Tunisie-Aide US : Trump lâchera-t-il prise ?

Tunisie-Aide US : Trump lâchera-t-il prise ?

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Peu d’informations sont disponibles sur les pourparlers en cours entre la Maison Blanche et les commissions d’attribution des crédits de la Chambre des représentants et du Sénat du Congrès américain sur le montant de l’aide qui sera accordée à la Tunisie au titre du budget de 2018. Les deux parties négocient un arrangement sous la forme d’un compromis entre la proposition de l’Administration Trump qui veut réduire l’enveloppe de l’assistance financière à la Tunisie de 177 millions de dollars en 2016 à moins de 55 millions $ en 2018, et celle des commissions d’attribution du Congrès qui tiennent au montant de 165 millions $ dont elles ont convenu.

Il faut dire que la Tunisie n’est pas spécifiquement visée par l’Administration, car les coupes proposées la concernant s’inscrivent dans le cadre d’une demande de budget global pour le Département d’Etat américain, raboté de 28% par rapport à l’exercice budgétaire en cours. Y toucher reviendrait à déshabiller Pierre pour habiller Paul en puisant dans le budget alloué à un autre pays pour augmenter celui de la Tunisie. Visiblement, le Congrès n’est pas près de lâcher prise alors que la Tunisie dispose de puissants alliés à Washington et que d’influents représentants et sénateurs sont acquis à sa cause. Mais le sort de cette aide dépendra en fin de compte du président Donald Trump qui en promulguera la loi.

Une erreur coûteuse !

Imposer des coupes claires à cette assistance serait une erreur coûteuse, estime « The Hill », journal du Capitole, spécialisé dans les affaires parlementaires sous la plume de Safwan Masri, vice-président des centres mondiaux de l’Université de Columbia et auteur du livre « La Tunisie, une anomalie arabe ». Il explique que la transition de la Tunisie vers la démocratie reste fragile, et le pays continue de lutter contre le chômage élevé, une croissance léthargique, une dette croissante et les signes persistants de corruption. « Il est maintenant temps pour le monde, et les États-Unis en particulier, de soutenir cette démocratie émergente vulnérable et d’aider les Tunisiens à consolider les acquis de leur révolution et à assurer la stabilité de leur pays », a-t-il préconisé.

Ce que Bourguiba demandait à Eisenhower

Alors que le pouvoir de la religion et la rhétorique d’exclusion règnent en maître dans toute la région, c’est le pouvoir de l’éducation qui a été l’élément fondateur de la Tunisie. L’investissement dans l’éducation a porté ses fruits lorsque les Tunisiens se sont révoltés contre l‘ex président Ben Ali et ont ensuite réussi à exploiter l’élan du Printemps arabe pour opérer une transition pacifique vers une démocratie qui fonctionne. C’est une expérience qui, depuis plus d’un demi-siècle, témoigne de l’importance de l’éducation et des autres instruments de la puissance douce en tant que vecteurs de progrès, a-t-il noté, rappelant une conversation qui avait eu lieu entre l’ex président américain Dwight Eisenhower, alors en visite en Tunisie le 17 décembre 1959, et le président Habib Bourguiba auquel il a demandé comment les Etats-Unis pourraient être les plus utiles à son jeune pays. Bourguiba, qui avait l’ambition de bâtir une nation moderne qui se distinguerait du reste du monde arabe, n’a pas répondu en sollicitant d’Eisenhower une aide militaire, mais de la nourriture, de l’éducation et un toit pour son peuple.

Les décideurs politiques à Washington devraient avoir à l’esprit cet entretien et ce dont a découlé alors qu’ils tentent de parvenir à un accord sur les dépenses avec la Maison-Blanche en 2018, insiste l’auteur de l’article qui rappelle que la demande de Bourguiba a été acceptée et, à la fin des années 1960, un sixième de la croissance économique de la Tunisie était assuré par l’aide au développement fournie par les Etats-Unis. Pendant toute cette période, la Tunisie a noué des alliances avec les Etats-Unis et d’autres puissances occidentales, bien qu’elle se soit souvent trouvée en désaccord avec le reste du monde arabe.

Un message pour les décideurs de Washington

Après l’indépendance en 1956, la Tunisie a alloué la plus grande partie de son budget, plus du tiers, à l’éducation et au développement des jeunes. Le système éducatif tunisien enseignait des valeurs conformes aux idéaux américains de pluralisme et d’ouverture. Bourguiba considérait l’éducation comme un moyen de combattre ce qu’il appelait les structures mentales des Tunisiens qui étaient opposés ou indifférents à ses programmes de modernisation : les droits des femmes et la réduction du rôle de la religion dans la société. Le système bilingue et mixte de la Tunisie a cultivé la pensée critique et les capacités de raisonnement.

Il y a des décennies, Eisenhower et Bourguiba ont mis la Tunisie sur la bonne voie et ont compris les enjeux les plus efficaces pour l’engagement des États-Unis. Les décideurs à Washington et à la Maison-Blanche devraient s’en remémorer comme un exemple réussi d’une société pacifique et démocratique dans la région, conclut « The Hill ».

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