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Un Australien dévoile les enjeux financiers de la modernisation, et un député s’invite au débat

AM*

L’industrie tunisienne du phosphate, pilier historique de l’économie, est aujourd’hui étranglée par un réseau ferroviaire vétuste. Selon une analyse du site « Discovery Alert », un site basé en Australie (dirigé par une société financière et se présentant comme une plateforme d’intelligence économique et de services d’abonnement spécialisée dans le secteur de l’exploration minière et de l’énergie), la chaîne d’approvisionnement est désormais contrainte par son maillon le plus faible : le transport.

–          Un réseau saturé et des infrastructures dégradées

La Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) tourne actuellement à 40 % de sa capacité, avec une production annuelle d’environ 3,9 millions de tonnes, contre 8 millions de tonnes en 2011. Cette baisse de 51 % en quatorze ans illustre l’impact des infrastructures défaillantes.

Le transport ferroviaire est essentiel : la SNCFT tire 40 % de ses revenus des contrats de transport de phosphate. Mais les trains circulent peu, les usines de transformation tournent au ralenti, les coûts de stockage augmentent et les terminaux d’exportation peinent à assurer des cadences régulières.

La flotte de wagons est dégradée, avec seulement 3,5 trains par jour au départ des sites d’extraction, contre 8 à 12 selon les standards internationaux. La capacité de charge par wagon a diminué, et les contraintes de sécurité imposent des convois allégés. Quatre lignes sont critiques (5, 14, 17 et 21) et totalisent 190 kilomètres en état d’urgence. La ligne 21, qui s’étend sur 129 km, nécessite une reconstruction complète. Les causes de dégradation sont le tassement des fondations, le climat semi‑aride (cycles dilatation‑rétractation), et l’entretien différé. Pour la signalisation, elle est obsolète et manuelle, et empêche l’optimisation des fréquences et accroît les risques d’erreur humaine.

–          Plan d’investissement : 684 millions de dollars

Pour sortir de l’impasse, un programme en deux phases a été défini :

Phase 1 – 138 M$ (2026‑2027) : réhabilitation immédiate des 190 km de voies critiques. Le Fonds arabe de développement économique et social (FADES) a alloué 52 M$ spécifiquement pour la ligne 21. Les appels d’offres ont été clos le 24 mars 2026, et le prêt, signé en octobre 2025, a été approuvé par la commission des finances du Parlement, le 26 mars 2026.

Phase 2 – 546 M$ (2027‑2030) : modernisation complète de 415 km supplémentaires, déploiement de systèmes de signalisation modernes, renouvellement de la flotte et création de centres de maintenance.

L’investissement total représente environ 1,13 million de dollars par kilomètre (pour 605 km), ce qui reste dans la fourchette basse des standards internationaux (1 à 3 M$/km).

–          Comparaisons internationales

Alors que les standards mondiaux du transport de phosphate sont de 8 à 12 trains par jour, la Tunisie n’en assure que 3,5. La modernisation prévoit de combler cet écart grâce à 3 choses. D’abord des wagons à capacité renforcée. Ensuite des voies adaptées à des charges plus lourdes. Et en 3ème lieu, une signalisation automatisée permettant d’augmenter la fréquence en toute sécurité.

–          Perspectives et mise en garde

L’article souligne que le financement reste partiel : les 52 M$ du FADES ne couvrent que 7,6 % des besoins totaux. La Tunisie devra mobiliser 632 M$ supplémentaires pour boucler la phase 2.

Le site « Discovery Alert », spécialisé dans les alertes d’investissement en ressources minières, conclut que la résolution de ces goulots d’étranglement pourrait transformer le transport du phosphate en un avantage compétitif pour le pays, contre des investissements nécessaires de 684 M$, pour un niveau de production et de compétitivité international d’ici 2030.

–          Le secteur du phosphate entre les chiffres réels… et le discours illusoire

Récemment, Halim Boussema, député du peuple indépendant, s’est invité au débat à travers un Post sur les réseaux sociaux, où il s’élève contre le fait que « chaque fois que la question du sauvetage du secteur du phosphate en Tunisie est soulevée, le même discours officiel, rempli de chiffres ambitieux et de promesses grandioses, est reproduit, comme si la mémoire économique des Tunisiens était courte ou susceptible d’être effacée ».

Le parlementaire ciblait la dernière de ces déclarations, émanant du président-directeur général du Groupe chimique tunisien devant les députés, « qui parle d’atteindre une production de 5,5 millions de tonnes en 2026, puis de faire un bond à 13,6 millions de tonnes à l’horizon 2030 », et déclare que « les chiffres, lorsqu’ils sont évoqués objectivement, révèlent l’ampleur du fossé entre le discours et la réalité ».

Boussema, entrepreneur lui-même, rappelle que depuis 2011, le secteur est entré dans une phase de déclin sévère, avec la production qui baisse en 2021, tombant à environ 3 millions de tonnes en 2022, puis entre 2,7 et 3 millions de tonnes en 2023, pour affirmer que « ces chiffres ne reflètent pas un simple retard conjoncturel, mais une crise structurelle profonde, qui rend le discours sur un bond à plus de 5,5 millions de tonnes en une seule année, puis un triplement de la production en quatre ans, une supposition dépourvue du minimum de réalisme économique ».

Il affirme, en député bien informé, que la crise s’étend à l’ensemble du système industriel, avec des unités relevant à la fois du GCT et de la CPG « en raison de la vétusté des équipements, de l’entretien en souffrance, des perturbations de l’approvisionnement, et surtout de l’effondrement du système de transport du phosphate, qui constitue l’artère vitale de ce secteur, pour conclure que « les promesses de redémarrer les grands projets, comme « Oum El Khacheb », ressemblent davantage à un recyclage des mêmes vieux titres, sans indicateurs concrets de mise en œuvre ».

Il s’arrête ensuite devant les chiffres relatifs à la consommation et aux stocks, qui « posent également de sérieux problèmes ». Halim Boussema rappelle à ce propos que « la consommation annuelle est d’environ 2 millions de tonnes, contre des stocks n’excédant pas 600 000 tonnes, ce qui soulève des questions sur la pertinence des discours concernant l’expansion des exportations ou la diversification des produits, sans d’abord assurer la stabilité de la production ».

Et le député, affirme enfin pertinemment que « le problème n’est plus l’absence de visions, mais l’absence de leur mise en œuvre », et que « ce qui est présenté aujourd’hui n’atteint pas le niveau d’une stratégie de sauvetage, et l’économie ne se construit pas avec des déclarations… mais avec des chiffres. Et ces chiffres, très clairement, confirment que nous sommes encore très loin de ce qui est promis ».

*Article rédigé sur la base d’une traduction résumée de « Discovery Alert » et d’un Post de Halim Boussema

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