AccueilLa UNETunisie-Taux directeur : Le tourment d’un « effet boomerang » !

Tunisie-Taux directeur : Le tourment d’un « effet boomerang » !

Jamais un relèvement du taux directeur de la Banque centrale de Tunisie n’a autant été commenté que celle fois-ci lorsqu’il a été décidé de le majorer de 100 points de base pour le porter à 6,75. Le ressort de cette mesure est tout à fait clair, il tient à cette obligation ardente qui habite les autorités monétaires de lutter sans trêve ni répit contre la flambée des prix caractérisée par un taux d’inflation qui s’affole pour culminer à 7,7% en mai et qui s’embraserait encore pour s’envoler à une valeur de deux chiffres que des analystes pronostiquent à 12 pour cent dans les mois à venir. Elle s’inscrit aussi et surtout dans le droit fil de la vocation de l’institut d’émission à l’égal de ses homologues partout dans le monde de faire en sorte que l’inflation soit contenue dans des limites tolérables.

A vrai dire, le décor est suffisamment planté pour que cette spirale inflationniste s’emballe encore davantage alimentée en cela, comme l’explique la BCT, par l’envolée des cours mondiaux de l’énergie et de la plupart des produits de base et la remontée de l’inflation chez les principaux partenaires de la Tunisie. S’y joignent fatalement des facteurs propres aux pays tels que la hausse des salaires sans amélioration de la productivité, la persistance du déficit commercial à un niveau insoutenable et l’accélération de la demande intérieure de consommation qui proviendrait du secteur touristique avec une saison qui s’annonce prometteuse.

Les ménages autant que les entreprises

La littérature en la matière enseigne qu’en augmentant le taux d’intérêt, on rend l’investissement des entreprises plus coûteux, et donc moins rentable alors que les crédits pour les particuliers deviennent plus chers. Les entreprises achètent moins de machines et d’équipements et les ménages moins de biens. Au final, l’économie produit moins et le chômage s’accroît, et l’Etat est mis en difficulté en ce sens que la baisse de croissance réduit ses recettes fiscales et aggrave son déficit dès lors que la hausse des taux d’intérêt alourdit le poids de sa dette. Toutefois, il se dégage de tout cela un élément pas tout à fait négatif qui est de mettre la pression sur l’Etat afin qu’il se résolve à conduire de bonnes politiques économiques où les réformes ont la part belle.

On remarquera toutefois que les autorités monétaires ne se sont pas astreintes au simple relèvement du taux directeur, mesure qu’elles ont pris soin d’assortir d’une autre qui n’a pas été suffisamment mise en exergue , celle ressortissant à la préservation d’un « environnement financier favorable à l’investissement », sous la forme de mesures d’accompagnement pour l’allocation des liquidités nécessaires et ce à travers la mise en place de nouvelles facilités permettant de fournir de la liquidité structurelle, aux fins du refinancement des crédits accordés au titre de nouveaux projets d’investissement, notamment ceux initiés par les PME. Un mécanisme dont l’institut d’émission escompte une nouvelle dynamique dans sa politique de refinancement pour fournir au système bancaire des liquidités plus stables et à les inciter à financer les PME et ce, dans le cadre d’une meilleure allocation des crédits ciblant davantage les secteurs productifs.

Un tollé ou presque !

La décision de la BCT de relever son taux directeur, la énième du genre en l’espace de quelques mois, a été mal accueillie par nombre d’organisations professionnelles et la communauté des analystes financiers. L’UGTT y décèle des « répercussions négatives sur l’investissement et le développement » et «  pourrait aggraver la crise économique et accentuer la détérioration du pouvoir d’achat des salariés » L’organisation patronale Conect, elle, évoque de « graves conséquences… et un   impact sur le coût de financement des entreprises et sur leur compétitivité tant au niveau local qu’à l’échelle internationale surtout que leurs concurrents étrangers bénéficient de taux largement inférieurs et de grandes facilités d’accès au financement ».

Les experts financiers ne sont pas reste et livrent une lecture qui dénie toute origine monétaire à l’inflation qui ne doit pas être combattu par des taux directeurs successifs exponentiels qui ne font qu’envenimer la situation. L’accent est notamment mis sur le fait que « l’investissement productif ne pourrait pas supporter aujourd’hui un taux d’intérêt débiteur dépassant 11% auquel s’ajoutent les charges fiscales et sociales croissantes, les charges salariales et les augmentations des coûts des produits importés ». D’autres analystes parlent d’un « effet boomerang sur l’économie tunisienne » et s’interrogent sur le bien-fondé de la hausse du taux directeur qui, en fait, « ne pourra qu’aggraver l’inflation », soutenant qu’ « il aurait été il sera plus judicieux de maintenir le taux directeur inchangé ». Ils prévoient que les prêts accordés par les banques commerciales vont connaître une hausse à un point tel que leur coût sera dans le voisinage de celui du leasing. Surtout, ils n’écartent pas que « le taux d’intérêt grimpe à 9% alors que celui de l’inflation soit propulsé à 12% au cours des prochains mois ».

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