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mardi 1 décembre 2020
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Tunisie : Un gouvernement désemparé par le FMI dans un pays « otage » des syndicats, selon le Financial Times

Souvent citée comme la seule transition démocratique réussie dans le monde arabe, la Tunisie n’en a pas moins failli à convertir cette avancée politique en prospérité économique et création d’emplois, comme en témoignent les mouvements de protestations généralisées contre l’austérité cette année, constate le Financial Times.

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La croissance a été modeste à 2,3% en 2017, alors que le gouvernement tablait sur un taux de 3% porté par de meilleures récoltes agricoles, une augmentation des exportations et une hausse des investissements. Les analystes estiment que de larges réformes sont incontournables pour améliorer le climat des affaires et attirer les investissements, autant qu’il faudra pour réduire le chômage, en particulier chez les jeunes et dans l’arrière-pays appauvri. Ces dernières années, l’investissement direct étranger a tourné autour de 900 millions de dollars par an.

En avril, le Fonds monétaire international a exhorté la Tunisie à réduire les subventions à l’énergie et à relever l’âge de la retraite afin de réduire le déficit budgétaire. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a souligné l’impérieuse nécessité d’aller vite dans les réformes, y compris les mesures d’austérité. Mais le gouvernement se retrouve encloué entre les demandes du FMI et de la puissante Union générale des travailleurs tunisiens, fermement déterminée à lutter contre les coupes proposées. En outre, les manifestants, exigeant des emplois, ont bloqué à plusieurs reprises les mines de phosphate ces dernières années, empêchant les exportations d’une source vitale de devises pour le pays.

Le gouvernement « dans le brouillard » !

Riccardo Fabiani, un analyste économique spécialiste de la Tunisie, estime que le pays a besoin d’une nouvelle politique industrielle pour attirer les investissements étrangers dans le secteur manufacturier, mais le gouvernement « n’a aucune idée sur ce qu’il faut faire ensuite ».

« Fondamentalement, il s’est fourvoyé sous l’effet de la pression du FMI et de la Banque mondiale autant que des besoins de la population, de sorte qu’il se retrouve constamment en train de se battre contre les incendies. »

La Tunisie dispose d’un régime offshore accordant aux entreprises tournées vers l’exportation de fortes incitations telles que les allégements fiscaux et d’un système onshore pour les industries destinées au marché intérieur, souvent fortement protégées de la concurrence et inefficaces.

Selon Fabiani, des incitations similaires offertes par le Maroc et l’Egypte ont affaibli l’attrait du système offshore tunisien pour les investisseurs étrangers. En tant que tel, il a été incapable de «fournir aux Tunisiens éduqués les emplois qu’ils recherchent et d’accroître la part du pays dans la richesse mondiale».

Concernant la facilité de faire des affaires, le service d’information Trading Economics rappelle que la Tunisie a dégringolé de la 77ème sur 190 pays dans le monde en 2016, à la 88ème en 2017.

Un gouvernement tous les 18 mois

Lamia Fourati, directrice de la stratégie chez Onetech Group, un conglomérat industriel privé spécialisé dans la fabrication de câbles automobiles et de composants électroniques, affirme que, alors que son entreprise à réussi son développement, les perceptions négatives du pays entravent l’investissement étranger.

« Malheureusement, nous avons du mal à attirer des investisseurs étrangers, à cause d’une très mauvaise image », ajoute Mme Fourati, qui siège également au conseil d’administration de la Chambre de commerce américaine en Tunisie. La perception à l’étranger est que « il n’y a pas de stabilité, que le gouvernement change tous les 18 mois outre les problèmes de terrorisme ».

Les vrais problèmes, dit-elle, tiennent à la bureaucratie, aux incertitudes sur le régime fiscal et à la mauvaise logistique, avec un seul port pour les exportations, au demeurant vulnérable aux grèves des syndicats.

Un pays « otage » des syndicats

Des préoccupations similaires sont exprimées par Zied Oueslati, cofondateur de la société de capital-investissement AfricInvest. Il affirme que la Tunisie est devenue « un otage » de l’activité syndicale, et plaide pour la réduction des barrières bureaucratiques qui protègent les oligopoles dans des marchés tels que la gestion portuaire, la distribution et les services financiers. Le gouvernement devrait s’attaquer aux prêts non performants dans les banques, dit-il, et assouplir les restrictions pour permettre aux entreprises d’investir à l’étranger et de se développer au-delà du petit marché tunisien.

Néanmoins, Oueslati et AfricInvest sont optimistes. « Nous continuons d’investir et nous pensons que la Tunisie est la plate-forme idéale pour conquérir d’autres marchés. Nous avons remporté beaucoup de succès, mais je suis frustré par le fait que nous pourrions faire beaucoup plus s’il y avait plus de liberté d’innover et plus de souplesse dans la réglementation », estime-t-il, cité par le Financial Times.

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