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Tunisie : Un chef de gouvernement Djihadiste

Le chef de l’Etat tunisien continue de souffler le chaud et le froid, dans le nouveau feuilleton ramadanesque du changement du chef de gouvernement. Soutenant un temps Habib Essid, il finit par le lâcher et proposer son changement. Et lorsque tout le monde s’accorde sur son départ, c’est BCE (Béji Caïed Essebssi) lui-même qui demande à un Essid qui ne cesse de répéter qu’il ne démissionnera pas de ne pas lui soumettre immédiatement sa démission.

Chez les partis, beaucoup se mettent à rêver. Certains, d’y être directement, comme Néjib Chebbi qui n’arrive toujours pas à se défaire de sa folie des grandeurs et espère La Kasbah faute de Carthage. D’autres, comme Nida Tounes, d’y mettre un des leurs alors que ce parti a déjà perdu la majorité après sa dernière scission. Pour l’instant, seul le vieux chef de Carthage connaît l’identité de celui qui pourrait être le 7ème chef de gouvernement en moins de 6 ans de transition politique. Personne, sauf lui aussi, ne connaît les critères de choix du nouveau poulain. Bizarrement d’ailleurs, BCE, comme le reste de la classe politique, focalise depuis sur la tête du nouveau chef du gouvernement et oublie que l’essence de la proposition de BCE réside dans les deux mots «Gouvernement  d’Union Nationale».

Force est pourtant de constater que, tant les problèmes que les défis de la Tunisie, sont de nature purement économique. Ce constat, c’est le chef de l’Etat lui-même qui l’a amèrement fait, lorsqu’il est sorti proposer le départ d’Essid. Les causes qu’il avait alors données résident aussi dans ses échecs économiques, même si à la tête de toutes les priorités que n’avait pas su réaliser Essid se trouve toujours le rétablissement de l’autorité de l’Etat, qui est aussi la clef de voûte de toute la construction économique.

Et là aussi, les remèdes sont presque désormais connus par tous. Sans vouloir entrer dans le détail, ce sont des décisions dures et surtout impopulaires qui doivent, devraient et devaient être prises, depuis le 2ème gouvernement de BCE. Tous les gouvernements successifs ont par la suite mis en veilleuse ou retardé ces décisions chirurgicales et impopulaires.

Se pose alors la question, qui serait capable de faire désormais ce que n’ont pas pu, ou su, faire six hommes d’Etat de tous bords, du plus politique comme Jbali et Larayedh, au plus technocrate comme Jomaa, en passant par l’indépendant BCE de l’année 2011 avant que le pouvoir ne lui monte à la tête ?

Ce qu’il faudrait à la Tunisie, qui s’embourbe dans la crise économique et financière jour après jour, c’est d’abord, à notre sens, un homme qui n’a aucun avenir politique. Un candidat qui sait et à qui on fait savoir qu’il ne peut prétendre à aucune destinée politique. Cela pourrait, peut-être, lui enlever de la tête toute velléité d’utiliser son poste et le pouvoir qu’il en tire pour en tirer profit, pour lui-même ou une tierce partie ou parti.

Comme pour une mission impossible, le candidat doit être conscient, ou briefé dans ce sens, qu’il accepte la mission, qu’il en portera seul toute la responsabilité. Une mission bien définie, dans les objectifs et les priorités.

Comme pour un Djihadiste et avec toute la conviction du «fou de l’Etat» (comme un fou de Dieu) qui a le reniement de soi et le sens du sacrifice, le candidat devra savoir et prendre profondément conscience qu’il sera appelé à prendre les mesures les plus impopulaires. Il doit aussi à avoir le courage d’aller au bout de sa mission, politiquement suicidaire, pour mettre à exécution les mesures, financièrement inacceptables et socialement impopulaires. Son sens du sacrifice doit lui permettre de résister à toutes les demandes, les tentatives et les pressions qui s’exerceront sur lui pour arrêter sa thérapie de choc. Un Djihadiste certes, mais dans le sens du «Grand Djihad» que prônait Bourguiba.

Ce qui est sûr, c’est que cette personne n’existe pas encore, malgré la richesse des listes fuitées. Ce qui est moins sûr, c’est la volonté du chef de l’Etat de choisir un tel chef de gouvernement.

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