S’étant retrouvée fourrée dans le guêpier de la classification de Hezbollah comme organisation terroriste, la Tunisie s’échine à se tirer d’affaire. Son ministère des Affaires étrangères s’est fendu, ce vendredi, d’un communiqué où il semble faire écho à l’irritation du président de la République , Béji Caïd Essebsi de voir la Tunisie faire sienne la décision du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, réuni sur son sol , de déclarer le mouvement libanais organisation terroriste, emboîtant ainsi le pas au Conseil de Coopération du Golfe. La prise de position du gouvernement tunisien lui a attiré les foudres de bien des pans de la classe politique du pays, et son ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, n’a cessé, depuis, d’arrondir vainement les angles pour finalement tourner casaque et « décréter » que Hezbollah n’est pas une organisation terroriste et que la décision des ministres arabes de l’Intérieur n’est pas contraignante.
Au demeurant, le MAE a réaffirmé son attachement à l’une des constantes de sa politique étrangère de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres Etats, d’autant plus elle ne remet pas question le rôle joué par Hezbollah dans la libération d’une partie du territoire libanais occupé et ses positions vis-à-vis de la cause palestinienne.
La Tunisie n’en a pas moins appelé le mouvement libanais à éviter toute action de nature à menacer la stabilité des pays de la région et leur sécurité intérieure.
Le tollé de la société civile et des organisations nationales
Au delà de cette clarification qui, il ne faut pas s’y tromper, a valeur de revirement, se pose sous un jour nouveau le problème des errements de la diplomatie tunisienne d’après la Révolution et ses dérives par rapport à la ligne qui a toujours été la sienne depuis l’Indépendance, et des constantes qui ont guidé ses positions et initiatives à l’échelle internationale et plus encore s’agissant des pays arabes et des pays de son voisinage.
Pour maints observateurs, il s’agit d’un nouvel impair diplomatique commis dans la foulée de ceux qui avaient ponctué le cheminement de la diplomatie tunisienne qui semble avoir perdu ses repères de fond comme elle l’avait fait sous la Troïka et plus récemment encore par le biais de sa prise de position dans le conflit opposant l’Iran à l’Arabie Saoudite, ce qui a suscité des réactions très vives.
Et, le problème majeur, c’est que ce gouvernement qui a reproché à la Troïka d’avoir fermé l’ambassade tunisienne en Syrie ne fait ne fait qu’abonder dans ce sens en approuvant, très brièvement, le classement de Hezbollah comme organisation terroriste.
Une décision a suscité de nombreux remous et les réactions ne cessaient de faire boule de neige en Tunisie depuis cette annonce.
D’ailleurs, une vague d’indignation a déferlé sur les réseaux sociaux et le mécontentement des composantes de la société civile, des partis politiques et des organisations nationales n’était pas en reste. L’UGTT a dans ce cadre dénoncé avec virulence la résolution du Conseil des ministres de l’Intérieur arabe classifiant Hezbollah libanais comme organisation terroriste jugeant qu’elle constitue une « soumission au chantage sioniste et une attaque contre la lutte nationale ».
De son coté, le conseil national de l’ordre des avocats a exprimé son choc et son refus de cette décision qui fait des symboles et des composantes de la résistance des entités terroristes réalisant les desseins de l’ennemi sioniste.
Plusieurs partis politiques ont réagi à cette décision à l’instar d’« Echaab » qui s’est dit opposé à une telle décision. Une réaction partagée par l’Alliance démocratique qui juge cette classification « honteuse et qui menace le consensus national autour du terrorisme et qui recoupe avec celle de l’entité sioniste ». Elle a par ailleurs appelé l’opposition à faire face à la coalition au pouvoir qui cherche à impliquer la Tunisie dans des axes suspects agissant au nom de la guerre contre le terrorisme.
Dans le même contexte, Attakatol a fermement dénoncé la soumission aveugle de la Tunisie aux décisions du Conseil de la Coopération du Golfe et son implication dans un conflit communautaire wahabit/chiite, loin des bases diplomatiques tunisiennes
Pour sa part, le mouvement destourien par la voix de son président Hamed Karoui a fustigé l’adoption de la Tunisie du communiqué final du 33ème conseil des ministres arabes de l’Intérieur et s’est interrogé : « comment est-ce que la Tunisie peut considérer un mouvement de résistance contre Israël comme organisation terroriste ? ».








