On nous l’a répété sur tous les tons jusqu’à plus soif : la situation est difficile mais pas catastrophique. Quelque crédit pouvait être donné à cette rengaine tant que la situation telle qu’elle était jugée par les gouvernants du moment et même par le président de la République lui-même n’était pas traduite en actes, en l’occurrence des mesures telles que le prévoit notamment la loi des finances pour 2017. Des assurances qui se sont avérées au mieux sédatives, au pire fausses.
Sommé de dire la vérité aux Tunisiens, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’est exécuté, tout en sachant sans doute qu’il allait s’attirer les foudres de la population, déjà écrasée par le faix d’une pression fiscale, la plus forte en Afrique, mais qui, dans le même temps, ne voit rien venir qui puisse la soulager ou donner l’espoir, si ténu soit-il, que les lendemains ne seront pas aussi mauvais que maintenant.
Seulement, le difficile a vite tourné au catastrophique avec des chiffres qui font froid dans le dos. Le taux de croissance est ramené drastiquement à 1,5% pour 2016 contre une prévision de 3% retenue par le Fonds monétaire international pas plus tard que le 23 octobre dernier. Mais, il y a pire, le déficit budgétaire devrait terminer l’année sur l’indicible montant de 6,5 milliards de dinars, soit presque le double des 3,5 milliards DT, comme c’était estimé au départ. Un écart qui aurait servi à créer au moins 50 000 emplois s’il est utilisé à des fins d’investissement. On ne voit pas comment le gouvernement va se démener pour se procurer cette somme autrement que par l’emprunt , soit en sollicitant le marché domestique, soit en sortant sur le marché international pour, notamment, tenir ses engagements en matière de paiement des salaires des fonctionnaires et des pensions à l’horizon fin 2016, et immanquablement pour payer ses dettes au titre du quatrième semestre de l’année courante.
Mains et poings liés
Une délégation tunisienne est sur place à Washington pour les Assemblées annuelles du FMI et du groupe de la Banque Mondiale. On lui prête l’intention d’accélérer le déblocage d’une deuxième tranche qui permettra de financer le budget de l’État 2017 et boucher les trous budgétaires de l’exercice en cours. On ne peut jurer de rien, mais force est de noter que le FMI ne cultive pas les meilleures dispositions à l’égard de la Tunisie qui ne semble pas en mesure de tenir les engagements contractés par écrit par le gouvernement Essid d’entreprendre un éventail de réformes réellement douloureuses, comme par exemple la révision des critères de recrutement dans la fonction publique et ceux relatif au calcul des pensions de retraite, alors que le gouvernement actuel se retrouve mains et poings liés pour faire quoi que ce soit, et fait plus grave encore, jusqu’à l’horizon 2020.
De tout cela , l’UGTT ne veut rien entendre et encore plus d’autres choses, et elle l’a formellement annoncé, ce mercredi , par la bouche de son Bureau exécutif, qui, pour « couper court à toute polémique », dit-il, rejette catégoriquement tout moratoire ou annulation des augmentations salariales dans le secteur privé, y voyant un « coup dur pour la crédibilité de la négociation, une menace pour la stabilité sociale et un revirement sur les engagements pris par le Document de Carthage que le gouvernement a pris sur lui de mettre en œuvre ».
Le cauchemar du 15 octobre
Le gouvernement a tout pour être habité par un cauchemar qui a pour nom la loi des finances 2017 et pour date le 15 octobre, au soir, heure à laquelle il devra remettre au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple le texte final de la LF 2017, réaménagée et revue à la lumière du non moins cauchemardesque marathon qu’il aura engagé avec les partenaires sociaux et les partis politiques, qui devra rigoureusement se conclure quelques heures avant cette fatidique échéance fixée par la Constitution.
On ignore à quel exercice d’équilibriste le gouvernement va se livrer , mais dans tous les cas de figure, il ne pourrait en sortir au mieux qu’une issue compromissoire, du reste, absolument précaire, au regard des positions sur lesquelles campe l’Organisation ouvrière, et l’incapacité de Youssef Chahed à offrir une alternative à la faveur de laquelle cette dernière serait amenée à mettre un peu d’eau dans son vin.
Dans l’entretemps, et la probabilité se précise au fil des jours voire des heures, la plupart des ingrédients d’une course vers faillite sont en place. Des sources proches de la Primature affirment que telle est la conviction du chef du gouvernement même s’il se garde de le dire publiquement, espérant sans doute que l’étau se desserre, mais point du côté du FMI et même de la Banque africaine de développement, qui, l’un et l’autre, ne sont point susceptibles de transiger sur la nécessité pour le gouvernement tunisien d’exécuter ses engagement sous peine de se voir retirer le soutien du FMI.








