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Tunisie : Les occasions en or, ratées en Afrique

Nous avions une banque au Sénégal. Nous l’avions vendue au Maroc qui a par la suite repris l’ancienne Banque du Sud, après avoir racheté la STB Sénégal. La même banque avait déjà vendu ses participations, acquises du temps de Bourguiba le visionnaire, en Mauritanie, au Mali et en Guinée. Le paysage financier tunisien, pourtant assez bien classé (la Biat était au Top 10 du classement des meilleures banques en Afrique, fait en 2015 par African Banker), disparait ainsi de l’Afrique. Autant d’occasions perdues.

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Les deux dernières tentatives en date pour y revenir sont celles de deux banques publiques. D’abord la STB (Société Tunisienne de Banque) qui voudrait augmenter sa participation dans le capital de la société nigérienne de banque SoniBank où elle est déjà actionnaire à hauteur de 25 %. Elle tente depuis quelque temps d’augmenter ses parts dans cette banque africaine et aurait même proposé une augmentation du capital qui lui permettrait d’y monter en puissance. Banque publique, il faudra qu’elle tienne compte d’une Administration phagocytée par la peur de prise de toute décision, d’un gouvernement dont les priorités financières sont ailleurs et qui n’a, en pratique, aucune vision africaine.

Le système financier tunisien avait aussi une participation dans la BHCI, la banque d’habitat de la Côte d’Ivoire. La BH tunisienne n’avait pas eu les autorisations nécessaires pour suivre l’augmentation de capital, juste après la révolution, et la participation tunisienne a été diluée, «grâce» à une administration lourde à la détente. La BH tentera par la suite de racheter la même banque, proposée à la vente par les autorités ivoiriennes, s’y prendrait apparemment mal et la BH perd le marché devant la canadienne Westbridge. Ainsi, de nouveau, la Tunisie rate un rendez-vous avec l’histoire et une affaire en or en Afrique où le besoin d’une banque tunisienne se fait de plus en plus pressant, pour un pays qui affirme avoir une stratégie de développement économique sur le continent.

Une stratégie qui devrait, en théorie, se doter d’un bras financier qui soit capable d’accompagner les entreprises tunisiennes dans l’espace économique africain de la CEDEAO ou de la Comesa, que la Tunisie s’apprête à rejoindre.  Or, à aucun moment, par exemple, le chef du gouvernement tunisien n’a évoqué une telle démarche lors de ses deux derniers déplacements en Afrique. Des déplacements qui ont été d’ailleurs fortement critiqués, tant sur l’organisation que sur le choix des pays visités en coup de vent. A moins d’être sérieusement préparés à l’avance, avec identification des projets, choix des partenaires et de l’intermédiaire, les voyages politiques en coup de vent avec des rencontres officielles et des palabres politiciens ne rapportent rien.

Les affaires en Afrique sont différentes, très différentes, des affaires avec l’Europe ou même le monde arabe. Elles ont leurs propres codes, obéissent à leurs propres procédures et ont leur propre cérémonial. En Afrique, il faut savoir négocier. Mais surtout savoir avec qui négocier et par quel chemin arriver à la bonne personne. Ceux qui ne les connaissent pas se font soit débarquer, soit doubler et comme dans le cas de la Banque d’Habitat de la Côte d’Ivoire, ne signeront rien même s’ils arrivent au dernier carré des short-lists dans les appels d’offres. Les affaires en Afrique n’obéissent à aucune orthodoxie, surtout pas administrative du côté du partenaire étranger. Les Français le savent, les Libanais et les Marocains aussi. Les Chinois l’apprennent et commencent à s’implanter. Quelques Tunisiens aussi l’ont appris. Pourquoi ne pas apprendre de leurs carnets d’adresse, de leurs introductions et de leurs connaissances des chemins les plus sûrs pour faire des affaires en toute certitude et en toute sécurité ?

C’est tout cela que devraient apprendre nos ministres des Affaires étrangères avant de parcourir les commissions mixtes et n’en revenir qu’avec des communiqués communs vides de toute substance concrète en affaires. C’est aussi ce que doivent savoir les conseillers de nos chefs de gouvernement et de nos chefs d’Etat avant d’organiser les tournées africaines, en rond, de leurs chefs.

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