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Voici pourquoi Moody’s a changé la perspective de la Tunisie de stable à négative

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L’agence Moody’s vient de dégrader la perspective de la Tunisie qui passe de stable à négative, alors que sa note souveraine a été confirmé à B2. Elle a également changé la perspective de la Banque centrale de Tunisie de stable à négative, et confirmé la notation B2, en plus de la note de premier rang non sécurisée / MTN à (P) B2. La Banque centrale de Tunisie est légalement responsable des paiements sur toutes les obligations de l’État. Ces titres de créance sont émis pour le compte du gouvernement.

Moody’s a expliqué les perspectives négatives par le fait que, nonobstant les progrès significatifs réalisés           au titre des réformes budgétaires et macroéconomiques au cours des derniers trimestres, la Tunisie doit faire face à des pressions accrues dans un environnement extérieur de plus en plus défavorable, caractérisé par des pare-chocs de moins en moins solides pour soutenir la résilience. L’agence envisagerait de ramener les perspectives à stables si les réformes en cours dans le cadre du programme du FMI, le rétablissement des marges de manœuvre budgétaires et extérieures et la poursuite de l’engagement de la communauté internationale atténuaient sensiblement les tensions sur les liquidités extérieures.

Les plafonds des dépôts et des obligations à long terme libellés en monnaie locale et en monnaie étrangère de la Tunisie restent inchangés: ceux en monnaie locale sont maintenus à Ba2, le plafond des dépôts à long terme des banques à B3 et le plafond des obligations en devise à Ba3. Les plafonds d’obligations en devises et de dépôts bancaires à court terme restent inchangés à Not Prime, c’est-à-dire pouvant être considérés comme appartenant à la catégorie spéculative

Des risques de vulnérabilité externe

Les perspectives négatives de la note de la Tunisie traduisent une augmentation des risques de vulnérabilité externe dans un contexte de resserrement marqué des conditions de financement au niveau mondial, alors que les réserves de change de la Tunisie sont touchées par la hausse des prix du pétrole et par un ralentissement des entrées nettes de capitaux par rapport à l’année dernière. .

Les réserves de change de la Tunisie continuent de s’éroder, baissant à 2,5 mois de couverture des importations à la fin du mois de septembre 2018 contre 3,3 mois une année plus tôt. Cela reflète non seulement le ralentissement des décaissements nets sur prêts par rapport à l’année dernière et l’émission différée de l’euro-obligation budgétée pour cette année, mais également l’impact de la hausse plus importante que prévu des prix du pétrole qui continue de peser sur la situation des comptes externes de la Tunisie.

La balance commerciale a continué de se détériorer pour atteindre 13,3% du PIB estimé en année pleine au cours des neuf premiers mois de 2018, contre 11,9% du PIB en année pleine au cours de la même période de l’année dernière, alors même que la balance commerciale hors énergie se stabilisait globalement 8,9% du PIB en année pleine au cours des neuf premiers mois, contre 9,1% au cours de la même période de l’année précédente.

Moody’s prévoit que le déficit de la balance courante se resserrera légèrement sous l’effet de la hausse des exportations de services (tourisme) et de l’amélioration de la balance des revenus du travail mais il devrait rester important à 9,7% du PIB à la fin de 2018 et à 8,5% en 2019, contre 10,2% en 2017.

Les entrées des IDE représentant environ 2% du PIB ne financent qu’une infime partie du déficit du compte courant. Cela laisse la Tunisie exposée à des flux de capitaux sensibles à la confiance à un moment où les conditions de plus en plus défavorables des marchés financiers mondiaux font craindre une nouvelle détérioration des réserves de change, malgré le soutien financier de la communauté des investisseurs internationaux, subordonné à la mise en œuvre des réformes, et bien que les restrictions existantes sur les flux de capitaux réduisent le risque de renversement soudain des flux de capitaux.

Le service de la dette « bouffera » 250% des réserves en devises

À la lumière des besoins de financement extérieur de l’économie- plus de 30% du PIB au cours des deux prochaines années-, Moody’s estime que les dettes extérieures venant à échéance l’année prochaine (plus les dépôts à long terme en devises) atteindront plus de 250% des réserves de change, fin 2019 contre 220% en 2018, une couverture des réserves bien inférieure à celle de la plupart des États souverains notés B. La dette étrangère nette de la Tunisie représentant -145% du PIB en 2017 est également nettement plus importante que celle de la plupart des États souverains notés B, ce qui dénote une sensibilité aux retards dans la disponibilité ou au coût plus élevé du financement externe.

