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Tunisie : Chahed écartelé entre ses « réformes sans précédent » et les tensions sociales !

La Tunisie prévoit de lancer les réformes tant attendues pour réduire son déficit budgétaire chronique, mais les mesures pourraient abîmer l’investissement si le gouvernement imposait de nouvelles taxes et manquait à dégraisser le secteur public pléthorique afin d’éviter les troubles sociaux, estime Reuters dans un article publié ce lundi.

Une mission du Fonds monétaire international est à Tunis cette semaine pour faire le point sur ce que fait le gouvernement pour redresser une économie en berne depuis 2011, avec des résultats à la traîne, les exportations de phosphates frappées par des grèves et le tourisme souffrant d’attaques terroristes islamistes. Espérant obtenir d’autres concours du FMI pour financer le budget 2018, le ministre des Réformes économiques Taoufik Rajhi a annoncé que le gouvernement lancerait des « réformes sans précédent » pour ramener le déficit à 4,9% en 2018 contre 6% cette année. La Tunisie veut réduire les effectifs de la fonction publique de 20 000, réformer les entreprises publiques déficitaires et augmenter les impôts et les cotisations aux caisses sociales, a déclaré Rajhi à Reuters.

Il a affirmé que « le gouvernement est sérieux au sujet des réformes cette fois-ci », mais les analystes n’écartent pas que le chef du gouvernement, Youssef Chahed puisse faire machine arrière sur ses propositions afin de désamorcer les tensions sociales. Cela mettrait la Tunisie en porte-à-faux avec ses bailleurs de fonds. Depuis 2011, neuf gouvernements n’ont pas réussi à réduire le déficit et le pays a besoin de 3 milliards de dollars de prêts étrangers pour la seule année prochaine. « Le gouvernement est fortement tributaire de l’aide financière des prêteurs multilatéraux, tels que le FMI, qui font pression et conditionnent leur soutien à la mise en œuvre de réformes structurelles, notamment sur le plan budgétaire (et) les suppressions d’emplois dans le secteur public notamment », a déclaré Raphaele Auberty, analyste chez BMI Research. D’un autre côté, « les risques d’instabilité sociale dans le pays limitent les possibilités d’assainissement budgétaire sans déclencher de manifestations à grande échelle », a-t-elle souligné.

Le gouvernement sous la pression de l’UGTT

Sous la pression des syndicats, le gouvernement a accepté d’augmenter les salaires du secteur public en 2018 et d’éviter les licenciements obligatoires qui pourraient provoquer des protestations. Il veut réduire la masse salariale du secteur public à 12,5% du PIB en 2020 contre 15% en proposant des départs volontaires, puissent-ils coûter cher. Un porte-parole du FMI a déclaré que le fonds et la Tunisie avaient convenu de la nécessité de réformes urgentes, « notamment des réformes fiscales et des mesures pour limiter la croissance de la masse salariale publique qui risque de devenir inabordable, étant déjà et parmi les plus élevées du monde ».

Les autorités veulent augmenter les impôts sur les bénéfices des banques à 40% contre 35%. La taxe sur les transactions immobilières passera de 6% à 19%, ce qui, selon les entreprises, compromettra leur compétitivité. « Les impôts tuent la disposition des investisseurs qui souhaitent venir ici », a déclaré Nafaa Naifer, dirigeant à l’organisation patronale UTICA, qui affirme que les entreprises fermeront si le plan fiscal va de l’avant. « Nous ne pouvons tolérer plus de sacrifices si ceux-ci ne servent qu’à gonfler les salaires du secteur public », a-t-il déclaré.

L’année dernière, le gouvernement a imposé une contribution exceptionnelle de 7% sur les entreprises pour aider à financer le budget, dont 45% sont consacrés aux salaires du secteur public. Les pays occidentaux tiennent à ce que la Tunisie attire les investissements car le chômage élevé a contraint de nombreux jeunes Tunisiens à partir à l’étranger en quête de meilleurs lendemains ou d’une guerre. En avril, le FMI a accepté de verser la deuxième tranche immobilisée d’un prêt de 2,8 milliards de dollars, d’un montant de 320 millions de dollars, à la Tunisie pour manque de progrès dans le dégraissage du secteur public.

Chahed sur la corde raide

Chahed marche sur la corde raide, en présidant une coalition de laïcs et d’islamistes qui se sont affrontés à plusieurs reprises sur la transition du pays depuis 2011. Il a notamment besoin d’écouter le puissant syndicat, l’UGTT, qui s’oppose à de massives réductions, affirmant que les Tunisiens sont moins bien lotis qu’avant la révolution en raison d’une inflation d’environ 5,8%. Le dinar a chuté de 35% depuis 2011, et les touristes boudaient le pays. Deux énormes attaques terroristes ont presque terrassé le secteur en 2015. La Tunisie a perdu près de 2 milliards de dollars en raison d’une baisse des exportations de phosphates due au blocage par de jeunes chômeurs des lignes ferroviaires à proximité des sites de production minière.

Le FMI veut que soient réduites les subventions du pain, de l’essence et d’autres produits, mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille           et prévoit de maintenir l’enveloppe de la compensation à l’équivalent de 1,4 milliard de dollars l’année prochaine. La sensibilité de la question perçait à travers les propos d’un ministre qui déclarait récemment à Reuters que les prix du pain augmenteraient de quelques millimes parce que le gouvernement ne pourrait pas s’accommoder du le coût d’une augmentation des prix mondiaux du blé. Les médias locaux ont sauté sur l’occasion et le secrétaire général de l’UGTT a rencontré Chahed pour l’inciter à maintenir les prix. L’organisation syndicale a aussi alarmé les investisseurs en se prononçant rigoureusement contre les privatisations des entreprises publiques. Et le ministre chargé des réformes économique, Taoufik Rajhi a affirmé que « nous déterminerons ce qui devrait être conservé entièrement par l’Etat et ce qui devrait passer sous le partenariat public-privé ». Dubai Holding a vendu sa participation de 35% dans Tunisie Télécom après que les syndicats ont forcé l’opérateur de téléphonie mobile de l’État à annuler son projet d’introduction en Bourse qui aurait entraîné des suppressions d’emplois.

Il y a aussi d’autres problèmes. Les restrictions sur la disponibilité de devises pour payer les importations, imposées par le gouvernement pour soutenir le dinar, pourraient causer des problèmes avec le FMI, a déclaré Capital Economics, basé à Londres. Les investisseurs n’aiment pas non plus la «bureaucratie inefficace de la Tunisie, la corruption de haut niveau et le favoritisme envers les entreprises bien établies», a déclaré Charlene Rahall de « Arabia Monitor Economic Research & Strategy ».

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