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Tunisie : Le Nidaa de BCE tombeur de ces dames, le parti «phallocrate» du Cheikh et les Bobos de Hamma

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Les résultats du son dernier sondage d’opinion de Sigma Conseil (qui ne diffère par ailleurs presqu’en rien de celui d’Emrhod) sur l’issue des prochaines élections municipales, ont respecté la hiérarchie politique déjà en place en Tunisie depuis 2014. Nida Tounes avec 35,1 des voix, Ennahdha, choisi en second avec 28,5 %, le Front Populaire avec 6,9 % des voix, le parti de la bicyclette ou Courant démocratique du couple Samia & Mohamed Abbou en 4ème position avec 4,5 % des voix et Afek cinquième avec 3 %. Il se démène beaucoup, mais le Badil de Mehdi Jomaa ne figure carrément nulle part dans les résultats du sondage de Sigma, où il est placé dans le groupe «Autres» qui se partageraient 4,9 % des voix, alors que le CPR et Ettakattol resteraient dans le groupe des zéro-virgule.

Ces résultats ont certainement apporté du baume au cœur de Nida Tounes et ont pris le contrepied de toutes les croyances, populaires et même de l’intelligentzia, sur une issue qui donnait Ennahdha en tête.

  • BCE, le mariage et l’héritage. La patte de l’expert !

Note importante, ce sondage avait été réalisé entre le 21 août et 19 septembre. Deux évènements l’avaient précédé. D’abord, le discours du chef de l’Etat tunisien à l’occasion de la fête de la femme, où il annonçait son intention de relancer la question de l’égalité homme-femme dans l’héritage et de mettre fin à l’interdiction pour les femmes de se marier à un non-musulman. Résultat, les intentions de vote pour Nidaa étaient de 10 % chez les hommes et 10 % chez les femmes au niveau national. La classe populaire voterait à 10 %, la classe moyenne à moins de 11 % et la classe aisée à 9,7 % pour le parti de celui qui veut relancer la parité dans l’héritage.

Décryptage : Les femmes soutiennent le parti de BCE et les hommes (comme d’habitude !) suivront le vote de leurs femmes au risque de se payer une grève. De l’autre côté, les classes, populaire et moyenne, celles où «l’injustice» dans l’héritage est la plus perceptible et où le poids de l’argent est le plus lourd, lui font un plébiscite, car elles s’y voient déjà !

Le sondage de Sigma porte aussi l’empreinte de l’interview, accordée le 6 septembre 2017 par le chef de l’Etat aux journaux de La Presse. Une interview où l’ancien candidat de Nidaa Béji Caïed Essebssi disait notamment sa déception d’Ennahdha. Des propos qui ont certainement, au moins quelque peu, influencé le jugement des sondés. BCE était-il au courant ? Ce qui est sûr, d’après les résultats dudit sondage, c’est que les inconditionnels d’Ennahdha (12,7 %) se trouvent toujours dans le Sud-est tunisien, à Sfax (9,4 %) et dans le Grand Tunis (7,5 %) surtout, dans la gente masculine et chez ceux qui ont un niveau d’instruction du secondaire (9,3 %) et de l’universitaire (8,9 %).

  • Nidaa, le parti des séniors et des «peu instruits» ?

Autre décryptage : Les résultats du sondage, selon les tranches d’âge pour Nidaa, offrent un autre éclairage, moins people certes, mais socialement plus compréhensible. En effet, la majeure partie des votants pour Nidaa se trouve toujours dans la tranche des séniors. Ce sont ainsi 11,7 % des personnes âgées entre 59 et 45 ans et 14,5 % des 60 ans et plus, qui voteraient en premier lieu pour Nidaa Tounes. L’explication se trouve dans le caractère conservateur des Tunisiens. Ceux-là protègent sont soucieux de leur confort et n’ont toujours pas cru les déclarations d’Ennahdha sur la séparation du religieux du politique.

Nidaa Tounes reste ainsi le parti des séniors (9,1 % des 18-29 ans et 9,5 % des 30-40 ans). Le peu de jeunes, grand vivier de l’abstention que Sigma estime à 70,3 %, qui iront voter, le feront pour Ennahdha. La jeunesse tunisienne est et restera anti-système, livrée par le chômage et le manque de développement dans les bras de ceux qui manient l’opium du peuple, comme disait Karl Marx.

L’autre découverte de ce sondage, et qui ne va pas faire plaisir aux supporters du parti des Caïed Essebssi, B et H, est que seulement 8,4 % des intentions de vote des personnes possédant un haut niveau d’instruction iraient pour Nidaa, 11,9 % issus du secondaire, 11,2 % issus du primaire et 8,1 % d’illettrés. Cinglant comme découverte !

  • Les costards de Hamma et la «gauche-caviar», le remontent à la 3ème place

«Surprise» de ce sondage, le Front Populaire de Hamma Hammami, qui n’était que 4ème aux législatives de 2014 avec 3,66 % des voix, se retrouve à la seconde place et 6,9 % des voix, dans les intentions de vote pour les municipales de 2018. Ces futurs votants, il les puise essentiellement dans le Centre-ouest (Sid Bouzid, Siliana etc…) avec 2,9 % des intentions, le Grand Tunis (comme les cités ouvrières notamment de Ben Arous) avec 2,3 % et Sfax avec 2,1 %.

Une lecture de ces chiffres selon les classes populaires, nous fait découvrir, d’abord que ce ne sont pas les classes populaires qui voteraient pour le Front de Hamma (1,3 %), mais essentiellement la classe aisée (5,2 % des intentions) et la classe moyenne supérieure (2,9 %), autrement dit ceux qu’on appelle généralement les «bobos» ou «bourgeois-bohèmes». Wikipedia définit le bobo comme étant «une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée, qui profite des opportunités (…) et vote à gauche».

Il est vrai qu’avec ses costards taillés sur mesure, sa bonhomie et sa mine de pantouflard toujours bien sapé, le rapprochent beaucoup plus de ces deux classes que de la classe ouvrière qu’il dit représenter. Et ce sont les Bobos des 30-40 et les nostalgiques des années-campus et les soixante-huitards qui le portent au pinacle avec 2,8 % chez les 45-59 ans et 2,4 % chez les 18-29 ans. Mais aussi 5,2 % chez les riches et 2,9 % chez la classe moyenne supérieure !

Le sondage d’opinion de Sigma Conseil a aussi porté sur les intentions de vote pour de prochaines législatives. Le résultat est semblable à celui des Municipales. Nidaa Tounes et Ennahdha seraient côte à côte avec respectivement 36,7 et 27,7 %. Et c’est Hamma Hammami et son Front qui deviendraient la 3ème force politique et ce sont encore les Bobos (5,8% chez les riches et 4,4 % chez la classe moyenne supérieure) qui reconnaitront Hamma le magnifique, comme l’un des leurs. Hamma est aussi adoré par les femmes. En cas d’élection présidentielle, 4,4 % des femmes déclarent leurs intentions de voter pour lui, contre 3 % chez les hommes. Il serait aussi le candidat de 4,9 % chez les nantis et de 4,3 % chez la classe moyenne supérieure et chez 3,7 % seulement de la classe dite populaire.

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