de 7,1%. La progression est réelle. Elle reste toutefois inférieure à celle des entrées, et surtout, elle ne se retrouve pas dans le compartiment le plus tangible de la collecte de devises.

  • Un compartiment qui ne suit pas

Les achats de billets de banque étrangers (BBE) par la BCT auprès des intermédiaires agréés atteignent 5.709,7 MDT en 2025. La hausse est de 1% sur un an. La Banque Centrale attribue elle-même cette progression à l’amélioration des recettes touristiques, ce qui rend l’écart plus parlant encore : 10,4% de visiteurs en plus, 7,1% de recettes en plus, 1% de billets étrangers rachetés en plus.
Une précision de lecture s’impose ici. Les BBE ne représentent qu’une partie des recettes touristiques, dont l’essentiel transite par cartes bancaires, virements et règlements interbancaires entre voyagistes. Un écart entre les deux séries est donc normal. Mais, ce qui interpelle, c’est son ampleur, et le fait que le segment le plus directement lié au voyageur qui traverse une frontière avec des espèces sur lui soit précisément celui qui stagne.

La structure des achats confirme d’où vient la devise. L’euro domine à 69%, soit 3.926,4 MDT, devant le dollar à 11%, soit 623,1 MDT. Le reste, 20%, se répartit entre les autres monnaies. Or les Maghrébins constituent 57% des entrées de non-résidents. Les dinars algérien et libyen ou le dirham marocain ne sont pas convertibles et ne peuvent alimenter le circuit officiel tunisien. Le contingent le plus nombreux est donc, par construction réglementaire, celui qui pèse le moins dans les caisses.

  • Lne géographie de la collecte qui dit l’essentiel

La ventilation régionale des achats de devises est le passage le plus instructif du rapport. Quatre succursales de la BCT concentrent 81% de la collecte annuelle, soit celles de Tunis, Sousse, Médenine et Nabeul. Tunis en représente à elle seule 36,6%. La Banque Centrale y voit le reflet du dynamisme économique de ces régions et de leur rôle structurant dans l’écosystème touristique national.
Le contraste avec les flux de numéraire en dinars est frappant. Sur le graphique 4-7 (page 161 du RA ), consacré aux retraits et versements par région, Jendouba figure en quatrième position, la BCT rattachant ce poids aux campagnes céréalières. Cette succursale du Nord-Ouest, la plus proche des points de passage terrestres vers l’Algérie, pèse donc dans la circulation fiduciaire domestique sans apparaître parmi les pôles de collecte de devises.
La ligne de partage n’oppose pas le Nord au Sud. Elle sépare le littoral touristique structuré, où Médenine, porte de Djerba et de Zarzis, figure en bonne place, de l’intérieur et des zones frontalières terrestres. Là où le voyageur descend dans un hôtel classé, paie par carte et change au guichet, la devise entre dans le circuit et remonte jusqu’à la Banque Centrale. Là où il franchit une frontière terrestre, se loge chez l’habitant ou en location informelle, et règle en espèces, la trace monétaire disparaît.

Il faut être clair sur le statut de cette lecture. Le rapport 2025 ne comporte aucune donnée sur les postes frontaliers, aucune mention du change parallèle, aucune estimation des circuits de compensation informels. La déduction repose sur le croisement de trois séries que la BCT publie séparément, à savoir la composition des entrées, la structure par devises des achats et la ventilation régionale de la collecte. Elle est cohérente, elle n’est pas chiffrée par l’institution.

  • Ce que disent les graphiques

Le graphique 4-8, page 161, retrace de 2015 à 2025 l’évolution de quatre séries : les achats de BBE aux intermédiaires agréés, les ventes de devises par la BCT, les envois aux correspondants étrangers et les achats auprès de ces mêmes correspondants. Il ne s’agit donc pas d’une courbe de recettes touristiques, mais du circuit situé en aval de la collecte, entre la Banque Centrale et le système bancaire.
Sa portée est autre, et elle est réelle. Ce graphique mesure ce qui est effectivement re

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