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Tunisie – Mourad El Hattab : « L’opération de recapitalisation des banques publiques n’avait de sens que si… »

Plusieurs relais médiatiques et certains analystes expliquent la détérioration du secteur bancaire tunisien et qui a nécessité sa capitalisation par son mode de gestion et de gouvernance notamment tout au long de la période 2000/2010.

Ceci nécessite de faire quelques observations techniques. Tout d’abord, la position difficile sur le fond de laquelle vivent  actuellement les trois banques publiques est expliquée, essentiellement, par le fait qu’elles ont supporté l’édification des bases de l’économie nationale depuis des décennies.

Sans leurs interventions et leurs concours, il n’était pas possible d’édifier des secteurs entiers et opérationnels à l’instar du tourisme, de l’industrie et de l’agriculture.

Néanmoins, l’opération de fusion de la Banque Nationale de Développement Touristique (BNDT) et la Banque de Développement Economique de Tunisie (la BDET) qui ont été absorbées par la STB et qui ont été au bord de la faillite en 1999 justifie différents types de difficultés qui ont été engendrées par cette opération et qui a été nécessaire à plus d’un titre.

Celle-ci a été concrétisée définitivement en 2000 avec un héritage d’engagements impayés d’un volume conséquent pour multiples raisons particulièrement dans le domaine du tourisme, de l’industrie et au niveau des entreprises publiques.

A l’époque, des efforts ont été déployés pour redresser le secteur bancaire dans son ensemble et à cet effet, il suffit de citer quelques chiffres éloquents. En effet en 2003, le taux des créances accrochées des banques tunisiennes était de 25% en 2003, celui-ci a baissé à 13% en 2010. Quant au taux de couverture de ces créances par les provisions, il a augmenté de 40% à 60%.

Durant la période d’analyse, le risque final du secteur bancaire qui correspond au produit du taux des créances accrochées et du le ratio de leur couverture par les provisions requises précités a diminué de 15% à 5,2%.

Ces informations revêtent un caractère officiel puisqu’elles figurent au niveau des rapports annuels de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et qui ont été confirmées après les événements du 14 janvier 2011 pour montrer que les risques globaux du secteur bancaire tunisien ont régressé, en termes d’intensité, de trois fois entre 2003 et 2010.

Ceci a été signalé au niveau des scores de rating des agences de notation et des rapports d’autres institutions internationales tels que le fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM).

Par ailleurs et à partir de 2011, les créances accrochées du secteur bancaire, dans son ensemble, ont passé à 15,2% en 2013 contre 13% en 2010 et globalement ce type de créances dénommées non productives ont affiché un accroissement de 1200 millions de dinars entre 2011 et 2014 et ce, principalement en raison de la crise assez grave et récurrente qui a secoué le secteur touristique.

Sur un autre plan, il est plutôt intriguant que l’opération d’audit des banques publiques n’a pas concerné la période d’après 2011 mais ceci revient, certes, à des raisons multiples mais connues par les experts et les analystes qui suivent de près l’évolution de la situation économique et financière du pays.

Dans ce contexte, il est évident que l’activité du secteur bancaire a régressé, notoirement, à partir de 2010 suite à la morosité économique globale et à la situation catastrophique de l’économie nationale du pays.

Le secteur financier n’est qu’un miroir reflétant la rentabilité, la productivité et le dynamisme des différentes branches et secteurs d’activités de l’économie. C’est pour cela que l’opération de recapitalisation n’avait de sens que si elle prend en considération les difficultés cumulées et qui se sont aggravées à partir de l’année 2011. Les créances accrochés et impayés ont augmenté pour une enveloppe de 1 milliard de dinars.

Pour conclure, il est important de signaler que certaines calomnies se propagent par rapport à d’éventuels existences de conflits d’intérêt concernant le choix des bureaux chargés du full audit.

L’opération s’est déroulée sur la supervision directe des autorités depuis l’année 2011 et c’est ainsi qu’il est impératif d’insister sur le fait qu’il n y avait aucune interférence vue l’absence de preuves d’intervention d’anciens ministres ou gouverneurs de la (BCT) au niveau du choix de ces bureaux de sachant que ces derniers ont quitté le pouvoir. Remettre en cause les normes et les critères globaux de choix de full audit ne pourrait être qu’une pure spéculation.

* Mourad El Hattab : spécialiste en risques financier

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