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Tunis : Plus de 550 milliards de pertes à la bourse suite aux attentats de Sousse et du Bardo

Aberraouf Boudabous conseiller auprès de la direction générale, chargé du développement à la Bourse de Tunis a accordé une interview à Africanmanager où il a évoqué l’impact des dernières attaques terroristes notamment celles de Bardo et de Sousse sur la bourse et les sociétés cotées. Boudabous a également parlé de l’état actuel de la bourse et les prévisions pour la période prochaine. Interview :

Les attaques terroristes n’ont cessé depuis la Révolution de se multiplier, quels effets sur la bourse de Tunis?

Dans toutes les bourses des pays qui ont connu de pareils évènements, les marchés sont affectés immédiatement par la défiance des investisseurs et leurs indicateurs peuvent connaître de fortes baisses impactant parallèlement indices et volumes d’échanges.

Toutefois, la multiplication de ces évènements concentrés sur un secteur stratégique comme le tourisme pour la Tunisie pourrait avoir un impact plus important sur le moyen terme sur d’autres secteurs liés à cette activité sensible économiquement comme le transport aérien, le secteur financier, le commerce,…… Ainsi, certains pans de l’économie pourraient se ressentir. Sans minimiser l’impact de ces attentats, je crois que la Cote de la Bourse de Tunis est assez diversifiée et peu de secteurs sont exposés à cette tragédie.

Statistiquement parlant, la Bourse de Tunis a agi différemment depuis le premier acte terroriste dont a été victime feu Chokri Belaid. L’indice Tunindex a connu sa plus forte baisse à la date du 6 février atteignant 3,47%. Depuis, la Bourse a enchaîné des baisses annuelles en 2012 et 2013 et a pu se redresser sensiblement en 2014 et 2015 grâce à la réussite de la transition politique.

Et pour les attaques du Bardo et Sousse ?

Les attaques du Musée du Bardo et de Sousse ont eu les mêmes effets sauf qu’elles changent de cibles pour frapper un secteur névralgique de l’économie, celui du tourisme, dont l’impact pourra toucher plusieurs secteurs.

Durant le premier attentat, la Bourse a chuté de 2,47%, enregistrant ainsi des pertes équivalentes à 411 millions de dinars de la valeur de sa capitalisation boursière du marché. Cependant, le marché a vite récupéré ses pertes et a même enregistré des hausses successives durant les trois mois qui ont suivi pour culminer à une progression de 12,36% au premier semestre.

Pour l’attentat de Sousse, les pertes de l’indice boursier ont baissé de 0,97%, soit une baisse au niveau de la capitalisation boursière de l’ordre de 146 millions de dinars sur une capitalisation boursière totale de 19128 millions de dinars à la date du 29 juin.

Comment peut-on justifier cette reprise ?

Je cite en premier lieu la vague de solidarité internationale pour la Tunisie et la mobilisation générale de la société civile pour condamner ces actes barbares. La marche internationale qui a été organisée quelques jours plus tard après l’attaque du Bardo a réduit l’impact de cette opération terroriste dans le temps et a permis de rétablir la confiance dans le marché.

Voulez-vous dire que cette reprise est due seulement à cette marche de solidarité internationale ?

D’autres facteurs ont fortement atténué les effets du premier attentat. Le regain de confiance des investisseurs étrangers a été d’un grand soutien pour la bonne tenue du marché et de sa résilience face à ces évènements depuis le début de l’année. La capitalisation boursière détenue par les étrangers a gagné plus que 2% de pourcentage pour se situer à 26% et leur part dans le volume des transactions a dépassé les 20%. Ces derniers ont renforcé leurs positions dans plusieurs valeurs cotées. Pour la deuxième année consécutive, le solde net des interventions des investisseurs étrangers reste positif et il a représenté plus de 4 fois le montant réalisé en 2014, soit un solde net de 182 MD contre 42MD pour la même période de 2014.

Ceci a porté les échanges sur la Cote de la Bourse à des niveaux beaucoup plus élevés par rapport à la même période de l’année dernière : progression des volumes de 31% depuis le début de cette année avec un volume quotidien moyen de 8,5 milliards de dinars. L’autre fait marquant de cette période est celui de l’introduction en bourse du groupe UADH qui a réussi à placer sur le marché un montant de 80 MD sur le marché secondaire.

