Accompagnant son chef de gouvernement vendredi dernier sur les lieux de l’attentat et au chevet des blessés de l’hôtel Impérial, le chef de l’Etat tunisien aura eu finalement la seule réaction digne d’un gouvernant tunisien, bien que BCE ne gouverne en fait rien.
Visiblement plus affecté par ce qu’il avait vu, manifestement plus remonté et nettement plus expressif, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a souligné, dans un pure jus «bajboujien», que «la guerre déclarée par les terroristes à la Tunisie ne vise pas désormais uniquement les sécuritaires et les militaires mais tout le peuple tunisien», appelant à l’unité pour faire face aux terroristes, sans oublier d’épingler sans le dire, ceux qui agissent dans une logique contraire à la nécessaire unité nationale. Plus dans ses responsabilités de chef d’Etat et devant un chef de gouvernement qui devrait y être avant lui car étant le vrai gouvernant, BCE dit ce que devait dire Habib Essid. «La Tunisie assume pleinement ses responsabilités et va prendre des mesures sévères», en appelant le chef du gouvernement à le faire le soir même. Essid se fait, aimablement et sans sourciller, marcher sur ses plates-bandes. Il réunira, le même soir de l’attentat comme le lui a demandé le président de la République, la cellule de coordination sécuritaire et de suivi pour prendre les mesures nécessaires. Il n’en fera pourtant plus tard qu’à sa tête.
En effet, dans son allocution devant la presse, BCE avait presque pointé du doigt une des principales qui devaient faire l’objet d’une des premières mesures urgentes qu’il avait demandées à Essid. Au cri de «jamais plus ne se lèvera au ciel un autre drapeau que celui de la Tunisie et que ceux qui ont un autre avis aillent voir ailleurs», BCE avait clairement pointé le drapeau noir du parti islamiste Ettahrir, initialement Ansar Charia. Il a nettement appelé la présidence du gouvernement à réviser l’octroi des visas attribués auparavant à certains partis qui brandissent, avec fierté, le drapeau noir et méprisent le drapeau national. «La Tunisie ne tolérera plus que le drapeau noir soit hissé à la place du drapeau national », a-t-il martelé.
Comme s’il n’avait rien compris de la demande de BCE, le chef du gouvernement tunisien essaie plutôt de noyer le poisson. A aucun moment, il ne citera, lors d’une conférence organisée à la fin de cette journée du vendredi, le nom du parti Ettahrir, le seul pourtant à arborer le drapeau noir. « Commencer, en temps opportun, à prendre les mesures contre tous les partis et toutes les associations qui contreviennent à la Constitution, y compris la dissolution après mise en garde», avait annoncé Habib Essid lors de la conférence de presse. Tout le monde retiendra que le chef du gouvernement a peur du parti Ettahrir.
Le reste de la panoplie de douzaine de mesures, n’apportera rien qui laisse transparaître une ferme volonté de durcir le ton face à un terrorisme dont il sait pourtant les origines, les cellules dormantes, les moyens financiers et même l’armement, sont déjà intra muros. Tout cela ne fait que confirmer la «politique de la main tremblante» qui caractérise toujours la stratégie de gouvernement de Habib Essid.
Khaled Boumiza








