AccueilLa UNETout sur la séance d'audition du Congrès américain sur la Tunisie

Tout sur la séance d’audition du Congrès américain sur la Tunisie

Parmi les réactions internationales à la proclamation de l’état d’exception et au  Décret présidentiel 117 du 22 septembre, la séance d’audition tenue le 14 octobre par le Congrès américain  a été celle qui semble avoir le  plus exaspéré le président de la République, Kais Saied. A un point tel qu’il  a convoqué séance tenante  l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis pour lui exprimer son « mécontentement ».

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Il est vrai que les membres du  Congrès n’ont pas été avares de critiques parfois acerbes à l’endroit du chef de l’Etat tunisien, allant jusqu’à le qualifier de  « dictateur » et exprimer leur frustration face à l’incapacité de Washington à changer la ligne de conduite du président tunisien. Pire, ils se sont demandé  si l’aide américaine au pays devait être suspendue.

Ainsi, lors de l’audition devant la sous-commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants sur le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et le contre-terrorisme mondial, Tom Malinowski, membre démocrate du Congrès, a qualifié les récents événements dans le pays de « coup d’État », tandis que Greg Steube, membre républicain du Congrès, a déclaré que « le président tunisien n’est pas notre ami ». Leur pair Brian Mast, également républicain, a qualifié Saied de « dictateur ».

Le président de la République, Kais Saied a pourtant  défendu les mesures prises le 25 juillet et le 22 septembre,  affirmant qu’elles étaient nécessaires pour lutter contre la montée en flèche du chômage, la corruption endémique et la pandémie de coronavirus.

« L’espoir généralisé d’un avenir démocratique qui a pris racine en 2011 dans le sillage du printemps arabe s’est transformé en autoritarisme continu ou en guerre civile », a déclaré Ted Deutch, membre du Congrès, dont les propos sont rapportés dans un compte-rendu publié par le site « Middle East Eye «  (MEE), qui cite aussi les dires de Will Todman, membre du programme Moyen-Orient du Center for Strategic and International Studies,  qui lui a affirmé que cette  déclaration était « étonnante par son audace ».  » Semblable commentaire montre la trajectoire sur laquelle Saied se trouve. Il se sent de plus en plus confiant au fil du temps », a-t-il  dit.

Pas ou peu de  résultats !

À Washington, rappelle MEE, la Tunisie a bénéficié d’un large soutien bipartite du Congrès et des administrations américaines successives, désireuses de montrer qu’elles pouvaient promouvoir la démocratie et façonner les gouvernements au Moyen-Orient sans s’enliser dans des conflits et des campagnes militaires.

Depuis le printemps arabe, les États-Unis ont accordé 1,4 milliard de dollars d’aide à la Tunisie, avec une moyenne d’environ 190 millions de dollars par an depuis 2016.

Contrairement à des pays comme l’Égypte, où la majorité des dollars américains sont consacrés à l’armée, l’aide économique a été à peu près équilibrée entre l’assistance sécuritaire et le soutien à l’économie et aux institutions démocratiques.

Les États-Unis ont également lancé des projets tels que le Tunisian American Enterprise Fund pour promouvoir les petites et moyennes entreprises du pays. Eddy Acevedo, conseiller principal au Wilson Center et ancien haut responsable de l’USAID, a déclaré que ce programme était « en quelque sorte le plus grand soutien aux entreprises [de ce type] dans le pays ».

L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a octroyé  à elle seule près de 685 millions de dollars à la Tunisie depuis 2011, tandis que les garanties de prêt américaines ont permis au pays à court d’argent d’accéder à un financement abordable de 1,5 milliard de dollars sur les marchés des capitaux.

Lors de l’audition de jeudi, des  parlementaires – dont Malinowski et Kathy Manning – se sont demandé si les efforts d’aide américains avaient été efficaces, et ont envisagé les impacts d’une réduction du financement pour faire pression sur l’administration de Saied.

