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Tunis : Le nouveau Rached Ghannouchi est arrivé !

Par-delà les antiennes qu’il a débitées et les professions de foi dont il est coutumier, le chef du mouvement Ennahdha, a réussi, par ses déclarations sur Nessma tv, dimanche soir, à déconcerter tout le monde, jusques et y compris, ses alliés de la troïka. Ce faisant, le leader du parti islamiste est en posture de revendiquer le titre de vieux renard de la politique, sans en avoir, pour autant, ni la stature ni le registre.

En feignant de changer de cap, il a sans doute fait la prouesse de convaincre de sa sincérité dans la recherche d’une issue urgente à la crise politique, évoquant la formation d’un « gouvernement d’élections », dans un mois, et ipso facto la dissolution de celui actuellement en exercice, revendication essentielle de l’opposition, posée comme préalable incontournable au Dialogue national que l’UGTT appelle de  tous ses vœux, assurant, au demeurant, que l’assemblée nationale constituante est en mesure de terminer son travail dans une dizaine de jours en adoptant le projet de la Constitution et celui de la loi électorale.

Mais le plus déconcertant dans cette apparition télévisée, c’est sans conteste la flèche acérée tirée , visiblement sans état d’âme, sur le président de la République provisoire, Moncef Marzouki, privé de l’opportunité de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles, à moins qu’il ne fasse place nette au palais de Carthage et s’investisse dans la course à la présidence comme le ferait n’importe quel candidat à la magistrature suprême du pays. D’aucuns ont parlé de coup de poignard dans le dos, et ils n’ont peut-être pas tout à fait tort, sachant l’envie tyrannique qui habite l’actuel locataire du palais de Carthage pour y rempiler. D’autant qu’il n’en a jamais été question et que le problème n’a jamais été non plus soulevé, comme l’ont affirmé les caciques du parti de Marzouki, le CPR, dont l’un, Abdelawaheb Maater a dit de Rached Ghannouchi qu’il est « plus royaliste que le roi. » A vrai dire, la pilule est très dure à avaler pour un président en exercice qui se trouve ainsi sommé de faire ses valises, plus est, sans préavis, ou pour dire les choses plus courtoisement, en l’absence de consultations préalables.

Est-ce un appel du pied à Béji Caïd Essebsi, lui aussi sur les rangs, sans devoir le dire explicitement? C’est de moins en moins de l’ordre de la pure conjecture au regard de l’entrevue parisienne des deux hommes et de celle qui devrait les réunir, probablement, dans les jours à venir, à Tunis. Et on n’a pas manqué d’être interpellé par les assauts de courtoisie dont a été capable Rached Ghannouchi à l’endroit d’un adversaire politique qu’il n’avait de cesse de vouer aux gémonies. Forçant encore le trait, le chef du parti islamiste a subitement trouvé que Nidaa Tounès est « un grand parti et un partenaire dans le pouvoir » dont le président a droit à toutes ses attentions, puisque , au détour d’une révélation forcée, Rached Ghannouchi a confirmé qu’il avait téléphoné, le jour même, à Caïd Essebsi, pour lui souhaiter un bon retour dans son pays, après son périple européen.

N’est-ce pas l’indice d’un gentleman’s agreement conclu par les deux hommes, alors que Béji Caïd Essebsi n’a de cesse de monter dans les sondages d’opinion, et son parti à l’avenant ? Et puis, Rached Ghannouchi n’a-t-il pas mis en quarantaine son crédo de toujours sur la loi relative à l’immunisation de la révolution, renvoyée de facto à la Saint-glinglin, puisqu’elle sera examinée, après les élections dans le cadre de la loi sur la justice transitionnelle, elle-même, toujours une vue de l’esprit, et dont l’élaboration, de l’avis des spécialistes, traînera en longueur, le temps qu’elle finira par être rangée au magasin des vieilles lunes. Au catalogue des concessions, il importe aussi de relever l’intention d’Ennahdha d’inclure Ansar Charia dans la catégorie des organisations terroristes, privant Rached Ghannouchi de ses « fils » qu’il trouvait plaisir à dorloter, pour reprendre une expression dont l’auteur n’est autre que Béji Caïd Essebsi.

Le décor est ainsi planté pour en finir avec les valses-hésitations et les volte-face qui meublaient jusqu’alors une partie du fonds de commerce politique du mouvement Ennahdha. C’est du moins l’espoir partagé par maints acteurs de l’échiquier politique, alors que les tensions vont crescendo au point de paralyser l’assemblée nationale constituante dont les travaux sont suspendus pour permettre d’amener à composition aussi bien opposition que troïka, et plus singulièrement Ennahdha, que l’économie du pays fonce tout droit vers les abysses , que la situation sociale est logée à la même enseigne et que le terrorisme prend de plus en plus de l’ampleur, et menace de dévaster villes et cités.

Mohamed Lahmar

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