En Tunisie, on a l’impression que rien n’a changé, malgré la nouvelle constitution et le système politique hybride qu’elle a institué, mettant théoriquement en deuxième plan l’institution de la présidence de la République par rapport aux deux autres présidences (Assemblée du Peuple et Gouvernement). En effet, on s’aperçoit que les présidentielles font toujours de l’ombre aux législatives, et commencent à conditionner tous les faits gestes des politiciens.
Le suivi de la situation, ces derniers jours, indique que l’attitude des politiciens et des partis est régie par une loi simple: on est serein, calme et par conséquent heureux, dans deux seuls cas de figure : lorsqu’on a des ambitions présidentielles avec un électorat large ou lorsque le parti en question n’a pas de candidat à ces échéances.
Le parti Ennahdha répond à cette catégorie de « politiciens heureux », mais il ajoute à son bonheur une grande capacité de manœuvre, qui lui permet d’être l’arbitre d’une conjoncture que tous les observateurs ont jugée très défavorable aux islamistes.
Ennahdha, fidèle à une image de souplesse qu’il veut donner de lui-même, a annoncé depuis des mois qu’il n’est intéressé que par une seule des trois présidences, et on a cru comprendre que les islamistes font allusion à celle de l’Assemblée du Peuple. Le Gouvernement qui sera forcément investi par la chambre des représentants peut être formé de technocrates pour un ou deux mandats jusqu’à la sortie du pays de la crise économique et l’adoption des réformes économiques et sociales qui s’imposent. Et on entend, ces derniers jours, de la part d’Ennahdha, que le candidat à la présidence de la République peut être le fruit d’un consensus national. Evidemment, Ennahdha, qui n’a pas toujours livré les contours du casting, a laissé entendre, par la positive, dans un premier temps, qu’il préfère l’inoxydable Ahmed Mestiri , patriote, suscitant le consensus , et tenant à cœur à rendre réalisables les objectifs de la révolution, et en un deuxième temps , par la négative, en affichant clairement qu’il opposera son veto sur Béji Caïd Essebsi , qui ne fait même pas l’unanimité au sein de son camp l’Union pour la Tunisie , selon Abdellatif Mekki .
Et malgré le discours discordant sur ce même sujet le même jour , entre Rached Ghannouchi qui se montre modéré, en France, sur le plateau de France 24 et Abdellatif Mekki qui ne se départ point de son radicalisme habituel, en Tunisie, sur Mosaïque FM , on ne peut que saisir la large marge de manœuvre des islamistes qui choisissent pour eux-mêmes ce qu’ils veulent et disent aux autres ce qui leur convient .
A l’opposé, on a trois partis qui ont chacun un mince électorat, et un grand présidentiable. Ils ont misé sur des alliances à une petite échelle, avec un grand parti qui les conforte pour leur candidature aux présidentielles, et leur garantit un minimum de représentants aux législatives. Mais, par malheur les trois partis ont misé sur le même grand parti qui n’est autre qu’Ennahdha. Ces trois partis, Al Joumhouri de Najib Chebbi, Ettakattol de Mustapha Ben Jaâfar et le CPR de Moncef Marzouki, ont réagi de manière vigoureuse à la proposition d’Ennahdha pour le choix par consensus d’un candidat à la présidence de la République, insinuant qu’elle est anti-démocratique et prive le peuple de sa libre décision.
Le cas de Nidaa Tounès se présente sous un autre angle, car tout indique qu’il a une assise politique indéniable, et tire sa force de la stature de son présidentiable. Seulement, sa dernière décision portant sur le choix du parti de listes défendant sa propre bannière, lors des prochaines élections, lui a aliéné plusieurs alliés et semé le désordre dans ses rangs à tel point qu’Ennahdha est apparu plus calme dans la gestion de la conjoncture .
L’attitude des formations politiques dans la situation actuelle montre qu’Ennahdha a la démarche la plus claire en fixant ses préférences et ses priorités et en le faisant pour les autres qui ne sont que de simples candidats à une éventuelle alliance. Les autres, peut-être parce qu’ils ont des ambitions plus démesurées que ne le tolèrent leurs moyens sont littéralement dans la tourmente. Nidaa Tounès présente autant de points forts que de points faibles, mais tout dépend de l’alliance qu’il peut susciter pour gagner politiquement, mais aussi sauver les acquis de la Tunisie indépendante.
Aboussaoud Hmidi