« Les États-Unis ont prêté assistance au peuple tunisien avec une aide généreuse au développement et à la sécurité pour aider à assure le développement des institutions tunisiennes et améliorer son économie », a déclaré Steube. « Cependant, nous ne voyons pas aujourd’hui les résultats de l’aide importante que nous avons apportée par le biais des impôts américains. »

Une partie de la frustration de nombreux législateurs semble être le manque d’influence des Etats-Unis sur la politique tunisienne et sur Saied. Bill Keating, membre démocrate du Congrès, a déclaré que « [le président Saied] est en train de dire au monde qu’il ne sera pas influencé par des pressions extérieures… que l’aide et l’assistance ne seront pas déterminantes », tout en demandant aux Etats-Unis de coordonner leurs efforts sur la Tunisie avec l’UE.

Interrogé sur l’effet du soutien américain sur la transition démocratique en Tunisie, Alexis Arieff, un analyste du Congressional Research Service, a déclaré aux parlementaires que « le succès est évidemment mitigé ».

De très mauvaises répercussions

Avec l’intensification des efforts de Saied pour consolider son pouvoir, la pression du Congrès s’est accrue sur l’administration Biden pour qu’elle adopte une position plus affirmée.

Au début du mois, un groupe de membres démocrate  du Congrès  a adressé une  lettre au secrétaire d’État Anthony Blinken lui demandant de déterminer si les actions de Saied constituaient un coup d’État et, dans l’affirmative, de couper l’assistance sécuritaire américaine à la Tunisie.

Ils ont été rejoints par certains parlementaires républicains. S’exprimant jeudi, Steube a déclaré qu' »il est grand temps pour nous de réexaminer et de reconsidérer notre aide étrangère à la Tunisie ».

La Tunisie est un partenaire majeur des États-Unis dans les opérations de lutte contre le terrorisme et reçoit la plus grande assistance en matière de sécurité de tous les pays de la zone du commandement américain pour l’Afrique. En 2015, l’administration Obama l’a désignée comme un allié majeur non membre de l’OTAN.

Mise en garde contre une réduction de l’aide US

Mais les témoins de l’audition ont mis en garde  contre une réduction de l’aide à la sécurité.

Amna Guellali, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, a déclaré qu’une telle mesure pourrait se retourner contre l’Administration US, étant donné que Saied jouit toujours d’une large popularité dans le pays.

« Cela serait vraiment considéré comme une rupture des liens aussi avec le peuple tunisien », a-t-elle dit, tout en mettant en garde contre une possible détérioration de l’environnement sécuritaire du pays.

« Cela aurait de très mauvaises répercussions… non seulement en Tunisie, mais aussi dans toute la région ».

Quelque 6 000 Tunisiens ont rejoint le groupe État islamique  pendant son apogée, soit le nombre le plus élevé par habitant au monde.

Eddy Acevedo, conseiller principal au Wilson Center et ancien haut responsable de l’USAID, a, à son tour,   averti les parlementaires  que, compte tenu de l’aggravation de la crise économique et politique dans le pays, la Tunisie pourrait à nouveau devenir un « foyer de recrutement » pour les extrémistes.

Pour sa part, le Directeur des programmes Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’Institut américain pour la paix, Elie Abouaoun, a affirmé que « laisser la Tunisie livrée à elle-même conduira à l’instabilité, car le président Saied est incapable de tenir ses promesses sur les fronts économique et social. Trop de pression ou le mauvais type de pression pourrait déstabiliser davantage le pays, nuire au peuple tunisien, créer des menaces pour la sécurité régionale et annuler les succès que l’investissement américain dans la démocratie et la stabilité de la Tunisie a obtenus  jsqu’à présent ».  

« Comme une Tunisie démocratique et amicale est dans l’intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis, la pression sur le Président doit être ciblée, ferme, discrète et multilatérale », a-t-il recommandé.

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