Moins de trois jours après l’attentat d’El Fahs, le ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou a édicté une note circulaire autorisant les agents de la sûreté à conserver leurs armes de service en dehors des horaires du travail, et ce à partir de ce mercredi 7 janvier 2015.
Cette mesure a été confirmée à Africanmanager par Riadh Rezgui, secrétaire général adjoint chargé de l’information au syndicat national des forces de sécurité intérieure.
Mohamed Ali Laroui, porte-parole du ministère de l’Intérieur, de son côté, a précisé que son département fixera prochainement les conditions spécifiques en ce qui concerne les procédures d’exécution de cette circulaire.
L’édiction de la circulaire en question vient en réponse à la demande pressante des différents syndicats de forces de sécurité face à la recrudescence du phénomène terroriste après l’assassinat de Mohamed Ali Charaabi, agent de police. Ce dernier a été poignardé au niveau du cœur et égorgé, dans la nuit de samedi, à El Ghrifet, dans la délégation d’El Fahs (gouvernorat de Zaghouan), alors qu’il rentrait de son travail à Tunis.
C’est la raison pour laquelle Lotfi Ben Jeddou s’est engagé, mardi lors d’une réunion d’urgence tenue entre des représentants du ministère et ceux du bureau exécutif du syndicat à promulguer ce texte.
Cette demande n’en continue pas moins de faire polémique puisqu’elle vient à un moment particulier où les positions demeurent divergentes voire contradictoires entre ceux qui la considèrent comme une condition sine qua non pour protéger les policiers et ceux qui craignent une éventuelle montée de la violence.
Une demande légitime…
Le colonel-major en retraite et ancien porte-parole du ministère de la Défense, Mokhtar Ben Nasser a dans ce cadre qualifié cette demande d’« objective et légitime car elle représente un moyen de dissuasion important des terroristes pour ne pas attaquer les agents de la sécurité».
Dans un entretien téléphonique avec Africanmanager il a souligné que les craintes exprimées par certaines parties vis-à-vis de cette demande sont « inexplicables » étant donné que les incidents qui ont eu lieu dans le passé parlent d’eux-mêmes.
Il a à cet égard rappelé que l’Etat tunisien avait autorisé déjà le port des armes de chasse malgré la survenance d’incidents occasionnels que ce soit lors des fêtes de mariage ou pendant les battues de chasse.
Utile d’encadrer les agents concernés
Dans la même lignée, Ali Zeramdini, expert tunisien en sécurité stratégique, a fait savoir qu’une grande responsabilité incombe aujourd’hui au ministère de l’Intérieur. « Avec l’édiction de cette circulaire, ce département est appelé à identifier les risques, les cas juridiques relatifs à l’usage de l’arme ainsi que les cas d’exception », a-t-il déclaré à Africanmanager.
Dans une conjoncture marquée par de grandes mutations où les terroristes continuent à s’en prendre à l’appareil sécuritaire, autoriser les agents de la sûreté de conserver leurs armes de service pendant et en dehors des horaires du travail est une décision « simple et légitime », a-t-il dit affirmant que le ministère de l’Intérieur n’a pas besoin d’une demande de la part des syndicats pour prendre une telle décision.
D’après lui, la réaction de ces syndicats est raisonnable face à la politique de la sourde oreille suivie par le ministère de tutelle malgré la gravité de la situation et la mort de plusieurs agents de la sûreté. « Cette décision vient certes à point nommé, mais l’important aujourd’hui est d’encadrer ces agents de manière à assurer une meilleure utilisation de l’arme, considérée comme un honneur pour tous les policiers », a-t-il ajouté, précisant que cette démarche dépendrait également d’une meilleure communication entre les décideurs et les agents de manière à assurer un meilleur usage de l’arme et parvenir par la suite à les protéger et enrayer le terrorisme.
Wiem Thebti








