Tunisie-FMI: L’endroit et l’envers !

Tunisie-FMI: L’endroit et l’envers !

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Beaucoup a été dit sur les engagements pris par les autorités tunisiennes envers le Fonds monétaire international pour s’assurer le déboursement des tranches du prêt relevant du Mécanisme élargi de crédit ( MEDC) lequel a vocation à apporter un concours au pays aux prises avec de graves déséquilibres de balance des paiements à cause d’obstacles structurels et affiche une croissance lente et une position de balance des paiements intrinsèquement fragile. Mais pour en saisir la vraie portée et en avoir le cœur net, il suffit de se référer à la lettre d’intention que le gouvernement tunisien a adressée à l’institution de Bretton Wood pour lui dispenser toutes les garanties que ses préconisations seront appliquées à la lettre.

Dans cette missive en date du 22 juin 2018, portant la signature du gouverneur de la Banque centrale, Marouane El-Abassi, et le ministre des Finances, Mohamed Ridha Chalghoum, il est affirmé que le « choix résolu fait pour la refonte de l’économie tunisienne appelle une accélération des réformes concrètes visant à renforcer la reprise économique par l’investissement, les exportations et l’initiative plus privée ». «  S’engager sur ces objectifs économiques peut sembler difficile mais est néanmoins indispensable et nous devons expliquer ce choix au public », assure le gouvernement tunisien qui exprime son engagement à mettre en œuvre son plan de réforme à la fois par l’adoption de textes juridiques et réglementaires et par la mise en œuvre effective de propositions de réforme concrètes. Il concède toutefois que les résultats obtenus auraient pu être meilleurs sans la mauvaise performance des secteurs miniers due aux problèmes sociaux. Il n’en assure pas moins que « l’économie tunisienne est désormais sur une trajectoire ascendante, où la croissance est de plus en plus tributaire des investissements et des exportations, favorisant une croissance inclusive à moyen terme ». Il indique à propos de la « réorientation progressive de la politique budgétaire », que les recettes fiscales ont augmenté de 12% par rapport au premier trimestre de 2017, tandis que les dépenses courantes ont diminué de 10%, la masse salariale ayant diminué de 9% à fin mars. Parallèlement, les dépenses d’investissement ont augmenté de 22%, confirmant l’objectif de réorienter les dépenses publiques vers l’investissement. À la fin du mois de mars, l’encours de la dette publique atteignait 68,45% du PIB contre 61,89% pour la même période de l’année dernière, est-il ajouté.

L’inflation « préoccupation majeure »

Abordant l’inflation «  devenue une préoccupation majeure », il souligne que son taux a atteint 7,7% en mai 2018, soit le niveau le plus élevé depuis 1991, l’expliquant par « plusieurs facteurs exceptionnels », dont une orientation de la politique monétaire qui n’est pas assez restrictive, accompagnée de la dépréciation du taux de change et d’une forte croissance du crédit à l’économie. En effet, l’augmentation du taux directeur et l’élargissement du corridor entre les taux des dépôts et des prêts à la Banque centrale n’ont pas réussi à ramener le taux du marché monétaire (TMM) en termes réels et à réduire ainsi les volumes de refinancement des banques destiné à la BCT. Ce dernier a atteint de nouveaux records pour dépasser 14 milliards de dinars à la mi-mai 2018.

Pour ce qui est du compte courant, il s’est quelque peu amélioré mais les réserves de change restent sous pression. Le compte courant s’est amélioré au cours des quatre premiers mois de 2018, le déficit atteignant 3,7% du PIB (contre 4,4% du PIB pour la même période en 2017). En revanche, la facture d’importation a augmenté, en partie à cause d’un important déficit énergétique lié à la hausse des prix internationaux du pétrole. La légère amélioration du compte courant n’a pas suffi à freiner la détérioration de notre niveau d’actifs étrangers. La couverture des réserves est passée de 93 jours d’importations à fin 2017 à 76 jours d’importations à fin mai, en partie à cause du service de la dette élevé et du déficit du compte courant. « Nous sommes conscients que les prix élevés du pétrole pour la période restante de l’année, combinés à la faible production énergétique intérieure, exerceront une pression considérable sur le secteur extérieur de notre pays », soulignent les signataires de la lettre d’intention.

Le secteur bancaire toujours résilient aux tensions

Le secteur bancaire reste stable et le crédit à l’économie progresse rapidement, indique le gouvernement. En revanche, la croissance des dépôts en 2017 n’a pas suffi à alléger la pression sur les liquidités des banques en raison des importants effets de contraction des besoins de financement publics élevés et de la forte demande de change. Cette situation s’est accentuée au cours des premiers mois de 2018. Cependant, le ratio de capital global du secteur bancaire est resté aux alentours de 12% à fin mars 2018, soutenu par la rentabilité des banques grâce à la forte demande de crédits à la consommation et au logement. Les prêts non performants restent élevés, autour de 14% du total des prêts à fin mars 2018, provisionnés à 58% (hors intérêts réservés).

La mise en œuvre urgente des réformes est une priorité absolue, affirme la lettre d’intention au FMI. « Conscients des vives pressions et de la fragilité de nos conditions macroéconomiques, le gouvernement s’est engagé résolument dans la voie de la restauration des fondamentaux économiques. Pour maintenir la stabilité macroéconomique, maîtriser les équilibres budgétaires et extérieurs et contenir la dette, il sera essentiel de favoriser une croissance plus durable et inclusive. Nous redoublerons d’efforts dans ce sens, car plus tard les réformes seront mises en place, plus les coûts d’ajustement seront élevés et plus le retard à récolter les dividendes de la réforme sera grand », affirme le gouvernement.

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