On a eu dernièrement entre les mains l’intéressant rapport du Trader Mac Sa, sur le secteur du leasing en Tunisie. Le chiffre le plus surprenant qu’on ait pu y trouver, et franchement révélateur, c’est celui-ci 80 % du financement orienté vers le matériel roulant.
Ce chiffre est frappant, parce qu’il dépasse largement ce qu’on observe dans des marchés de leasing plus matures. En Tunisie, cela signifie que 4 dinars sur 5 financés par le leasing servent à des véhicules (voitures particulières, utilitaires, transport).
– Leasing Tunisien : Une rentabilité sous haute tension en 2025
Malgré des chiffres de façade qui affichent une certaine résilience, le secteur du leasing tunisien termine l’année 2025 avec des indicateurs de performance financière qui virent à l’orange. Entre hausse incontrôlée des charges et dégradation du risque client, le modèle économique des sociétés de leasing semble marquer le pas.
Une analyse à l’effet de ciseau démontre une efficacité opérationnelle en berne, et une performance financière du secteur aujourd’hui prise en étau. En 2025, le Résultat Brut d’Exploitation (RBE) a certes progressé de 8,5 %, mais il a été systématiquement rattrapé par une hausse des charges d’exploitation de 9,5 %.
Ce différentiel de croissance révèle une incapacité des sociétés à absorber leurs coûts fixes. Le rapport MAC SA pointe une responsabilité claire : « Cette évolution est en partie attribuable à l’impact de la loi n°2025-9 relative à la réglementation des contrats de travail, qui a nécessité une restructuration de certaines charges de personnel, pesant temporairement sur les coûts opérationnels. »
– Le paradoxe de la croissance « automobile »
Si la production affiche une hausse de 6,2 %, cette performance est jugée « insuffisante pour alimenter significativement les encours ». Surtout, elle repose sur un socle fragile : le matériel roulant, qui représente désormais entre 75 % et 80 % des mises en force.
Cette dépendance excessive à l’automobile fragilise la performance commerciale, car les sociétés sont désormais « exposées aux tensions d’approvisionnement affectant l’industrie automobile ». En clair, la performance financière ne dépend plus de la force de vente des Leaseurs, mais des stocks des concessionnaires.
– Coût du risque : L’héritage des difficultés structurelles
La rentabilité nette est directement menacée par la qualité du portefeuille. Les engagements classés ont progressé de 4,1 %, atteignant 434,2 MDT. Le rapport souligne que le secteur est « toujours confronté à des difficultés structurelles affectant certains domaines d’activité comme le BTP ».
De plus, la discipline de paiement a été ébranlée : le rapport mentionne « l’impact de la nouvelle réglementation des chèques sur la discipline de paiement ». Avec un taux de créances non performantes de 8,8 %, le secteur est sous la menace d’une sanction réglementaire, la BCT exigeant de « ramener ce ratio sous la barre des 7 % à l’horizon 2026 ».
– Le fardeau du refinancement
La performance est également grevée par le coût de l’argent. Le taux de sortie moyen s’élève à 14,98 %. Contrairement aux banques, les sociétés de leasing « ne bénéficient pas d’un accès direct aux facilités de refinancement de la Banque Centrale de Tunisie ». Cette exclusion les oblige à se financer sur des marchés coûteux, s’exposant ainsi au « coût élevé des instruments de couverture du risque de change » pour les lignes internationales.
En conclusion, et la sanction boursière serait logique, le marché boursier ne s’y trompe pas, c’est que malgré des valorisations attractives, et bien que le rapport de Mac Sa soutienne une « situation de bonne tenue du secteur, les titres de leasing restent pénalisés par un « manque de visibilité sur les perspectives de croissance » et une « faible liquidité ».
Les analystes les plus avisés restent d’avis que si le leasing a sauvé les meubles en 2025, sa performance financière est celle d’un secteur qui s’essouffle. Selon les mêmes sources, la survie durable est désormais strictement « tributaire d’un redressement de la Formation Brute de Capital Fixe », seul garant d’un retour à un financement productif et sain.
– Un secteur de mobilité, pas de production
Ce que cela révèle, en lecture un peu « corsée » des chiffres, c’est que le leasing en Tunisie est surtout un secteur captif de la mobilité, pas de la production. Le leasing tunisien ne joue pas pleinement son rôle de levier d’investissement productif. Il accompagne surtout la consommation, le renouvellement de flottes plutôt que la modernisation industrielle.
Il y a donc une anomalie structurelle. Car dans une économie en quête de montée en gamme, on s’attendrait à voir davantage de machines, d’équipements industriels, de technologies. Or, ce n’est pas le cas. Le risque systémique, est clair bien qu’il soit silencieux. Et le chiffre de 80 %, n’est pas juste un chiffre. C‘est un diagnostic, celui d’un leasing tunisien qui finance majoritairement des roues… pas des usines. Et cela, c’est exactement le type de signal faible qui mérite une « Une » économique.
– Un secteur sensible aux chocs économiques internes
Or, la domination du matériel roulant dans les encours et la production est une donnée souvent mentionnée de manière secondaire, mais elle est fondamentale. Le leasing en Tunisie est en effet massivement orienté vers le financement de véhicules (voitures, utilitaires, transport). C’est une « information cachée » mais essentielle, parce qu’elle révèle plusieurs réalités structurelles. D’abord, la faible diversification du secteur. Le leasing finance peu l’industrie lourde, les équipements productifs, ou la transformation technologique. Cela limite son rôle dans la montée en gamme de l’économie, certes en corrélation, presque logique, avec la politique du plus de consommation que d’investissement productif.
Le secteur est davantage tiré par la mobilité, le renouvellement de flottes plutôt que par l’investissement structurant. Et cela lui cause une vulnérabilité aux cycles économiques. C’est ainsi qu’il suffirait qu’il y ait baisse des importations de véhicules, restrictions de crédit, ou plus généralement un choc sur le pouvoir d’achat pour que le secteur du leasing soit immédiatement impacté.
– Ce qu’en disent les professionnels
L’automobile comprend la location auto qui pèse entre 10 et 20% des mises en force des Leaseurs.
Ils confirment qu’ils financent moins les actifs productifs. Mais disent que c’est « car il y a moins d’investissement en général dans le pays ». Pour eux, « les véhicules constituent un moindre risque face à la « révolution » des chèques et les délais beaucoup plus longs en justice pour obtenir des jugements en restitution…quand on les obtient ! ».
Sinon, ils assurent que « le refinancement est fluide pour le moment, car l’Etat ponctionne moins la liquidité bancaire et financière grâce aux prêts consentis directement par la BCT »








