Les structures de Nidaâ Tounès ont été convoquées pour les 24 et 25 de ce mois à l’effet de délibérer et éventuellement donner sens et corps aux « décisions audacieuses et indispensables » dont a menacé leur état-major sous le choc des résultats des élections partielles en Allemagne qui se sont soldées par une Bérézina pour sa liste et la victoire pesant quelques petites centaines de voix remportée un candidat, bloggeur de son état, sorti de nulle part, connu surtout pour ses philippiques contre le système.
En d’autres temps, et sous d’autres cieux, pareille issue serait passée comme un fait généralement ordinaire comme il en arrive souvent dans les consultations électorales, au pire, prise pour une péripétie qu’il faut méditer pour mettre de l’ordre dans la maison et éviter sa réédition à l’avenir. Nidaâ n’a pas pris ce parti et a vite déversé sa bile sur le mouvement Ennahdha, pourtant son allié au pouvoir et, dans le cas de l’espèce, son partenaire qui lui a laissé le champ libre pour s’emparer du siège en jeu. Il s’en est suivi une joute d’une rare virulence où Ennahdha est traité de tous les noms, taxé de traîtrise, de double langage et d’autres « amabilités » qui rappellent les temps où les deux partis en étaient aux épées et aux couteaux.
Il n’a fallu, cependant, que quelques jours pour que les deux belligérants du moment rangent leurs armes et baissent le ton. Il est de moins en moins question de rupture, ou de révisions déchirantes, alors qu’une certaine accalmie s’installe petit à petit pour donner lieu à un silence embarrassé d’où perce toutefois la ferme intention de repenser la relation entre les uns et les autres, sans aller jusqu’au point de non-retour. A une enseigne telle que l’on en est arrivé à voir dans la violente réaction de Nidaâ un coup d’esbroufe destiné à désamorcer la colère de la base, frustrée de voir son parti sacrifier depuis 2014 ses gains engrangés par les urnes pour une alliance qui l’a reléguée au rang de second couteau.
La troisième voie !
En attendant que les structures disent le fin mot de l’histoire, il apparaît comme impensable que Nidaâ puisse porter les choses aux dernières extrémités. Il n’en a pas les moyens ni l’envergure politique face à un partenaire qui renforce ses assises au Parlement et ailleurs et se reconnaît toujours dans le pacte scellé par son président avec Béji Caïd Essebsi à Paris. Surtout, les multiples scissions qu’a traversées Nidaâ l’ont dépouillé de son réservoir de voix et de l’image dont il s’était auréolé au sortir du scrutin de 2014 pour se retrouver dans l’état d’une formation politique de bien moindre importance, ayant constamment besoin de son allié pour avoir pignon sur rue, et assumer son statut de vainqueur des élections législatives et présidentielles.
C’est naturellement ce nouveau rapport de force qui le dissuade de décider de voler de ses propres ailes et de rechercher de nouveaux accommodements moyennant certes quelques révisions sans cependant aller jusqu’à dénoncer unilatéralement un consensus auquel il doit, du reste, l’importance qu’il revendique. Le réalisme lui dicte de ne rien faire qui puisse faire voler en éclats sa relation consensuelle avec Ennahdha, pour se contenter de quelques ajustements, qui n’auraient, en fait, rien des révisions audacieuses et indispensables qu’il claironnait quelques jours plus tôt.
L’un des dirigeants de Nidaâ, Khaled Chawket, avance que son parti ne serait pas contre la recherche d’une sortie de crise qui épargnerait aux uns et aux autres des pertes, sous la forme de nouvelles formules de consensus avec Ennahdha. Et il va appartenir à Béji Caïd Essebsi d’en jeter les fondements, au motif, selon Chawket, que c’est lui qui en est l’artisan, et le seul à y mettre fin. Ce serait un scénario de troisième voie entre la rupture pure et simple et le statu quo actuel. Il s’agira d’une architecture de rivalité, disons de compétition contrôlée dont il va falloir définir le terrain : le pouvoir, le Parlement ou les élections municipales.








