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Tunisie : Une entreprise qui fond, dans le silence assourdissant de ses pertes !

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Au 31 décembre 2016, l’entreprise tunisienne de sidérurgie El Fouledh réalisait des revenus d’exploitation de 139,855 MDT. Des revenus en hausse de 29,810 MDT par rapport aux réalisations de 2015, expliquée par une augmentation des ventes. Mais des revenus plombés par les 142,727 MDT de charges, elles, aussi, en hausse de presque 19 MDT en une seule année. Résultat, un déficit net pour l’année 2016, de 31,1 MDT, donc de 25,6 MDT de l’exploitation, et une trésorerie négative de plus de 3,335 MDT à la fin de l’exercice.

Notons qu’au terme de l’exercice 2016, la dette totale de l’entreprise publique El Fouledh était de plus de 379,211 MDT, dont 115,6 MDT en court terme, auprès des 3 banques publiques essentiellement et couvertes à hauteur de 87,3 MDT par la garantie de l’Etat et donc sur les fonds publics. Une dette totale qui dépassait donc déjà l’ensemble de ses fonds propres.

De plus, l’entreprise publique devait à la fin de l’exercice 2016, 46,1 MDT (33 MDT en dette et 12,8 MDT en pénalités de retard) à la CNSS, 60 MDT pour la Steg et 14 MDT pour la SNDP, toutes des entreprises publiques, sans compter le crédit de 1,2 MDT du Trésor public pour financer le départ à la retraite de 35 employés. Au 31 juillet 2017, la dette à la CNSS augmentait à 51 MDT, celle de la Steg à 63 MDT et celle de la SNDP à 18 MDT. A la fin de l’exercice 2016 aussi, El Fouledh était toujours dans l’incapacité de payer 19,5 MDT au fisc.

Le compte clients gonfle pourtant d’année en année, passant de 24,793 MDT en 2015 à 34,083 MDT sans les provisions à fin 2016. Dans ce compte, figurent, cependant, des sociétés dont certaines des dettes, au profit d’El Fouledh sont jugées irrécupérables ou carbonisées, comme la société «Mine & Usine», la société «Al Anabib», les sociétés Hamaco, Socomet, Socomacod et d’autres sociétés personnelles au nom de Sahbani, Midassi ou Moussa, sans que les CC n’expliquent pourquoi.

De l’avis même de ses Commissaires aux Comptes (CC), «l’entreprise vit une situation financière extrêmement difficile, engendrée par ses pertes cumulées et le poids de sa dette. Une situation aussi, caractérisée par une désarticulation de ses équilibres financiers, la poursuite de la hausse de son endettement à court terme (+23 MDT) causant la hausse des charges financières, ce qui nécessite l’accélération de l’assainissement de l’entreprise pour arrêter la saignée de l’argent public».

L’appel ne semble cependant pas encore arriver aux oreilles de Youssef Chahed pour qu’il y consacre un de ses fameux CIM qui prendrait les mesures nécessaires pour arrêter l’hémorragie des millions de Dinars qui pourraient aller à des projets créateurs d’emplois et une véritable valeur ajoutée et pourquoi pas se décider à céder ce gouffre financier sans fond.

Le dernier à s’en être occupé, était l’ancien ministre de l’Industrie et du commerce. Le 8 juillet 2017 devant l’ARP, il assurait aux ouvriers d’El Fouledh qui lui avaient crié «dégage», car ils tenaient à leurs 16,875 MDT de salaires, leurs 9,580 MDT de «rémunérations» comme les nomme le rapport du CC et leurs 6,805 MDT de charges sociales, que «le gouvernement n’a pas l’intention de vendre cette usine et qu’il n’existe aucune pression politique pour renoncer à des parts de son capital » et que «on tient à cette société, on veut la développer et non la vendre». Une mauvaise gestion manifeste et une dilapidation de deniers publics !

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