Tunisie : La Révolution fourvoyée, mal assumée !

Tunisie : La Révolution fourvoyée, mal assumée !

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Le 17 décembre 2010, le destin de la Tunisie a commencé à basculer. Ce jour-là, un jeune de Sidi Bouzid scellait son destin tragique en s’immolant par le feu en s’aspergeant d’essence devant le siège du gouvernorat, rongé par le désespoir et les affres d’une existence que lui partageaient des centaines de milliers voire des millions de Tunisiens de la même génération en proie au chômage et aux tourments dérivés. En mettant ainsi fin à ses jours, plus est, sur ce mode, Mohamed Bouazizi ne savait sans doute pas qu’il allait passer à la postérité comme celui qui a allumé l’étincelle d’une révolution qui embrasera non seulement son pays mais aussi le monde arabe. Un acte qui lui a valu le statut de martyr autant que de héros.

Il n’a fallu que moins de quatre semaines pour que cet acte incandescent se transforme, le 14 janvier 2011, en un feu de brousse qui a balayé le régime politique en place et chassé du pouvoir son ordonnateur et architecte, Zine el-Abidine Ben Ali, après 23 ans d’un exercice solitaire, autoritaire, souvent despotique, doublé d’une kleptocratie de plus en plus odieuse qu’elle portait en elle les germes de la disparition du système en son entier.

Un bilan pathétique

A l’égal de toute révolution, celle de la Tunisie a fait naître d’immenses espoirs, certes de liberté, mais aussi et surtout de vie digne, de lendemains meilleurs, en termes d’emploi, de bien-être, de développement pour les régions de l’intérieur et de justice sociale. A l’exercice, cependant, rien de tel n’a pu être réalisé sauf pour les libertés, ce qui, soit dit en passant, ne nourrit pas son homme. Par bien des côtés, les choses ont même empiré, gonflant les rangs des nostalgiques du régime déchu. Une désillusion qui se nourrit de bien des dérives, de faux choix, d’une flagrante impéritie de gérer la chose publique, auxquels s’ajoutent, il est vrai, des impondérables dus à la conjoncture, tels que le terrorisme et la crise économique mondiale.

Tous responsables, chacun à son échelle

Il ne serait pas incongru de dire que, dans tout cela, les Tunisiens-dirigeants et peuple- ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Certes, ils ont été en quelque sorte pris au dépourvu par la Révolution, mais dans le même temps, ils n’ont pas su en faire bon usage. Les politiques, d’abord, qui s’en sont servis pour gagner du territoire, se livrer à une course effrénée vers le pouvoir sans y être préparés, et chercher à s’en emparer à qui mieux mieux, bafouant tout ce qui a vocation à bâtir une Nation , nouvelle et résolument tournée vers l’avenir. La troïka, de sinistre mémoire, en a fourni l’exemple le plus frappant. Ceux qui l’ont suivie n’ont pas été en reste, malgré leurs promesses mirifiques et leurs « programmes étourdissants ». Aucun des gouvernements, et ils sont prolifiques, qui se sont succédé depuis 2011, ne s’est signalé par des avancées qui fassent, à tout le moins, bouger les choses, se contentant de gérer mal, souvent très mal, et bien entendu au jour le jour, les affaires du pays, quasiment dans tous les domaines. Qu’il se soit agi de l’économie, de la situation sociale, des finances de l’Etat ou de la formation des générations, ils sont passés, lamentablement, à côté de la plaque, dépourvus qu’ils étaient de vision, de stratégies et des compétences requises. Surtout, ils ont, pour de multiples raisons, précipité le naufrage de l’autorité de l’Etat, pierre angulaire de la vie en société et de la bonne ordonnance de la chose publique. Au point de créer toutes les conditions d’un Etat défaillant, rarement respecté, avec des décisions reniées sitôt prises, toujours sous l’effet de la pression des citoyens touchés, avec l’appui des politiques.

Une liberté mal comprise

Dans ce brouillamini, le Tunisien est comptable d’une grande responsabilité, due à l’explosion des libertés, mal comprises et exercées à l’avenant. A un point tel que tout est devenu prétexte à mouvements de protestation, grèves, sit-ins, barricades et actes de désobéissance. S’y greffe cette propension généralisée à ne pas travailler, avec une rentabilité dérisoire, parfois nulle, touchant pratiquement tous les compartiments de l’activité économique.

Pour nombre d’entre eux, la Révolution, c’est cela et bien davantage, alors qu’elle est une opportunité bénie pour négocier un tournant copernicien, engager la Nation sur la voie vertueuse, celle de sortir de la sortir de la situation dans laquelle l’avaient plongée le régime précédent, en mouillant la chemise, en allant au charbon, certes au prix de sacrifices, mais avec la certitude que tel est l’axe du futur , proche et lointain.

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