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Tunisie : Moody’s prévoit une croissance de 2,8% cette année mais aussi des difficultés structurelles et extérieures

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Les perspectives pour les notations souveraines des pays de la région du Levant et de l’Afrique du Nord en 2018 sont globalement stables, reflétant l’amélioration de la dynamique de croissance mondiale, les réformes structurelles en cours et la réduction des conflits régionaux, selon un rapport de Moody’s Investors Service.

“L’amélioration de la dynamique de croissance mondiale, les réformes structurelles en cours et la réouverture progressive des routes commerciales dans les anciennes zones de conflit ainsi qu’une reconstruction planifiée soutiendront la croissance du PIB en 2018. De plus, un resserrement des conditions de financement, et le risque politique élevé continueront d’être des facteurs de risque lié à des incidents dans la région », a déclaré Elisa Parisi-Capone, vice-présidente et analyste principale de Moody’s et co-auteur du rapport.

A la date du 16 janvier 2018, quatre souverains de la région du Levant et de l’Afrique du Nord sont crédités de perspectives stables, tandis que l’un d’entre eux affiche une perspective positive (Maroc) et un autre une perspective négative (Tunisie). L’augmentation de la croissance mondiale entraînera une hausse des exportations de la région, notamment du tourisme, des envois de fonds et des investissements en 2018. Les prix modérés du pétrole seront d’un secours supplémentaire, tandis que les cinq pays importateurs de pétrole sont en train de réaliser des progrès vers l’accès ou le développement de sources d’énergie renouvelables afin de réduire durablement leurs déficits énergétiques. Cela dit, le potentiel économique de la région continue d’être considérablement entaché par des faiblesses structurelles, des inefficiences du marché du travail et une faible compétitivité.

Léger rebond de la croissance

Dans le détail, Moody’s prévoit pour la Tunisie une légère accélération de la croissance à 2,8% en 2018 contre 2,3% en 2017, tirée par la demande, émanant notamment de la France et de l’Italie et par une amélioration des incitations à l’investissement suite à la récente loi sur l’investissement et le partenariat public-privé. Cependant, les trajectoires de croissance de la Tunisie, de la Jordanie et du Liban continuent de faire face à des difficultés structurelles et extérieures importantes, malgré la reprise cyclique de la croissance.

Pour ce qui est de l’Égypte, Moody’s s’attend à ce que la croissance passe de 4,2% en 2017 à environ 5% en 2019 et à 5,5% en 2021, alors que les réformes structurelles soutiennent une activité plus large comparée au modèle de croissance avant la réforme, principalement axé sur la consommation. Moody’s prévoit également une reprise de la croissance du PIB en Irak, en Jordanie et au Liban en 2018, à 2,9%, 2,5% et 2,8% respectivement.

Au Maroc, la reprise cyclique devrait se modérer, la croissance du PIB s’établissant à 3,5% en 2018 contre 3,9% en 2017, due à une contribution plus faible du secteur agricole à la croissance. Moody’s note que les programmes de réforme fiscale et l’aide publique à la liquidité atténuent l’exposition à des taux d’intérêt plus élevés. Néanmoins, des niveaux d’endettement élevés, une faible abordabilité de la dette, des besoins de financement importants et des taux de refinancement relativement élevés augmentent l’exposition du Liban, de l’Égypte et de la Jordanie à une hausse plus forte que prévu des taux d’intérêt. De plus, l’assainissement budgétaire sera plus difficile pour la Tunisie, l’Égypte et le Liban.

Risques de vulnérabilité

L’amélioration de la demande extérieure des partenaires commerciaux mondiaux et l’augmentation des recettes touristiques (même si elle repose sur un niveau faible au départ) soutiendront également un rééquilibrage externe progressif mais inégal, tiré par des prix pétroliers globalement inchangés d’environ 40 à 60 dollars le baril en 2018 et 2019. Selon Moody’s, le recours important aux emprunts extérieurs à la suite des perturbations dues au printemps arabe souligne l’augmentation des risques de vulnérabilité externe régionale, qui sont les plus évidents en Tunisie. En outre, le déficit du compte courant du Liban restera élevé de 16 à 17% du PIB au cours des deux prochaines années, exacerbé par la crise des réfugiés et les perturbations des circuits commerciaux.

Moody’s note enfin que les tensions accrues entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, les risques sécuritaires persistants causés par les récents conflits régionaux en Irak et en Syrie et les tensions récurrentes israélo-palestiniennes vont façonner le risque géopolitique au Levant, alors que l’Afrique du Nord demeure exposée à une paralysie politique potentielle alimentée par l’opposition des populations à la réforme fiscale.

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