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Tunis : La République des pots-de-vin !

Visiblement, la corruption a la vie dure en Tunisie. Elle fait même florès, nourrie en cela par le délitement général enfanté par la Révolution au point de venir un sport national, avec cette singularité qu’elle est de moins en mois regardée comme un tabou et traitée pareillement. On en parle plus et en abondance depuis le 14 janvier 2011, mais on l’accepte autant sous ses formes multiples alors que les auteurs ne s’embarrassent point de développer sans cesse de nouvelles manières de corrompre et de couvrir leurs traces.

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Il est courant de distinguer entre « grande » et « petite » corruption (aussi appelée « administrative »). Typiquement la grande corruption se déroule aux plus niveaux de la fonction publique et au niveau de la direction des entreprises là où les politiques et règlements sont élaborés et où les décisions concernant des sommes d’argent élevées sont prises. La petite corruption ou corruption administrative est aussi une corruption quotidienne qui a lieu au niveau de la mise en œuvre des politiques publiques, là où les fonctionnaires rencontrent les usagers. Il s’agit alors de corruption (pots-de-vin) liée aux lois, réglementation en place ou encore d’abus de pouvoir rencontrés au quotidien comme par exemple quand l’agent de circulation demande paiements aux chauffeurs de taxi pour les laisser en paix. Les sommes en jeu dans ce type d’échange sont souvent modestes mais en raison du caractère endémique de cette petite corruption, on atteint des sommes totales élevées comparables à celles de la grande corruption, qui pèsent sur le bon fonctionnement des services publics.

Ce qui devrait être un service public n’est alors plus qu’une simple transaction commerciale. Elle met également à mal la volonté publique de s’attaquer à la corruption de grande échelle. Il s’avère plus que nécessaire de mettre un terme à la petite corruption.

Il apparaît clairement que ce qui influence le plus la petite corruption, c’est indéniablement le salaire des travailleurs concernés. Lorsque le salaire ne permet pas de répondre aux nécessités de la vie, ou qu’il est significativement inférieur à celui d’autres personnes ayant les mêmes qualifications, la corruption permet alors d’arrondir les fins de mois. Des études menées dans maints pays indiquent qu’il existe une corrélation entre un salaire inadapté dans le secteur public et la petite corruption.

La Tunisie vient d’en livrer la sienne par le biais de l’Association tunisienne des contrôleurs publics (ATCP), en collaboration avec le bureau d’études « EMRHOD Consulting », et elle nous apprend que la petite corruption a causé des pertes estimées à 450 millions de dinars en 2013, en Tunisie, autant que pour réaliser 50 kilomètres d’autoroutes, selon les auteurs de l’étude.

Ce phénomène, qui trouve son origine dans la bureaucratie excessive, est défini par les Tunisiens interrogés dans le cadre de cette étude, comme étant tout acte de paiement d’argent pour un service et aussi les pots-de-vin, le népotisme, le favoritisme, le régionalisme, les faveurs, l’échange de services rendus, les cadeaux… Malgré les dispositifs de gouvernance et de lutte contre la corruption mis en place après la révolution, 77% des Tunisiens estiment que le phénomène de la corruption n’a cessé d’augmenter durant les dernières années et 89% d’entre eux considèrent que l’absence de volonté politique est l’une des causes de sa prolifération.

81% des Tunisiens considèrent que la faiblesse des structures de contrôle est aussi l’une des principales causes de la corruption.

Le fait est que ce fléau , car c’en est un, contribue à l’accroissement des inégalités et de la pauvreté, relève l’étude, qui fait ressortir que 27% des Tunisiens ont payé des pot-de-vin, dans la plupart des cas pour accélérer les procédures administratives, bénéficier d’un avantage dont ils n’ont pas droit, échapper à une sanction ou alléger un impôt.

Ce chiffre est suffisamment élevé pour déclencher la sonnette d’alarme selon l’ONG « Transparency international » qui considère que la situation nécessite un effort sérieux pour réagir, identifier les causes et surtout élaborer une stratégie nationale de lutte contre la corruption. « Cette stratégie nationale doit reposer sur des études scientifiques en plus des études d’exploration et de perception de la petite corruption comme celle de l’ATCP », a déclaré Charfeddine Yaâcoubi, président de l’association.

L’étude dévoile que 75% des Tunisiens pensent que la petite corruption est à l’origine de la criminalité et du terrorisme et 74% d’entre eux reconnaissent qu’elle affecte le pouvoir d’achat du citoyen, 43% des enquêtés trouvent qu’elle est nécessaire pour arranger certaines transactions et 39% vont jusqu’à la qualifier d' »habitude ». « Ceci est très dangereux et révèle un problème sociétal assez sérieux, dénotant d’une certaine schizophrénie dans la relation quotidienne du tunisien avec le phénomène », ont fait remarquer les présentateurs de l’étude et membres du bureau exécutif de l’ATCP.

Les résultats de l’étude montrent une certaine acceptation globale de l’acte, bien que le tunisien perçoive la corruption comme une forme de décadence morale qui déroge aux principes de la religion, Cette attitude de non refus catégorique de la corruption est aussi perceptible à travers la réaction des Tunisiens à ces pratiques.

84% des personnes questionnées n’ont pas dénoncé des actes de corruption alors que 91% des Tunisiens estiment qu’il faut dénoncer les pratiques de corruption pour lutter contre ce phénomène.

Paradoxalement, 87% des Tunisiens ont dit que leurs voix ne sont pas entendues lorsqu’ils dénoncent la corruption.

Ceci est révélateur d’un manque de confiance du tunisien en les institutions de l’Etat. « Si l’Etat opte vraiment pour une stratégie anti- corruption efficace et efficiente, il est nécessaire de cibler l’environnement de gouvernance avant de s’attaquer directement aux comportements corrompus », recommande l’étude.

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