L’oracle Zargouni aura in fine presque tapé dans le mille. Le sondeur avait annoncé un 55,5 % pour BCE (Béji Caïed Essebssi), il n’était nullement loin du compte. Le président de l’ISIE a annoncé, officiellement, ce lundi 22 décembre 2014, Béji Caïd Essebssi vainqueur du second tour des Présidentielles avec 55,68% de suffrages contre 44,32% pour Moncef Marzouki. Mais qu’importe. Ce qu’il faut retenir, c’est que Moncef Marzouki n’est plus le Président de la Tunisie et que cette même Tunisie ferme ainsi, définitivement, la parenthèse de la transition politique. En soi, c’est la seconde victoire en un peu plus d’un mois pour toutes les forces vives de la société civile tunisienne laquelle aura été plus forte que tous les partis politiques.
Le 23 novembre 2014, en effet, la Tunisie de la révolution mettait fin à trois ans de Troïka et mettait en échec la tentative d’Ennahdha de changer et d’islamiser la société tunisienne. Elle vidait aussi les plateaux TV tunisiens de plusieurs figures qui n’ont pas fait les heureux jours de l’ANC (Assemblée Nationale Constituante). Le 21 décembre 2014, la même Tunisie mettait au placard ce qui restait de la même Troïka et balayait ce qui restait des anciens partis politiques des quatre dernières années après les avoir chassés de la nouvelle Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Les mots sont peut-être crus, ils décrivent pourtant clairement ce qui a été réalisé par un peuple qui faisait pourtant ses premières classes en démocratie. Personne, après cela, ne pourra dire que le peuple tunisien n’est pas mûr !
Moncef Marzouki aura, durant ces trois dernières années, fait plus de mal que de bien au pays dont il présidait aux destinées. Il voulait y rester «au moins trois années», le peuple les lui a accordées. Il promettait de résoudre ses problèmes, il n’aura fait que les approfondir. A bien regarder son bilan, on n’y trouvera certainement que cette dernière décision, annoncée certes par Tarak Kahlaoui, qu’il n’y aura pas de recours auprès du Tribunal Administratif. Le président sortant avait cloné le slogan d’un ancien dictateur africain (Nous vaincrons ou nous vaincrons) et il avait risqué de cloner son obstination à «quitter la table lorsque le dîner n’est plus servi». Moncef Marzouki a, semble-t-il, fini par entendre raison et préférer quitter le pouvoir, sans fracas et sur la pointe des pieds. La Tunisie de l’après Ben Ali lui reconnaitra peut-être un jour ce geste, même si ses premières réactions du dimanche soir du balcon de son QG de campagne, ont été loin d’avoir contribué à calmer les ardeurs et à faire accepter les résultats du scrutin par ses électeurs au Sud tunisien. Ces réactions ne sont malheureusement pas étrangères à la situation à la Hamma de Gabès. Espérons que cela sera le dernier soubresaut d’une époque, désormais révolue. A moins que l’humeur du président sortant et son entourage n’en décident autrement !
K. Boumiza