Le propre bilan du gouvernement est sensible aux conditions de financement extérieur, en particulier au taux de change. Avec plus de 65% de la dette publique libellée en devises, la trajectoire de la dette est susceptible d’une dépréciation marquée du dinar tunisien, qui s’est dépréciée de 11% par rapport au dollar américain et de 9,2% par rapport à l’euro à la fin du mois de septembre 2018.

Le maintien de la note B2 est étayée par l’espoir de Moody’s que la Tunisie continuera à respecter les objectifs du programme du FMI, pour s’assurer la continuité des décaissements prévus du secteur public qui devraient couvrir près de 50% des besoins de financement budgétaire jusqu’à l’expiration du programme en juin 2020. La reprise économique en cours et en expansion soutient également la solidité économique de la Tunisie et sa note B2.

Malgré les cours mondiaux du pétrole qui sont supérieurs aux prévisions budgétaires, l’exécution du budget au cours des sept premiers mois de cette année reste sur la bonne voie pour être conforme au taux de 4,9% du PIB prévu pour le déficit budgétaire, contre 6,1% en 2017, grâce à la mise en œuvre effective des mesures de recettes adoptées dans le budget et compte tenu des importantes hausses de prix des carburants, de l’énergie et du gaz déjà appliquées au cours de cette année afin de maîtriser la facture de la compensation, des augmentations supplémentaires étant prévues pour 2018 et 2019.

La masse salariale est contenue dans les limites du budget et les réformes structurelles convenues, y compris l’adoption de lois sur la restructuration des banques publiques et l’extension de l’aide aux familles vulnérables qui ont été mises en œuvre, en plus de l’adoption de la réforme des retraites par le Conseil des ministres. Des progrès significatifs ont également été accomplis dans les domaines de la conformité aux réglementations internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Moody’s s’attend à ce que le déficit primaire se réduise à 1,6% du PIB en 2019, contre 2,3% et 3,9% en 2018 et 2017 respectivement, légèrement moins que les projets actuels du gouvernement, compte tenu des besoins de dépenses sociales probables, en particulier dans la perspective des élections, présidentielle et législatives, prévues pour novembre 2019. Le déficit global se réduira plus lentement à mesure que les coûts du service de la dette augmentent. Conjugué aux effets de valorisation des changes, il en résulte une charge d’endettement globalement stable autour de 74% du PIB cette année et l’année prochaine.

Une croissance de 3% en 2019

La note B2 de la Tunisie est également soutenue par une reprise économique plus diversifiée tirée par une nouvelle expansion de l’activité liée au marché. Moody’s prévoit une croissance du PIB de 2,8% en 2018 et de 3,0% en 2019, après 1,9% en 2017. L’amélioration significative de l’environnement de sécurité à la suite des attentats terroristes de 2015 et la mise en œuvre de réformes de l’environnement des entreprises, notamment grâce à l’adoption de la loi sur les investissements qui vise à uniformiser les règles du jeu entre les secteurs on-shore et off-shore, et la législation-cadre sur les partenariats public-privé, jettent les bases d’une nouvelle activité d’investissement.

Après plusieurs années de baisse de la production d’énergie due aux gisements de pétrole arrivés à maturité et à l’absence de nouveaux contrats d’octroi de permis, les niveaux de l’offre nationale se sont stabilisés depuis février 2018 et Moody’s s’attend à ce que l’octroi de nouveaux permis dans le secteur des hydrocarbures et des énergies renouvelables soutienne l’activité économique et contribue à la réduction des déséquilibres extérieurs. Témoin, la mise en service du gazoduc Nawara et de la station de traitement, prévue pour juillet 2019, qui couvrira 17% de la demande de gaz naturel en Tunisie, avec le potentiel de réduire la facture d’importation d’énergie de près de 1% du PIB par an, selon les estimations du FMI. Dans le cadre de l’accord du G20 avec l’Afrique, la Tunisie a également signé cinq nouveaux accords d’investissement avec l’Allemagne d’un montant de 1,9 milliard de dollars dans le secteur laitier et ceux du tourisme et du textile.

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