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SNMVT 2025 : Un bénéfice gonflé à 37 % par les dividendes de ses filiales foncières

Les revenus atteignent 831,5 millions de dinars tunisiens (MDT) en 2025, contre 732,6 MDT en 2024, soit +13,5 %. La performance est réelle, mais le taux de marge brute recule de 71 points de base, de 18,66 % à 17,95 % : les achats de marchandises progressent plus vite que les ventes. Pour une enseigne dont la marge nette ne dépasse pas 1,25 %, chaque point de base perdu sur la marge brute se révèle immédiatement douloureux.

L’excédent brut d’exploitation (EBE) s’établit à 28,5 MDT, soit exactement 3,43 % du chiffre d’affaires (CA), contre 3,43 % en 2024. La maîtrise des charges externes est réelle, mais la hausse des charges de personnel (+14,5 % à 74,8 MDT, légèrement au-dessus de la croissance du CA) ronge progressivement la valeur ajoutée. Le résultat d’exploitation bondit de 9,4 MDT à 14,3 MDT (+51,8 %), porté en partie par une réduction nette des dotations aux provisions.

–              Une anomalie dans le compte de résultat

Le résultat net progresse de 6,8 MDT à 10,4 MDT (+51,6 %), marge nette à 1,25 %. Ce chiffre aurait été encore plus élevé sans l’explosion du poste « autres pertes ordinaires », qui passe de 1,07 MDT à 3,16 MDT, soit un quasi-triplement. La note 28 n’offre aucune explication satisfaisante : la quasi-totalité de l’augmentation est logée dans un fourre-tout intitulé « autres pertes ordinaires » (+2,09 MDT). Sans cette dérive, le résultat net aurait avoisiné 12 MDT. C’est un signal à surveiller impérativement dans les prochains états.

Par ailleurs, l’impôt sur les sociétés (IS) passe du régime du minimum légal (0,2 % du CA, soit 1,6 MDT en 2024) au taux de droit commun de 20 % (2,16 MDT en 2025), signe que le résultat fiscal est désormais suffisant pour dépasser le plancher.

–              Les dividendes des filiales : 37 % du résultat net

C’est le point central, déjà identifié lors de l’analyse semestrielle, que les états annuels confirment avec précision.

La note 26 enregistre 3,86 MDT de « revenus des titres de participation ». La note 31 sur les parties liées en révèle l’origine exacte : la Société Immobilière Monoprix (SIM) a versé 1,40 MDT, SGS-Touta 2,24 MDT, et TSS (Tunisian Shopping Spaces) 0,23 MDT. Total : 3,86 MDT, correspondance parfaite. MONOGROS (99,94 %) et MMT (97,65 %), les deux principales filiales opérationnelles, n’ont distribué aucun dividende à la SNMVT en 2025.

Le calcul est sans appel : 3,86 MDT représentent 37,3 % du résultat net de 10,4 MDT. Sans ces dividendes, le résultat net de la SNMVT s’établirait autour de 6,5 MDT, soit quasiment le niveau de 2024. L’amélioration perçue s’évapore en grande partie.

La nature de ces dividendes ajoute une couche de complexité. SIM, SGS-Touta et TSS sont des sociétés foncières qui possèdent les murs des magasins et les louent à la SNMVT. En 2025, les loyers versés par la SNMVT à ces trois entités avoisinent 8,8 MDT. Ces mêmes sociétés redistribuent ensuite une partie de leurs bénéfices — constitués en grande part de ces loyers — sous forme de dividendes à la SNMVT. La boucle est partielle et légale, mais elle gonfle les produits financiers de la maison mère tout en alourdissant ses charges d’exploitation. Ce circuit intragroupe masque la vraie profitabilité commerciale de l’enseigne.

–              La trésorerie : une transformation spectaculaire financée par les fournisseurs

Le flux de trésorerie provenant de l’exploitation atteint 59,6 MDT, contre 11,6 MDT en 2024. La trésorerie nette passe de -1,6 MDT à +37,9 MDT. La dette financière nette s’effondre de 42,5 MDT à quasiment zéro. Ces chiffres méritent une lecture prudente.

L’essentiel de cette amélioration tient à un allongement massif des délais de paiement accordés par les fournisseurs : le poste « fournisseurs et comptes rattachés » bondit de 101,6 MDT à 141,4 MDT (+39,8 MDT). Les effets à payer sur marchandises seuls progressent de 41,3 MDT à 67,2 MDT. Ce n’est pas de la trésorerie générée par l’exploitation, c’est de la trésorerie empruntée aux fournisseurs. La position de liquidité est solide aujourd’hui, mais sa soutenabilité dépend du maintien de ces délais, qui atteignent des niveaux élevés.

Parallèlement, la SNMVT a levé 18,8 MDT de nouveaux emprunts bancaires à long terme pour rembourser ses concours courants (qui chutent de 33,7 MDT à 8,8 MDT), améliorant la structure de sa dette.

–              Gouvernance : une irrégularité persistante

Le rapport général des commissaires aux comptes signale une violation de l’article 466 du code des sociétés commerciales (CSC) : la filiale MONOGROS détient 1,49 % du capital de la SNMVT, alors même que la SNMVT détient 99,94 % du capital de MONOGROS. La loi interdit ces participations croisées circulaires. Cette irrégularité est signalée depuis plusieurs exercices sans régularisation. Le montant est faible, mais sa persistance est un signal de gouvernance défavorable que les actionnaires minoritaires devraient porter en assemblée.

–              Nos 3 réserves de néophyte

L’exercice 2025 affiche une progression réelle du chiffre d’affaires et de la profitabilité opérationnelle. Mais trois réserves s’imposent. La marge brute se comprime sous l’effet des coûts d’achat. Le quasi-triplement des autres pertes ordinaires reste inexpliqué et a coûté environ 2 MDT de résultat. Surtout, 37 % du résultat net proviennent de dividendes versés par des filiales foncières qui vivent des loyers payés par la SNMVT elle-même, et non de la performance commerciale de l’enseigne. Enfin, l’amélioration de trésorerie repose sur l’extension des délais fournisseurs, non sur une création de cash organique. La SNMVT progresse, mais sa rentabilité intrinsèque reste structurellement fragile.

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