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Tunis : La 2ème révolution au cœur des imprécations de Hammami et d’Abassi le Cassandre

D’abord, ces deux déclarations. La première du SG de l’UGTT Houcine Abassi. Dans une interview au «Arabi Jadid», il prédit comme dans une imprécation qui condamnerait presque par contumace l’actuel gouvernement de Habib Essid, que «la Tunisie vit les prémices d’une 2ème révolution sociale et de troubles sociaux». Il l’explique, bien sûr, par «les crises liées au coût de la vie qui s’enveniment et le refus du gouvernement des revendications des ouvriers et la continuation de la corruption».

– Pour 5 Dinars de plus !

Pour mettre cette déclaration dans son contexte, il faut rappeler qu’elle intervient dans un climat d’extrême tension, entre le SG de l’UGTT et le chef du gouvernement, sur fond de défaut d’entente sur l’augmentation salariale pour l’année 2014. Cette tension se résume à un différend sur … 5 dinars. L’UGTT d’Abassi avait il y a quelques jours demandé 50 DT et le chef du gouvernement avait alors juré ses grands Dieux qu’il n’en donnera que 45 DT. L’importance du bras de fer entre les deux hommes vient de la proximité des négociations pour les augmentations de 2014 avec les très prochaines négociations pour les augmentations de 2015 qui seront vite suivies de celles de 2016.

Ensuite, la déclaration du leader de la gauche tunisienne, Hamma Hammami. C’est à partir du Maroc où il était en voyage, que le porte-parole du Front Populaire joue les Cassandre. «La Tunisie vit les prémices d’une seconde révolution, à cause des crises qu’elle vit et de la continuation de la corruption », dit-il comme s’il copiait ou paraphrasait par télépathie l’autre gauchiste qui ne le dit pas Houcine Abassi. Et l’époux de Rahia Nassraoui d’ajouter que «la politique du gouvernement et la situation générale prédisent une explosion».

Pour mettre aussi cette déclaration dans son contexte, il faut rappeler que le Front Populaire est un parti classé 5ème force politique par les électeurs des législatives de novembre 2014. Il a pourtant été exclu du gouvernement de Habib Essid. Hamma Hammami est ensuite éjecté par le candidat de Nidaa Tounes qui est au pouvoir, dès le 1er tour des présidentielles où il n’avait rapporté que 7,82 %. Depuis, le Front Populaire est la principale sinon l’unique véritable force d’opposition au gouvernement de Habib Essid au sein de l’Assemblée des représentants du peuple. A La Kasbah, les «mauvaises langues» l’accusent en messe basse d’être le vrai instigateur des grèves à répétition et des mouvements sociaux qui entravent depuis des mois toute activité de réforme du chef du gouvernement en place.

– Opposant ou agitateur public ?

Il n’est donc pas complètement aberrant de dire que, tant les imprécations du leader du Front Populaire que les prédictions du Cassandre Secrétaire général de l’omnipotente UGTT, ne sont pas aussi innocentes qu’elles le paraissent. Tous les deux ne sont pas d’accord sur la démarche économique suivie par l’actuel chef du gouvernement et sur le schéma de développement qu’il continue d’appliquer. Rappeler que le différend essentiel entre le front Populaire et Nida Tounes se résume aux choix et programmes économiques des deux partis, est un secret de polichinelle. Presque «Parti ouvrier», l’UGTT est une organisation, naturellement de gauche, en face de deux partis au pouvoir, Nida Tounes et Ennahdha, résolument de droite. Le SG de l’UGTT n’a pas, à maintes reprises , caché son opposition au patronat et l’a même franchement écorné dans sa dernière interview, l’accusant de tous les maux de l’économie tunisienne.

Décryptage : Hammama Hammami souhaite certainement du fond du cœur la chute du gouvernement Essid. Cela ramènerait le pays à un nouveau mélange des cartes sur la scène politique et peut-être une entrée du front Populaire à un éventuel prochain gouvernement, si toutes les forces politiques écartées de la scène politique issues des élections et qui se rassemblent, le permettent. Houcine Abassi n’est, par contre, à notre avis, qu’un Cassandre et mauvais sorcier qui s’emploie à utiliser la peur du gouvernement et de tout l’appareil de l’Etat d’une débâcle sociale, pour arriver à des fins plus pécuniaires que politiques. Ne répète-t-il, pour la 3ème fois depuis 2011, qu’il va tout dire et dévoiler au peuple sur la situation dans le pays ? Il ne l’a pas encore fait et nous pensons qu’il ne le fera pas dès qu’il arrachera les augmentations salariales promises à ses bases.

Khaled Boumiza

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