A l’ouverture de la boîte de Pandore du scandale dit de «Panama Papers», les Tunisiens étaient presque ravis d’y trouver des liens avec les milieux d’affaires et de la politique. N’ayant pas encore pu fermer le dossier, de l’argent sale en général et des hommes d’affaire encore accusés de tous les maux de leur économie en particulier et définitivement assainir leurs mœurs financières, les Tunisiens auraient été presque malheureux de ne pouvoir dénicher quelques noms locaux dans ce scandale planétaire.
Ceux qui avaient annoncé hier, 5 bénéficiaires, 25 actionnaires et 4 entreprises dans les paradis fiscaux et promis d’en révéler la liste dès mardi soir, n’ont jusqu’ici rien dit de tel. Le site tunisien Inkyfada qui prévoyait le faire, a annoncé dès ce matin qu’il a été piraté et que les Hackers ont pu balancer à travers lui de fausses informations.
En attendant, certains «investigateurs» sont allés pêcher des documents sur le Registre du Commerce (RC) du Panama. Ils y trouveront quelques noms, dix exactement. Ne pouvant nous-mêmes, ni avoir la confirmation de leur existence sur le RC panaméen, ni avoir la possibilité de les contacter pour leur donner l’opportunité de démentir ou s’expliquer, nous avons décidé de ne parler que de 3 d’entre eux.
Comme déjà publié sur Africanmanager, il s’agissait de Radhi Meddeb, de Salah Gharsallah et de Moncef Cheikhrouhou. Sur sa page fb, Tarak, le fils de ce dernier écrivait que «Ceux qui pensent être tombés sur un scoop concernant mon père Moncef Cheikhrouhou sur Panama-Papers, avec une hypothétique fortune et les pseudos journalistes ridicules. J’aimerais malheureusement vous annoncer que Mon père était conseiller financier de Cheikh Salah Kamel durant une décennie (des placements ayant contribué à croître sa fortune légalement). La société Samaha Oil Trading S.A. (dissoute en 1990) était une parmi d’autres appartenant à 100% à Cheikh Salah Kamel et mon père n’était que secrétaire et membre du CA (Director). D’ailleurs, ce n’était pas un secret ni illégal, voici ce qui est public depuis la création de l’entreprise il y a 30ans:
Les deux autres n’étaient que de simples préposés dans des affaires de l’homme d’affaires saoudien Salah Kamel dont le nom, pour les anciens, reste lié à l’assainissement, pendant les années 80 de toute la région du Lac qui était la plaie nauséabonde de la capitale tunisienne. Le richissime, qui devrait être, nous dit-on, la semaine prochaine en Tunisie à l’occasion de l’inauguration de l’un des projets qu’il aurait financé, est aussi à la tête de beaucoup d’autres projets, dans le secteur bancaire comme Al Baraka Bank où Salah Gharsallah est toujours haut cadre et dans le portage financier dans lequel avait exercé Radhi Meddeb.
Les 10 noms ont été balancés sur les réseaux sociaux, jusqu’ici sans aucune justification, sauf leurs patronymes qui évoqueraient certaines familles ayant partie liée avec celles de l’ancien président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali. Sur ce dernier et les membres de ses proches familles, rien n’a jusqu’ici filtré. Mais peut-être qu’ils avaient placé leurs présumées fortunes dans d’autres paradis fiscaux que celui du Panama. Seuls leurs avocats ou leurs éventuels prête-noms pourraient le dire. Force est, en effet, de faire remarquer que celui qui fait fuir ses capitaux, serait idiot de le faire en son propre nom, au nom d’un membre de sa famille ou encore d’un autre prête-nom tunisien ou d’un cabinet d’avocats.
- Mohsen Marzouk, l’autre victime politique de «Panama Papers» et qui porte plainte.
On se demanderait, alors, s’il ne s’agit pas là d’un nouvel épisode du lynchage économique entrepris par certaines parties, contre les hommes d’affaires et les détenteurs de capitaux tunisiens. Cela n’occulte cependant pas la nécessité, pour les autorités financières tunisiennes, d’ouvrir le dossier de la fuite des capitaux et du blanchiment d’argent. La Tunisie, un pays où la contrebande est Reine et où les mouvements financiers et en devises, en dehors des circuits financiers traditionnels, existent bel et bien et s’amplifient depuis 2011. «Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose», une devise attribuée à Bazile dans «le barbier de Séville».
Reste, pour la Tunisie, le volet politique de la boîte de Pandore panaméenne. C’est en effet, Mohsen Marzouk, homme politique tunisien, dissident du parti au pouvoir Nidaa Tounes qui est accusé par le site «Inkyfada», désormais inaccessible sur le Net, d’avoir envoyé un mail à un avocat s’informant sur les procédures d’ouvrir un compte offshore. Faute de Mohsen qui ne répondait pas au téléphone, nous avons pu joindre son frère Sarhane. «Debout le matin, vous découvrez que votre frère a des millions DT, on ne peut être que bien», commentait-il sarcastique à Africanmanager, lorsque nous lui posons la question de savoir s’il est au courant du scandale qui a éclaboussé Mohsen. Pour le frère Marzouk, Mohsen fait depuis un moment l’objet d’une campagne de diffamation, dont il accuse le responsable du webzine Inkyfada. Sarhane Marzouk attire à ce propos l’attention sur les coïncidences qui ont fait que «l’histoire de la jeune Députée qui serait en relation avec lui, soit intervenue deux jours avant la réunion du 20 mars et l’affaire du scandale financier, la veille du sondage d’opinion d’Emrhod» qui plébiscite Marzouk 2ème personnalité politique populaire après le chef de l’Etat. «Le timing est bien choisi », dit-il encore. Et d’expliquer ensuite que «ledit échange de mails, objet de soupçons de fraude, est indiqué comme ayant eu lieu en décembre 2014, en pleine campagne électorale, comme pour dire qu’il aurait voulu faire fuir à l’étranger l’argent que le parti (Nidaa Tounes) allouait à la campagne de son président ». Et d’annoncer enfin qu’une plainte en justice sera déposée dès mercredi contre le webzine en question.