Sur le marché primaire, le volume des émissions a triplé par rapport à la même période de 2014. Le volume des émissions visé par le CMF a atteint 605MD dont une bonne partie a été effectuée par des sociétés financières. Les banques ont accaparé le plus grand volume avec un montant de 285 MD dont 200MD émis par la banque de l’Habitat dans le cadre de l’effort de la recapitalisation.

Il faut souligner que la plupart des sorties des sociétés cotées sur le marché ont été réalisées dans des délais très courtes et même avant les échéances fixées par les émetteurs.

La dernière attaque de Sousse aura certainement un impact sur les sociétés cotées, avez-vous un appel ou un message à leur transmettre notamment dans cette situation très difficile ?

Les sociétés cotées en bourse sont les mieux situées pour surmonter cette conjoncture. Elles disposent d’outils de financement et de mécanismes de régulation de cours pour assurer un bon comportement de leurs cours. Toutefois, dans de pareilles situations, elles doivent communiquer régulièrement au marché sur leur situation et sur leur projet pour éviter l’impact des rumeurs et des fausses informations.

L’encadrement des investisseurs est aujourd’hui plus que nécessaire pour rétablir la confiance et dissiper les craintes. Tous les acteurs de la place pourraient dans ce cadre jouer un rôle important dans ce sens.

A la lumière de ces chiffres et de ces événements qui secouent le pays, quelles sont les prévisions de la bourse pour la prochaine période ?

Certainement, la situation est difficile pour l’économie tunisienne dont les difficultés s’approfondissent de plus en plus si elles ne sont pas circonscrites rapidement. Il est évident qu’on ne pourrait pas avoir une bourse dynamique si l’on a pas une économie reluisante.

Depuis 2011, la Bourse vit dans une conjoncture nationale des plus difficiles. Malgré cela, les émetteurs continuent à investir et à améliorer leurs performances, ce qui est une prouesse en soi. Elles ont même distribué des dividendes et attribué des actions gratuites. Le secteur bancaire se recapitalise et consolide sa base financière pour mieux faire face à cette conjoncture. Les investisseurs ont montré jusqu’ici leur soutien et leur confiance dans toutes les opérations financières réalisées jusqu’ici. Il faut garder alors le moral haut pour le reste de l’année

Trop peu de sociétés ont sollicité une introduction en bourse cette première période de l’année, pourquoi selon-vous ?

Nous avons réussi l’introduction d’un groupe à la Bourse, celui de l’UADH après même l’attentat de Bardo. L’opération a connu un franc succès et attiré des milliers d’actionnaires. Son cours a enregistré une bonne performance depuis son introduction en juin. Nous sommes actuellement sur une deuxième opération, le conseil d’administration de la Bourse a donné son accord d’admission pour la société Office Plast, active dans la fabrication d’articles scolaires et de bureautique. Elle va s’introduire sur le marché alternatif durant le deuxième trimestre par une augmentation de capital sur le marché qui portera sur 36% du capital. Elle sollicite actuellementl’autorité de contrôle (le CMF) pour un visa d’entrée définitif.

En 2015, nous dépasserons probablement le seuil de 80 sociétés cotées contre 78 actuellement.

On remarque aussi qu’il ya un retard dans la communication des résultats par les entreprises cotées ?

Au contraire, au niveau de la communication financière, plusieurs efforts et avancées notables ont été réalisés. Le taux de retard dans la publication a beaucoup diminué pour les différentes publications légales. Les sociétés cotées sont de plus en plus conscientes de l’importance d’une bonne communication financière publiée dans les délais. De plus en plus, certaines d’entre elles font de la communication financière une stratégie pour améliorer leur notoriété, fidéliser leur actionnaire et assurer un bon comportement de leur cours.

Pour le premier trimestre 2015, trois ou quatre sociétés ont publié en retard leurs indicateurs d’activité : Syphax et Sotetel. Pour les publications des états financiers annuels 2014, ce sont Syphax, Sotetel, Tunisair, Syphat, BNA, Servicom qui ne l’ont pas encore fait.

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