Le terrorisme, c’est d’abord une guerre de nerfs. Le terrorisme prolifère et se nourrit de la peur qu’il inspire. Et sur ce plan, il semble que la bataille soit déjà perdue. La réaction des dirigeants tunisiens et du gouvernement en particulier, le confirme. La Tunisie vit en effet depuis quelques années sous la menace de nouvelles actions terroristes. Il est normal et même impérieux, diriez-vous, de prendre toutes les précautions nécessaires pour que cela n’arrive pas. Etre précautionneux c’est bien. En abuser, ça craint.
– Trop de peur tue la sécurité et installe la gabegie, mauvaise conseillère
Renforcer la présence policière, c’est, en effet, envoyer un message de vigilance continue qui ne peut que renforcer le sentiment de sécurité chez la population et chez les visiteurs du pays. Barricader le pays derrière des kilomètres de fils barbelés et même des chars et des chicanes érigées en plein centre de la capitale et entourées de camouflages militaires, cela ne peut qu’avoir l’effet complètement contraire. A l’avenue de la liberté, trois axes principaux de circulation sont coupés et entourés de herses et de barbelés tout autour des locaux de la Radio nationale, semant une gabegie infernale dans toute la circulation à l’intérieur du périmètre allant de la place Pasteur jusqu’à la rue du Koweït et la rue d’Irak, en passant par la rue de Palestine, sans que personne n’en connaisse les raisons, et cela installe un climat de peur. Mieux que Daech, les responsables tunisiens ont réussi à installer la peur à Tunis.
Le plan vigie-pirate en France est actuellement à son plus haut niveau. Paris ne ressemble surtout pas à une caserne à ciel ouvert. Les pays sous menaces terroristes, assurent bien la sécurité de leur citoyens, sans pour autant que cela ne se transforme en une opération de «m’as-tu-vu» et en un défilé militaire et à une démonstration ostentatoire de force.
– La plus belle fille au monde ne peut donner que ce qu’elle a.
En plein centre de Tunis, la circulation est de nouveau coupée à l’avenue Bourguiba à quelques centaines de mètres du ministère de l’Intérieur, pièce maîtresse de tout le dispositif sécuritaire et symbole de l’autorité de l’Etat. Ledit ministère est de nouveau encerclé de fils barbelés, de herses et de blocs de béton. Le ministère et le ministre ont peur et se barricadent. Comment demander donc à un ministre qui a peur d’assurer la sécurité de toute une population. La plus belle femme au monde ne peut donner que ce qu’elle a, et celui qui a peur ne peut prétendre faire régner la quiétude.
– A La Kasbah, on entre comme dans un moulin !
A La Kasbah aussi, siège du chef du gouvernement, place forte de l’Etat, c’est aussi herses, barbelés et bornes anti bélier en béton. La circulation est coupée de Bab Menara jusqu’à Bab Bnat. Sur cette trajectoire, au moins trois ministères sont verrouillés de fils barbelés et la circulation en est totalement chamboulée. Et pourtant, on y entre comme dans un moulin, sans montrer patte blanche.
En effet, en visite à la Kasbah, samedi dernier, nous sommes arrêtés par le premier cordon sécuritaire. On ne demande pas notre identité et on ne fouille pas notre voiture que nous garons même au beau milieu de la zone de sécurité interdite. Le policier nous demande où nous allons. Nous lui répondons que nous allons aux locaux du chef du gouvernement. Comble du laxisme, l’agent nous livre même une information hautement sécuritaire, en nous affirmant que Monsieur le chef du gouvernement n’est pas là et qu’il se trouve à tel endroit !
A pied, nous sommes arrêtés par un autre policier civil, qui ne demande toujours pas à voir notre identité. Il téléphone à un secrétariat et nous dit d’entrer par la porte officielle, celle des VIP. Nous y rencontrons deux huissiers de service. Là aussi, on ne vérifie pas notre identité et on est encore moins fouillé. Nous entrons pourtant dans le saint des saints, le haut lieu par excellence de l’Etat. Pire. Aucun des deux agents ne nous accompagne et nous déambulons seuls dans les couloirs du siège de l’Exécutif. Nous vous laissons imaginer ce qui aurait pu arriver si une autre personne mal intentionnée avait pris ma place ou le nom d’un des journalistes invités ! Excès de zèle et laxisme sécuritaire semblent allègrement faire bon ménage dans cette Tunisie où sécurité et sérénité sont pourtant une condition sine qua non pour remettre le pays au travail.
Khaled Boumiza








