Le chef du gouvernement a choisi un samedi après midi pour annoncer la liste des nouveaux gouverneurs. Une liste qui avait presque soulevé un début de polémique, tant elle avait été commentée avant même sa sortie. Certains la voulaient composée essentiellement de compétences. D’autres, parmi les partis de la coalition, s’étaient prononcés pour un mix compétences-politiques. On y trouvera au final un peu de tout. Des «récompensés pour bons et loyaux services» auprès du chef de l’Etat, des revenants de l’ancienne administration qui sont enfin réhabilités et qui retrouvent ainsi leur honneur, des cadres des plus importants ministères de souveraineté, ceux de l’intérieur, de la justice et de la défense. Mais aussi des compétences et parfois des poids lourds, comme cet ingénieur en sécurité informatique. Et enfin et à la grosse surprise de tous ceux qui ne voulaient pas croire en la montée en puissance de la Centrale syndicale qui confirme ainsi ses prétentions politiciennes. En un mot, un gentil petit «melting-pot», politico-professionnalo-administratif, par lequel le chef du gouvernement tunisien avait, certainement et comme à son habitude, essayé de contenter tout le monde. En voici la liste, bien que non exhaustive :
– Un «sciences-Po» Nidaïste à Tunis
Fakher Gafsi a été nommé gouverneur de Tunis. Né en 1966, il a fait ses études universitaires à la faculté de droit et de sciences politiques de Tunis, il est avocat près la Cour de cassation. Il a également occupé des fonctions au sein de l’Ordre national des avocats et s’est taillé une réputation de militant. Il est membre de la Ligue Nationale de la Citoyenneté. Il est proche de Nidaa Tounes et de son fondateur Béji Caïd Essebssi. Dans sa carrière d’avocat, Fakher Gafsi avait été notamment chargé de l’affaire qui avait opposé l’actuel président à l’ex-président provisoire, Moncef Marzouki, à propos de l’annulation de résultats partiels des élections présidentielles.
– Un «Dirlo», expert dans le travail régional, à Sfax
Habib Chaouat est né le 13 avril 1961 à Médenine. Il est professeur de l’enseignement secondaire et a exercé la fonction de directeur d’une institution éducative. Habib Chaouat était délégué depuis novembre 2011 et a tenu la même fonction dans le gouvernorat de Monastir. Il est expert dans le domaine du travail régional et local. Habib Chaouat, qui été jusque là gouverneur de Béja, est marié et est père de quatre enfants.
– Un Colonel de l’Armée à Sidi Bouzid
Mourad Mahjoubi a été nommé gouverneur de Sidi Bouzid. Il est Colonel de l’armée, il était notamment commandant du dispositif de défense de la zone Sud-est.
– Un informaticien, ingénieur principal, à Nabeul
Samir Rouihem est né le 13 avril 1968 à Tunis. Titulaire du grade d’ingénieur principal, il détient un master en conception industrielle globalisée de France et un master en sécurité informatique de Tunisie. Auparavant, il avait occupé le poste de premier délégué à Jendouba.
– Un contrôleur des impôts, débauché par le MI, à Béja
Atef Boughttas, est né le 29 janvier 1974 à Bizerte. Il est diplômé de commerce électronique et de l’Ecole normale d’administration. Il a occupé un poste de gestion au sein du tribunal administratif, ensuite contrôleur au sein de l’administration des impôts et depuis le 7 avril 2012 il a rejoint le ministère de l’Intérieur en tant que premier délégué à Sousse et à Sfax. Le jeune gouverneur, qui avait été muté de Sidi Bouzid, est marié, mais pas encore d’enfants.
– Un Administratif de la «Grande Muette » à Médenine
Tahar Matmati, qui vient d’être nommé à la tête du gouvernorat du Kef par Mahdi Jomaa, est né le 10 octobre 1953 à Bizerte. Il a exercé des fonctions administratives au sein du cabinet du ministre de la Défense. Le nouveau gouverneur est marié et père de 4 enfants.
– Une des premières victimes de l’épuration de l’après révolution, à Monastir
Adel Khabthani a été nommé gouverneur de Monastir. L’homme qui aurait été auparavant, selon nos informations, victime de la première campagne d’épuration d’après la révolution, avait été accusé à tort de faux et usage de faux, avant d’être complètement blanchi par la justice. Innocenté et lavé de tout soupçon après une période de détention, il est récupéré en tant que membre du cabinet du ministre de l’Intérieur Najem Gharsalli, chargé des relations avec les partis et la société civile. Il était aussi visible dans la campagne électorale de Mondher Znaïdi.
– Un syndicaliste de l’UGTT à Siliana
Dans le flot des nouvelles nominations, on a retrouvé Slim Tissaoui, au poste de gouverneur de Siliana. L’élément le plus important, dans cette nomination, est que le nouveau gouverneur était jusque là secrétaire général de l’Union régionale du Travail, c’est-à-dire le représentant de la toute-puissante centrale syndicale ouvrière UGTT à Jendouba. Une organisation qui aurait démenti avoir avancé des propositions à ce poste, lorsque la polémique à propos de la liste des gouverneurs était au plus fort !
– Un juge à l’Ariana
Omar Ben Mansour, nouveau gouverneur de l’Ariana est un natif de Tunis, âgé de 57 ans. Il a été, jusqu’à sa dernière nomination, président de chambre à la Cour de Cassation de Tunis. Ben Mansour était aussi doyen des juges d’instruction et Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis 2.
– Un formateur en entrepreneuriat au Kef
Radhouane Ayara a été nommé gouverneur au Kef. Sur sa page sur le réseau social professionnel Linked-In, on pouvait lire qu’il est détenteur d’un DEA droit des Affaires, Droit international des affaires, du commerce et droit fiscal à l’Université de droit de Sousse. Il se présente aussi en tant que «Expert en droit des affaires et en droit de la sécurité sociale et formateur professionnel en entrepreneuriat et administration des affaires et coaching politique». Et il serait, à en croire la photo qu’il affiche sur son profil, adepte du Front Populaire.
Mais il y avait aussi Ahmed Smaoui (certainement un homonyme de l’ancien ministre) nommé gouverneur de La Manouba, Chedli Bouallègue à Sidi Bouzid, Ahmed Lamine Lansari à Gabès, Lotfi Sassi à Tozeur et Tahar Matmati qui a été muté du Kef à Médenine.








