La Tunisie serait-elle sur le sentier du pire après l’attentat de Sousse qui a fait 38 tués et plus d’une quarantaine de blessés ? Affirmatif si l’on croit les experts tunisiens en sécurité auxquels il arrive, et plus souvent qu’on ne le pense, de taper dans le mille. Le cas le plus récent est celui de la présidente du Centre international des études stratégiques, Badra Gaaloul qui, dans une déclaration à Africanmanager, avait prévu que « une attaque terroriste très dure est attendue au cours du mois de Ramadan ». Sans jouer les Cassandre, elle avait expliqué sa prédiction par « plusieurs facteurs », à commencer par le climat fragile qui règne dans le pays ainsi que la montée de la grogne sociale dans le Sud. A cela s’ajoute l’aggravation de la crise en Libye. « C’est dans l’ordre des probabilités car le pays fait face à une étape très délicate d’autant plus le peuple n’est pas encore conscient de la gravité de cette situation», avait-t-elle dit alors.
Peu de jours après, le terroriste Seifeddine Rezgui tuait 38 touristes sur une plage d’El Kantaoui et en blessait plus d’une quarantaine. Plus cruel encore, ce ne serait pas l’unique carnage de ce mois de Ramadhan. Dans une déclaration accordée mercredi à Africanmanager, Mokhtar Ben Nasr, colonel-major à la retraite, a indiqué que « à mon avis, d’autres opérations terroristes seront encore perpétrées pendant le Ramadan », ajoutant cependant que « nos unités sécuritaires et militaires sont bien outillées et en mesure de faire échouer leurs tentatives ».
Il a estimé que « le gouvernement a pris une batterie de mesures très urgentes qui seront très efficaces pour lutter contre le terrorisme. Le combat contre le terrorisme n’est pas fini et nous sommes prêts à affronter les terroristes », a-t-il affirmé.
Dans cet exercice divinatoire, il est rejoint par un autre expert en sécurité, lequel s’exprimant sous le couvert de l’anonymat à Africanmanager, a prévu de nouvelles attaques terroristes dans la période à venir affirmant que « les banques seraient la prochaine cible des groupes terroristes ».
Pour y faire face, il a souligné la nécessité d’une révision globale au niveau de la coordination et la collaboration entre les institutions, militaire et sécuritaire. De même, ce travail devrait aussi associer le secteur public et privé.
La même source a signalé que les banques sont appelées à fournir un travail supplémentaire en révisant leurs stratégies, et ce dans le cadre d’un système sécuritaire global. « Les banques sont certes bien surveillées, mais c’est encore insuffisant puisque le phénomène représente une menace pour tous les secteurs notamment celui financier ».
Pour lui, le recours à la vigilance demeure plus que jamais impérieuse surtout dans cette conjoncture fragile après l’attentat sanglant de vendredi dernier. Au demeurant, il a qualifié d’incomplètes les mesures sécuritaires exceptionnelles prises récemment par le gouvernement en réponse à l’attentat de Sousse.
« Ces mesures préliminaires venant en retard sont acceptables, mais elles sont insuffisantes étant donné que le pays est en guerre ouverte contre le terrorisme et tous les acteurs sont concernés par ce combat », a-t-il dit.
A ce sujet, l’expert a indiqué qu’il ne suffit pas de consolider la présence humaine dans les sites visés, mais il est temps de fournir les équipements et la technologie nécessaires pour gagner ce challenge. D’ailleurs, il a proposé le recours des propriétaires des établissements touristiques aux bureaux d’expertise et aux entreprises privées pour protéger leurs biens.
Dans ce concert d’analyses, on ne manquera pas de relever enfin celles de l’expert militaire Fayçal Cherif qui a estimé que « les mesures récemment prises par le gouvernement en matière de la lutte contre le terrorisme ne sont pas très efficaces et n’ont pas de valeur ». Selon lui, il faut adopter des mesures plus concrètes et plus strictes pour éradiquer le terrorisme, dont notamment la réactivation des appareils de renseignements.
M.L.








