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Tunisie : Voici l’entreprise qui pourrait rapporter … 5 Milliards DT, selon Taboubi

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La Régie Nationale des Tabacs et des Allumettes (RNTA) et la Manufacture des Tabacs de Kairouan (MTK) constituent les deux principaux acteurs du secteur du tabac qui est un monopole de l’Etat en Tunisie. «S’appuyant sur une stratégie ambitieuse, une organisation performante et un développement continu, le secteur totalise 21.800 emplois directs et indirects,
un chiffre d’affaires de 261 MDT en 2010 et 1.623 tonnes de tabac en feuilles récoltées localement». Là, s’arrête la présentation de l’entreprise sur son site officiel.

Comme beaucoup d’autres entreprises publiques avant ladite révolution, cette entreprise de monopole faisait des bénéfices qui avaient culminé à 5,3 MDT en 2008 malgré le déficit de sa filiale de Kairouan, mais versait tout de même d’énormes sommes au budget de l’Etat qui ont dépassé le 1 Milliard DT en 2008 aussi. Cela relève cependant du passé et la RNTA fait désormais des pertes, de grosses pertes, dont le cumul dépassait, en 2016, les 186 MDT.

Cette année-là et après presqu’une décennie de bénéfices plus ou moins importants, elle doublait ses pertes qui passaient de 28,697 MDT en 2015 à 64,182 MDT l’année d’après. Son chiffre d’affaires passait, pourtant, de 252,356 MDT en 2015 à 289,815 MDT. Mais sa valeur ajoutée chutait de presque la moitié, passant de 36,274 MDT à seulement 15,813 MDT. Et du coup, son excédent brut d’exploitation devenait négatif et se multipliait, passant de -18,825 MDT à -41,931 MDT.

Avec ses 21.800 employés et qui recrutait encore et toujours en 2017, l’entreprise devrait rester, selon des chiffres du contrat de performance signé avec l’Etat et qu’Africanmanager a consultés, déficitaire jusqu’à au moins 2020. Ceci, en raison notamment des charges d’exploitation qui explosent chaque année plus, passant de 344,551 DT en 2016 à 538,641 MDT en 2020 et des charges financières qui approcheront les 13 MDT. Si ce programme réussissait, ce qui n’est pas sûr au vu de la mauvaise gestion de ce secteur, le déficit se rétrécirait peut-être pour arriver à 7,2 MDT en 2020, mais la RNTA n’en restera pas moins déficitaire. Ledit contrat prévoyait en effet une hausse de 44 % du taux de rendement du parc industriel en 2018 et une augmentation d’au moins 5 % du rendement des employés. Ce qui, dans la conjoncture actuelle sociale notamment, est loin d’être acquis.

On précise à ce sujet que la RNTA a un volume de salaires qui a été multiplié par deux en l’espace de 5 ans, passant de 28,3 MDT en 2010, à 56,9 MDT en l’année 2016 et cela, bien que le nombre des employés ait été diminué.

Le SG de l’UGTT expliquait cet état financier délabré par le non-renouvellement des équipements. On découvre, pourtant sur le site de la RNTA, qu’elle avait installé de nouveaux équipements (deux lignes de confection paquetage et une empaqueteuse) en septembre 2009 pour ramener la production d’un type de cigarette qui n’existe plus sur le marché, à 285 millions de paquets par an. Sur le même site, on apprend que la régie avait déjà procédé à au moins 5 augmentations successives entre 2010 et 2012, des prix de ses cigarettes.

C’est tout cela, la RNTA, devant la vente de laquelle l’UGTT et Noureddine Taboubi, mettent «77 milles de lignes rouges» comme il le disait dimanche dernier à Sfax. C’est aussi cela, le monopole de l’Etat qui ne lui rapporte presque plus rien par ses pertes cumulées et son nombre d’employés qui ne cesse d’augmenter, que le SG de l’UGTT présente comme l’affaire du siècle qui rapporterait … cinq milliards DT ou le 1/6ème du budget de tout l’Etat !

Avec un nombre d’employés du secteur public, car la RTNA et sous tutelle directe du ministère des finances, de plus de 21.800 personnes qui paient leurs cotisations syndicales à l’UGTT, on comprend mieux l’opposition de la centrale syndicale à faire passer ce grand nombre d’adhérents au secteur privé.

Une entreprise qui plus est minée par un marché parallèle, corrosif, corruptif et hautement spéculatif, dans lequel les détournements d’’autorisation de débits de tabac sont monnaie courante et un moyen d’investissement pour certains autres corps de métier. En octobre 2016, le journal La presse remarquait que «les réseaux de contrebande sévissent au sein même de la Régie du tabac et avec la complicité de certains partenaires et intermédiaires, ayant des rapports agissants avec des responsables de l’entreprise ou encore en s’approvisionnant directement auprès de certains, qui disposent de licences d’exploitation et qui préfèrent céder leur quote-part hebdomadaire de cigarettes moyennant une majoration, à ces vendeurs sous-traitants». No Comment. Mais aussi cela l’entreprise publique que voudrait garder l’UGTT !

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