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Tunis : Les vacanciers britanniques en colère contre leur gouvernement

Contre toute attente, le gouvernement britannique de David Cameron a annoncé, jeudi soir, avoir décidé de déconseiller ses ressortissants de voyager en Tunisie et de rapatrier ceux qui s’y trouvent déjà. Une décision qui n’est pas demeurée longtemps sans réponse, puisque le chef du gouvernement tunisien, Habib Essid a été prompt à dire ce qu’il pense de cette mesure, alors qu’il se trouvait à l’Assemblée des représentants du peuple pour s’expliquer sur la situation sécuritaire du pays et sur la proclamation de l’état d’urgence. Il a estimé que la Grande-Bretagne « est libre de prendre les décisions qu’elle veut, elle a sa souveraineté. Et nous aussi nous avons notre souveraineté et nous avons une position à prendre », a-t-il ajouté assurant que « nous sommes prêts pour le rapatriement dans les meilleurs conditions de tous les ressortissants britanniques, et pour protéger celui qui veut rester » en Tunisie. Surtout, il a affirmé que cette décision, prise « après la succession des menaces de terrorisme » en Tunisie, « aura des répercussions », sans préciser de quelles répercussions il s’agit. En tout cas, le chef du gouvernement tunisien a promis de faire le nécessaire avec son homologue britannique : « je vais appeler le Premier ministre britannique pour lui affirmer que nous sécurisons leurs intérêts et leurs ressortissants en Tunisie. Nous allons assurer et garantir la sécurité de tous les étrangers en Tunisie ».

Lui emboîtant le pas, le ministre des Affaires étrangères Taïeb Baccouche a précisé que « nous allons les contacter pour leur faire comprendre que nous comprenons que cela résulte d’une réaction responsable (…), mais petit à petit, nous essaierons de les convaincre afin que, peut-être, ils reviennent sur » leur décision.

« Nous ne pouvons pas les blâmer dans la situation actuelle », a-t-il ajouté. « Mais nous n’allons pas nous arrêter là, nous allons rester en contact avec eux et avec les partenaires au sein de l’Union européenne pour que ce genre de mesures ne soient pas prises ». Visiblement, les officiels tunisiens ont été irritées par le communiqué du Foreign Office jugeant qu’une « nouvelle attaque terroriste est hautement probable » et encore plus par les déclarations du ministère britannique des Affaires étrangères affirmant qu’il ne croit que « les mesures mises en place par le gouvernement tunisien soient suffisantes pour protéger actuellement les touristes britanniques ».

Cameron en appelle à la « compréhension » de ses concitoyens

Le Premier ministre britannique, David Cameron, qui n’a pas commenté la réaction tunisienne, s’est plutôt adressé à ses concitoyens en vacances en Tunisie sollicitant leur « compréhension » pour la décision les exhortant à quitter le pays, précisant que le Foreign Office a changé ses conseils Voyage la nuit dernière. Downing Street a affirmé que la nouvelle information faisant état de menaces terroristes hautement probables n’a été reçue que 24 heures avant l’annonce d’hier. David Cameron a souligné que les conseils de voyage « peuvent changer d’une semaine à une autre »

Le secrétaire au Foreign Office, Philip Hammond, a affirmé, lui, que le gouvernement britannique a pris soin de ne pas agir de manière « impulsive », ajoutant, dans une déclaration à la BBC, que « nous avons maintenant une bien meilleure image du degré de la menace et une meilleure perception des mesures d’atténuation mises en place par les Tunisiens. « Nous avons dû prendre la décision parce qu’il y a un trop grand risque de continuer à autoriser les touristes britanniques à voyager en Tunisie. »

Hammond a assuré que le Royaume-Uni continuera à travailler avec la Tunisie sur l’amélioration de la sécurité et a exprimé l’espoir que les conseils de Voyage seront déclassés « dans un avenir pas trop lointain ». Pour sa part, Downing Street a parlé d’un travail « substantiel » nécessaire pour améliorer la sécurité des touristes, ajoutant qu’il faut « un certain temps » avant que les conseils contre le voyage en Tunisie ne doivent être levés.

Les touristes britanniques en vacances en Tunisie et auxquels le Foreign Office a demandé de quitter le pays et de revenir en Grande-Bretagne sont en colère et n’arrêtent pas de maugréer, reprochant au gouvernement de David Cameron de ne pas avoir émis les conseils de voyage plus tôt, c’est-à-dire au lendemain de l’attentat du 26 juin, ce qui leur aurait épargné ce déplacement et la frustration de ne pas mener à terme leurs vacances.

Contactés par la BBC, ce vendredi matin, les vacanciers britanniques, pour la plupart, ont dit préférer rester, alors que d’autres vont déférer aux conseils du Foreign Office.

Michelle Ayres, de Suffolk, est arrivé à Sousse samedi, et déclaré que beaucoup de gens qui ont juste commencé leur séjour dans la station balnéaire, ne veulent pas rentrer au pays. « Nous pensons effectivement que nous serions plus en sécurité dans l’hôtel qu’en le quittant pour le moment. Nous sommes inquiets de devoir nous rendre à l’aéroport. Tout le monde se demande ce qui va se passer, y a- t-il une menace pour nous?

« Tout le monde est déçu ici – et je parle pour beaucoup de gens … mais de toute évidence, vous n’avez pas une option », a-t-elle ajouté, reprochant aux autorités de Londres de ne pas avoir déconseillé les déplacements en Tunisie avant le départ en vacances.

Ruth Osborne, de High Wycombe, en vacances à Port El Kantaoui, a dit qu’elle était « plus en colère par le fait que le Foreign Office ait changé le conseil de voyage que par le conseil lui-même. »

Elle a ajouté avoir voulu à l’origine changer la réservation après l’attaque Sousse, mais les conseils du Foreign Office ont été rassurants.

« Bien que le niveau de menace soit élevé, les gens peuvent encore se rendre en Tunisie, mais doivent être vigilants », a-t-elle souligné.

La BBC a interviewé un 3ème ressortissant britannique. Il s’agit d’un londonien, Mark Henzley, vivant à Sousse, qui a estimé que la situation actuelle est « navrante ». «Je me sens beaucoup plus en sécurité ici que je ne l’ai été à Londres », a-t-il, affirmé, soulignant que la décision du Foreign office n’a pas été prise sur la base de renseignements spécifiques ou d’une menace crédible, mais sur la perception que « quelque chose va arriver ».

Mohamed Lahmar

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