Tunisie : L’UGTT dans une logique de toute-puissance !

Tunisie : L’UGTT dans une logique de toute-puissance !

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Comptant parmi les fondateurs majeurs du Document de Carthage dont est issu le gouvernement d’union nationale, l’UGTT ne serait pas loin d’en claquer la porte ou du moins menace-t-elle de le faire si ses demandes n’étaient pas satisfaites. Sans qu’il y ait lieu d’en dresser le catalogue, retenons celle sur laquelle l’Organisation ouvrière revient avec une remarquable constance et sur bien des tons : le chef du gouvernement Youssef Chahed doit partir. C’est dit soit sous la forme d’un appel pour apporter du sang neuf au gouvernement, soit celle de déclarations où il est insisté sur l’impérieuse nécessité de changer de fond en comble l’équipe gouvernementale, jusques et y compris, voire surtout celui qui le préside.

C’est visiblement cette pierre d’achoppement qui empêche le processus de Carthage 2 d’aller à son terme avec moult contretemps et contrariétés dont la dernière en date a renvoyé à vendredi la signature définitive dudit Document sous la présidence de Béji Caïd Essebsi…sauf événement de dernière minute, comme d’habitude !

Le fait est que la centrale syndicale ne démord pas de son adjuration exigeant que l’actuel gouvernement soit remplacé par un autre, de compétences, qui cultive de meilleures dispositions pour aborder les dossiers au sujet desquels celui de Chahed est accusé de manœuvres dilatoires, de faux-fuyants, de politiques erronées et d’impéritie. Des griefs et des éléments à charge dont le bureau exécutif de l’UGTT a copieusement meublé le communiqué rendu public à l’issue de sa réunion, lundi soir.

Le politique le dispute au social

Déjà affublée du titre de « puissant syndicat », l’organisation de la place Mhamed Ali ne se fait pas faute de fournir des arguments à ses adversaires qui lui reprochent de déroger à sa vocation sociale et professionnelle pour s’occuper de politique, terrain qu’elle ne cesse de prendre d’assaut allant jusqu’à décider du sort de certains ministres, soit directement, soit à travers les structures qui lui sont affiliées.

Le site « Al-monitor » note que « plusieurs partis politiques, comme celui au pouvoir Nidaâ Tounès et de l’opposition Afek Tounes, accusent l’UGTT d’opérer en tant que parti politique qui protège les intérêts de certaines parties politiques tout en portant préjudice à ceux du pays ». Soulignant que les syndicats affiliés à l’UGTT ont placé haut la barre de leurs revendications en réclamant des salaires plus élevés et de meilleurs avantages, Al-monitor cite le professeur de sciences politiques à l’Université Tunis El Manar, Ibrahim al-Omri, qui estime que le gouvernement tunisien agit au bénéfice de l’UGTT et qu’il est obligé de répondre à ses demandes après que l’Organisation ouvrière a obtenu plusieurs portefeuilles ministériels. L’ancien ministre de la Fonction publique, Abid Briki, étant l’un des leaders les plus importants de l’UGTT et Mohammed Trabelsi, de même, nommé ministre des Affaires sociales en août 2016.

Une force tirée de la faiblesse de l’Etat

L’académicien analyste souligne que la situation économique difficile qui sévit en Tunisie a affaibli l’Etat et conduit les syndicats à le dominer, ajoutant que « après avoir obtenu des postes ministériels, l’UGTT a accentué son emprise sur la vie politique et est devenue active au niveau politique, et pas seulement au niveau syndical et social ».

Bouali Moubaraki, secrétaire général adjoint de l’UGTT pour la gestion et les affaires financières, cité par la même source, affirme que son organisation joue son rôle national eu égard à la mauvaise gestion des affaires publiques des partis au pouvoir. Il assure que l’UGTT ne cherche pas à engranger des gains politiques ou partisans, soulignant que les accusations selon lesquelles l’UGTT domine l’Etat et impose son autorité sont fausses et infondées.

Al-monitor cite l’élue de Nidaâ Tounès au Parlement, Fatma Mseddi qui affirme, cependant, que les syndicats affiliés à l’UGTT dominaient l’Etat à travers les institutions étatiques faibles du gouvernement de la “Troïka”, la coalition gouvernementale qui a gouverné la Tunisie entre le 22 novembre, 2011 et le 20 novembre 2014. Elle estime que « l’UGTT essaie d’exploiter la faiblesse de l’Etat pour devenir la première force du pays, et que cela nuit à l’économie tunisienne ».

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