Tunisie : Année scolaire, « annus horribilis » !

Tunisie : Année scolaire, « annus horribilis » !

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Jamais le contentieux des professeurs de l’enseignement secondaire avec l’autorité de tutelle n’a fait autant de mal et de dégâts que cette fois-ci. La palette des chevaux de bataille est si variée que l’on y perd son latin. Tantôt c’est la réforme de l’enseignement, autre part, c’est la détérioration du pouvoir d’achat du corps enseignant, récemment la pénibilité avec son pendant de retraite à 55 ans, bref un maquis de revendications ajustées selon le moment et le goût du jour où se profile en filigrane et par moments explicitement mais toujours avec une égale constance, une effusion de demandes d’ordre financier.

On serait bien en peine de faire grief aux enseignants de vouloir améliorer leur situation. Qui d’autre n’aurait pas fait autant ? Seulement, en migrant du terrain de la revendication syndicale telle qu’elle est légitimement et tout aussi légalement exercée, à celui des tours de force et d’autres « formes de combat » dont la Fédération générale de l’enseignement secondaire a le secret, on se place fatalement dans une autre logique. Les retombées en sont en tout point fâcheuses, voire délétères, avec des élèves en longue récréation forcée, des parents atterrés, une opinion publique sidérée, et surtout un enseignement précipité dans la dérive.

Trêve de surenchères !

Après avoir demandé et obtenu la tête de l’ancien ministre de l’Education, voilà que le syndicat de l’enseignement secondaire , adoubé par une fédération éponyme, se met en ordre de bataille pour réserver le même sort à son successeur, à coups de grèves, de suspensions des cours, de mises en demeure et de déclarations, plutôt de sommations incendiaires, comme celles dont s’est fendu ce mardi le secrétaire général de la fédération, l’inénarrable Lassaad Yacoubi, qui évoque, l’ accent épique, une « victoire proche » et un combat jusqu’à la capitulation de l’adversaire.

Alors que les examens approchent à grands pas, que les notes du premier semestre sont toujours séquestrées, et que les parents sont saisis d’angoisse, ces joutes et cette ligne dure prennent les contours d’une incongruité doublée d’une aberration éminemment préjudiciables aux intérêts des élèves et de la communauté nationale. On est alors à mille lieues des professions de foi du syndicat et de l’UGTT qui assurent qu’il n’y aura nullement d’année blanche. Pourtant, tout porte à croire que celle-ci est en train de s’inscrire dans les faits et que, sauf miracle de dernière minute, tout le monde sera renvoyé à ses chères études.

Le nerf de la guerre

Le fait est que les revendications des enseignants, et pour être plus précis, de leur syndicat, sont dans une large mesure irréalisables. Le gouvernement et le ministère de l’Education ont-ils les moyens, par exemple, de déférer à celle relative à la pénibilité, qui se traduirait inéluctablement par le recrutement de pas moins 25 000 enseignants ? Assurément non, alors que les caisses de l’Etat ne peuvent pas y pourvoir et que le Fonds monétaire international, pas plus tard qu’il y a quelques jours, lançait sa mise en garde contre toute forme de recrutement dans la fonction publique. Ce n’est là qu’une facette de cette crise que personne ne serait capable de dénouer, en l’état actuel des finances publiques. Ne serait-il pas plus judicieux de renvoyer ce dossier à plus tard, en l’occurrence au prochain round des négociations sociales, ne serait-ce que pour le volet salarial ?

Des efforts sont, cependant, en train d’être conduits au pas de charge pour arrêter cette spirale revendicative, à tout le moins esquisser une ébauche de compromis, nécessairement insuffisant, mais qui aura le mérite de sauver l’année scolaire et désamorcer ces convulsions qui secouent les lycées et les collèges. Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, a annoncé qu’il devrait rencontrer ce mardi après-midi, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à charge pour le bureau exécutif de l’Organisation ouvrière et le gouvernement d’en faire autant, lors d’une réunion prévue pour demain mercredi.

Serait-ce la dernière ligne droite pour évacuer une part de cette crise qui n’a que trop duré et redonner l’espoir, si minime soit-il, que les élèves reprendront le chemin de l’école et que leurs professeurs s’aviseront à mettre un bémol à leur mouvement, pour au moins éviter que cette année scolaire ne tourne à une annus horribilis ?.

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