Au contraire de son précédent éponyme, le Document Carthage 2 ne serait pas proche d’une issue concluante, révélant des distances incommensurables entre les signataires majeurs, alors que l’un d’eux, l’UGTT, ne semble pas s’affranchir des positions sur lesquelles elle se plaît à camper depuis plusieurs mois sans arriver à se faire entendre de la plupart des autres partenaires. Le conclave réuni ce lundi encore une fois sous la présidence du chef de l’Etat n’en a pas moins décidé de se retrouver demain au niveau des experts, et à la fin de cette semaine pour finaliser le document et convenir des décisions dont elles sont issues, assure le palais de Carthage.

De quoi devrait-il s’agir ? Difficile de le dire ou d’espérer que l’affaire sera pliée en quelques jours cependant que de longues semaines n’ont pas suffi pour venir à bout de dossiers d’autant plus inextricables qu’ils ont partie liée avec des enjeux stratégiques et des ressources financières peu disponibles voire inexistantes. En pesant de tout son poids pour amener à composition les uns et les autres, le président de la République donne toute la mesure de la gravité de la situation et ne s’excepte pas de décocher, furtivement il est vrai, quelques flèches à l’Organisation ouvrière lui enjoignant de transiger et de faire des concessions. Surtout, il a insisté pour que l’UGTT soit un partenaire actif dans le processus en y important pas tous ses problèmes, allusion aux tumultueuses relations de la centrale syndicale avec le gouvernement.

L’essentiel et l’accessoire

Là-dessus, BCE a été on ne peut pas plus clair. La question du changement de gouvernement est accessoire par rapport à un accord sur la politique qu’il importe désormais d’élaborer et de suivre. Et ce n’est qu’après qu’il va falloir trouver l’instance la plus habilitée et la plus apte [le gouvernement] à la mettre en œuvre. Ceci ne dispense pas, selon lui, que le Document soit, le cas échéant, mis à jour. Dans cette démarche , le chef de l’Etat semble trouver en Rached Ghannouchi un allié de poids, lequel a estimé que «  le plus important réside dans la portée du programme et la compétence de ceux qui seront chargés de l’exécuter », sans omettre d’affirmer que le mouvement Ennahdha soutient le consensus et toute initiative visant à sauver le pays.

Exit donc, pour l’heure du moins, la question de changer le gouvernement voire celui qui le dirige au grand dam des appels incessants et du crédo de l’UGTT demandant à « insuffler une vitalité nouvelle et du nouveau sang » dans ce gouvernement auquel elle trouve un éventail de défauts dès lors qu’il s’agit notamment des entreprises publiques, des caisses sociales, de la détérioration du pouvoir d’achat et même des salaires, sans oublier la mise en œuvre des engagements pris par les gouvernements successifs depuis 2011.

Lancinante interrogation

Le fossé ci-devant béant pourrait-il être comblé au travers d’une révision, nécessairement déchirante, que l’UGTT doit pouvoir avoir le courage de négocier ? Voilà la lancinante interrogation à laquelle elle doit répondre dans les tout prochains jours, dans un contexte national qui va s’envenimant surtout sur le plan économique. A bien des égards otage de ses bases, l’Organisation ouvrière devra avoir cependant la ressource de tenir son rang en tant que partenaire essentiel non seulement de la scène sociale et économique mais aussi politique. En un mot comme en mille, le pays est dans la nasse, en butte comme il l’est à une multitude de défis dont la plupart dictent la mobilisation des énergies de tous et d’abord de la classe laborieuse appelée à remplir l’office qui est naturellement le sien en toute lucidité et avec beaucoup de courage. Plus que jamais et plus que les autres, l’organisation dans laquelle la classe ouvrière a vocation à se reconnaître est tenue de déférer aux impératifs que dicte la très mauvaise situation par laquelle passe le pays. Avec des finances qui ne suffisent même pas à payer ses fonctionnaires, l’Etat, par ailleurs soumis à de très fortes pressions exercées férocement par les bailleurs de fonds, est désarmé face aux défis qui l’assaillent. Il ne peut même pas s’endetter ni solliciter le marché financier international pour lever les fonds dont il a besoin. Les banques domestiques ne sont pas en reste et rechignent à le financer faute de liquidités. Une mission du Fonds monétaire internationale s’apprête à débarquer pour sa revue trimestrielle. Les craintes sont vives de la voir ne pas s’y limiter pour remettre en question l’ensemble du prêt qu’elle avait accepté de consentir à la Tunisie, assorti pourtant des rigoureuses conditions que l’on sait.

C’est là un volet parmi tant d’autres qui donne la mesure de l’extrême gravité des problèmes qui tourmentent le pays sans espoir proche de les surmonter. Même le Document de Carthage 2, si jamais il était ratifié, ne serait qu’une portion congrue de ce qu’il faudra faire pour remédier un tant soit peu à la situation.

Mohamed Lahmar

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici