Le sujet de l’emploi n’a de cesse de figurer au cœur des préoccupations des Tunisiennes et des Tunisiens. C’est que la situation de l’emploi dans le pays n’a pas changé d’un iota depuis la Révolution, pour ne pas dire qu’elle a empiré. Le chômage n’a en effet cessé de s’accroître pour atteindre, à fin février 2012, pour toucher 709 700 personnes dont 221 100 diplômés de l’enseignement supérieur, sans compter les nouveaux diplômés qui sont estimés à plus que 70 000 diplômés du supérieur par an. Selon les prévisions de l’INS, ce chiffre restera le même d’ici l’année 2016. Ainsi, le taux de chômage est estimé à 18,1%, pour le premier trimestre de l’année 2012.
Selon une note d’orientation du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, cette forte envolée est imputable à plusieurs facteurs, à savoir le nombre restreint de créations d’emplois qui est estimé à environ 30 900 emplois entre le mois de mai 2011 et le mois de novembre de la même année contre une demande moyenne estimée à plus que 70 000 par an. Ces indicateurs soulignent l’incapacité du marché du travail à répondre à la demande, et partant absorber les demandes additionnelles. Le même document a montré également que le recrutement dans le secteur de l’agriculture est en recul par rapport aux années précédentes, passant de 16,2%, en mai 2011, pour atteindre 16,9%, durant le premier trimestre 2012. Le secteur des industries manufacturières a connu aussi un recul en termes de recrutements.
La note constate que le marché de l’emploi en Tunisie est très fragile. En effet, 44% de ceux qui ont été recrutés, en 2011, travaillent sous contrat CDI, tandis que 55,4% travaillant sous le régime CDD ou sans contrat représentent 55,4% du nombre des personnes recrutées, l’année dernière. Pire ! Selon un rapport de l’UGTT, 37% des Tunisiens ont travaillé sans couverture sociale en 2008.
Le ministère note également que le taux de chômage dans les régions interieures demeure encore très élevé en dépit des encouragements et des incitations de l’Etat pour la création de l’emploi dans ces régions.
Le ministère explique les taux élevés de chômage par la faiblesse des créations d’entreprise. La Tunisie enregistre annuellement environ 6450 nouvelles créations, soit l’équivalent de 0,64 entreprise pour les 1000 habitants contre 19 entreprises /1000 h en Amérique Latine et 29 en Europe. Le document explique aussi la faiblesse du nombre des entreprises nouvellement créées par la propagation du phénomène de la corruption et de ses effets dévastateurs sur la dynamique du développement du pays. La corruption a pénalisé, en effet, l’investissement privé local et étranger. D’ailleurs, l’économie informelle représente 30% de l’activité économique du pays. Toutefois, selon le rapport, si la Tunisie s’était dotée d’un climat d’affaires plus transparent et plus clair, elle aurait pu réaliser un taux de croissance dépassant même les 7% contre le taux de 5% réalisé, durant les 5 dernières années.
Au sujet des programmes d’incitation et de promotion de l’emploi des jeunes, le ministère souligne que ces programmes mis en place pour développer l’esprit d’initiative auprès des jeunes, ont dévié de leurs objectifs et ils n’ont pas pu réaliser les résultats escomptés. Il ajoute que les employeurs et les entrepreneurs se sont intéressés à ces programmes seulement pour réduire leurs factures d’autant plus que ces mécanismes n’ont pas abouti aux résultants attendus, et ils ont servi davantage l’intérêt de l’entrepreneur que celui de l’employé.
La formation dans le cadre de ces programmes n’a pas non plus répondu aux attentes. Seulement 2,8% des bénéficiaires ont accédé à cette formation en 2009, contre 4%, en 2010 et 1,4%, en 2011.
Khadija Taboubi
Tunisie : Les programmes dincitation à lemploi nont pas atteint les résultats escomptés, selon le ministère de lEmploi
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