Tunisie-diplomatie : Quel sursaut pour avoir fière allure !

Tunisie-diplomatie : Quel sursaut pour avoir fière allure !

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C’est ce lundi que s’ouvre à Tunis la grand-messe diplomatique, traditionnellement rangée sous l’appellation conférence des chefs de missions et représentations diplomatiques et consulaires, la 36ème du nom , cette année. Il s’y attache une connotation d’un relief particulier au regard des échéances qui meublent son calendrier et dont on est en droit d’espérer qu’elles replacent la diplomatie tunisienne dans le statut qui a été longtemps le sien, lui attirant prestige, poids et fière allure.

Ayant rang de domaine réservé du chef de l’Etat sous la 2ème République, il arrive cependant à cette diplomatie d’être prise en défaut par une autre, parallèle, menée par le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, à la faveur de ses pérégrinations internationales, provoquant froncements de sourcils à Carthage, sans pour autant donner lieu à des soubresauts, son artisan prenant toujours soin d’en informer la Présidence et expliquer que ses activités à ce titre servent avant tout les intérêts du pays. Mais pas que, tiennent à faire remarquer maintes parties qui parlent de « road shows » ressortissant à d’autres desseins.

Retour aux fondamentaux

Le fait est que la diplomatie tunisienne est impérieusement tenue de revenir à ses fondamentaux et à ses références de toujours. Des rendez-vous capitaux lui sont offerts pour le faire. D’abord, le sommet des chefs d’Etat arabes que la Tunisie abritera en mars 2019, ensuite, le 18ème sommet francophone qui sera organisé sur ses terres, coïncidant avec le 50ème anniversaire de la francophonie initiée par Habib Bourguiba avec à l’époque le Sénégalais Léopold Sedar Senghor et le Nigérien Hamani Diouri. Tunis y voit « un nouveau succès pour sa diplomatie qui renforce le rayonnement du pays à l’étranger et reflète la confiance et la considération dont il jouit sur la scène international ainsi qu’une reconnaissance de son rôle d’avant-garde dans le raffermissement des rapports d’amitié et de coopération dans son environnement régional et mondial ». Un aboutissement auquel l’attribution à la Tunisie d’un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU auquel elle postule donnera un surcroît de crédit et de reconnaissance.

Ce sera sans doute l’opportunité rêvée de conjurer le déclin et la quasi absence de la diplomatie tunisienne depuis les années 90, occupée à se démener sur d’autres registres, souvent dans l’improvisation et au service de collusions qui ont peu à faire avec les intérêts essentiels du pays avec à la clé des diplomates surgis de nulle part, nommés suivant les allégeances et les vocations serviles que ce fût sous l’ancien régime ou encore celui de la Troïka. Au point que la Tunisie était traitée, en plusieurs occurrences, en pays laissé-pour-compte, sans influence notable sur le cours des événements même chez les pays du voisinage.

Conjurer les pratiques d’un autre temps

Renouer avec les fondamentaux c’est avoir une nouvelle vision de la diplomatie qui rompe avec des pratiques d’un autre temps, essentiellement axée sur l’économie, la conquête des marchés, le soutien aux entreprises, et des diplomates qui sachent s’y prendre avec un savoir-faire en atomes crochus avec les anticipations et les projections économiques et stratégiques qui vaillent, et des analyses bien senties qui aident le gouvernement à prendre les bonnes décisions et à fixer les bons choix.

Cela doit vouloir dire aussi sortir des sentiers battus, injecter du sang nouveau dans l’attelage diplomatique, se reconfigurer pour mener les batailles dictées par la concurrence internationale de plus en plus féroce en raison de l’arrivée de nouveaux venus. Il est tout aussi essentiel de fixer de nouvelles priorités et d’aller vers de nouveaux horizons, nommément des groupements économiques et douaniers porteurs de valeur ajoutée.

La Tunisie, doit-on le reconnaître, a commencé à s’y essayer, en rejoignant par exemple le COMESA           et en tentant d’en faire autant avec la CEDEAO. Ce sera tout bénéfice pour les entreprises et les opérateurs tunisiens qui voient leur marché traditionnel, l’Union européenne se rétrécir, faire la fine bouche et surtout pris d’assaut par d’autres nations plus entreprenantes et laborieuses.

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