AccueilLa UNETunisie: Washington « admiratif » mais grippe-sou et méfiant !

Tunisie: Washington « admiratif » mais grippe-sou et méfiant !

A entendre et voir le secrétaire d’Etat américain John Kerry se récrier d’admiration sur les réformes politiques et économiques engagées par la Tunisie, comme il l’a fait en rencontrant lundi à New York le président de la République, Béji Caïd Essebsi, on se prendrait à rêver d’un avenir radieux pour les relations déjà séculaires entre les deux pays. Les plus ingénus parmi les Tunisiens trouveraient même dans l’ordre des choses que Washington n’épargne désormais aucun effort pour se ranger fermement aux côtés de la Tunisie pour l’aider à s’arracher de la funeste situation dans laquelle s’enfonce son économie, et pas uniquement en garantissant chichement quelques rares emprunts sur le marché international. Avant Kerry, le chef de la Maison blanche, Barack Obama, ne s’était pas retenu de tomber en pamoison devant la « Révolution du jasmin », promettant lors du sommet de Deauville du G8, monts et merveilles, une pluie de dollars pour répondre aux besoins de la Tunisie estimés alors à 25 milliards $. Seulement, l’argent est toujours dans les coffres du G8, et la Tunisie n’en a jamais vu une goutte  ou si peu.

A la vérité, la Tunisie n’a vocation à interpeller les Américains que sous l’angle de leur sécurité extérieure qui passe dans une bien moindre mesure par celle de la Tunisie, voisine de la Libye. Hormis cela, c’est balai de crin ! Le think-tank « Institute for policy studies », basé à Washington, vient d’ailleurs de noter que « la Tunisie est largement absente des manchettes de la presse américaine cette année », pour souligner ensuite que ce qui semble être d’un plus grand intérêt pour les décideurs américains, ce sont les défis de sécurité auxquels la Tunisie fait face. Ostensiblement, le pays est le plus grand exportateur de djihadistes par habitant vers Daech, le plus fréquemment à travers la frontière poreuse avec la Libye. Les attaques terroristes perpétrées à l’intérieur de la Tunisie ont montré que la violence circule dans les deux sens entre les deux pays d’Afrique du Nord. L’extrémisme est en corrélation directe avec les taux élevés du chômage qui frappe les jeunes et ceux du décrochage scolaire, ainsi qu’avec les disparités entre les régions et les inégalités sociales.

Les armes plutôt que la démocratie

L’administration Obama a offert son aide à la Tunisie depuis la chute de l’ex président Ben Ali, en fournissant de régulières garanties de prêt presque chaque année depuis. En 2016, le Congrès et l’administration ont plus que doublé l’aide accordée à la Tunisie de 141,9 millions de dollars, destinés dans l’ordre à la sécurité, à l’assistance économique et à la gouvernance démocratique. Leur volume et leur pondération ne devraient pas changer en 2017. Surtout, 45% de l’ensemble de cette enveloppe seront alloués à des fins militaires, alors que seulement 19% seraient affectés à la gouvernance démocratique.

Eu égard à l’accent mis sur l’aide militaire, Washington doit être vigilant pour que le matériel et les équipements servent à protéger la démocratie naissante, et non pas s’y substituer. L’Egypte voisine représente un exemple édifiant sur la façon dont se transforme l’aide militaire américaine en un soutien politique puissant. Il faut faire en sorte que l’appareil de la sécurité ne devienne pas pléthorique, alors que les flux des ressources extérieures recomposent généralement les rapports de force           et les équilibres du pouvoir internes, avertit l’Institute for policy studies (IPS).

Bien que la Tunisie soit porteuse de la plus grande promesse de la démocratie dans le monde arabe, la part qui lui revient au titre de l’aide américaine est dérisoire comparée à celles d’Israël et au moins de quatre autres pays arabes: l’Irak, la Jordanie, le Liban et l’Egypte. Et dès lors que l’avenir de l’aide destinée à la Tunisie va bientôt être du ressort du nouveau président des États – Unis et du Congrès, cet équilibre de la répartition de l’aide au Moyen – Orient et en Afrique du Nord devrait être reconsidéré pour récompenser et refléter la préférence rhétorique des Etats-Unis pour les pays démocratiques qui protègent un large éventail des droits de l’homme.

Daech en lice !

L’aide américaine à la Tunisie devrait se concentrer davantage sur la lutte contre les causes et les racines du terrorisme, plutôt que sur les fournitures d’hélicoptères, de bombes et de munitions. Les décideurs américains devraient en outre noter que, bien que les autocraties hautement corrompues soient plus stables que les moins corrompues, les démocraties à faible corruption sont en fait les plus stables. Alors que la Tunisie va de l’avant dans sa transition d’un régime autoritaire vers la démocratie, les Etats – Unis devraient s’attacher à atténuer la corruption de façon à en faire le volet central de la promotion de la démocratie. Et ceci requiert la mise à disposition de fonds pour l’amélioration des pratiques de redevabilité et de gestion au sein des institutions du secteur public, ce qui favorise la transparence dans le service public.

Fournir de l’aide dans le but de réduire le chômage des jeunes, l’inégalité et la corruption aurait un impact plus conséquent sur les chances de la Tunisie de demeurer une démocratie que de fournir des armes qui pourraient se retrouver dans les mains de Daech ou de groupes similaires, comme cela est arrivé dans maints pays de la région. La Tunisie a des préoccupations légitimes en matière de sécurité qui doivent être éligibles à l’aide des États-Unis, mais le renforcement de sa fragile démocratie devrait être la priorité de Washington, conclut IPS.

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