AccueilInterviewAchraf Ayadi à Africanmanager :La Tunisie risque de se retrouver dans...

Achraf Ayadi à Africanmanager :La Tunisie risque de se retrouver dans la situation de 1881 pour avoir hypothéqué sa souveraineté

Achraf Ayadi, expert bancaire et financier, résident à Paris, a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a évoqué la situation de l’endettement en Tunisie et les risques qui pèsent sur le pays, estimant que la Tunisie aura contracté entre 2011 et 2015 des emprunts pour une valeur supérieure à celle du budget de la loi des finances de 2015, soit plus de 29.000 millions de dinars dont 58% en devises.

L’expert bancaire a affirmé, en outre, que le volume des dépenses au titre des salaires aura augmenté de 65% depuis 2010, ce qui a alimenté le cercle vicieux de l’inflation alors que la productivité du travail est en berne.

S’agissant du blocage qui règne sur l’économie nationale, Achraf Ayadi a évoqué « le fait que nous avons retardé les réformes qui auraient pu apporter la croissance et éviter autant de dettes ». Interview :

Comment voyez-vous la situation de l’endettement en Tunisie à l’instar des dernières augmentations dans le secteur public?

Rappelons tout d’abord des réalités simples : l’encours de la dette publique en pourcentage du PIB passerait de 40,4% en 2010 à 52,9% en 2015. En gros, la Tunisie aura contracté entre 2011 et 2015 des emprunts pour une valeur supérieure à celle du budget de la loi des finances de 2015 soit plus de 29.000 millions de dinars dont 58% en devises. D’ailleurs, nous devrions nous inquiéter du fait que la part des emprunts extérieurs en devises étrangères dans les ressources du budget passerait de 7% en 2010 à 15% en 2015. L’Etat ne finance plus le développement et la croissance à moyen et long terme par des emprunts, mais les dépenses courantes ! En témoigne le fait que les dépenses de salaires dans le budget passeraient de 6.785 millions de dinars en 2010 à 11.197,4 millions de dinars en 2015, soit 39% du budget, alors que les dépenses d’investissements ne représenteraient plus que 20% ! Les augmentations salariales n’apportent pas la croissance nécessaire pour disposer des moyens de rembourser toutes ces dettes.

Cette augmentation sera-t-elle vraiment bénéfique pour les employés de la fonction publique?

Sincèrement, pas du tout. De grève en débrayage, les fonctionnaires sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont tous assis. Les compléments de salaires obtenus sont souvent ridicules à l’échelle individuelle (quelques dizaines de dinars mensuels en plus). Mais globalement, l’effet économique est négatif.

En effet, le volume des dépenses de salaires aura augmenté de 65% depuis 2010 et contribué à alimenter le cercle vicieux de l’inflation alors que la productivité du travail est en berne. Aussi, les fonctionnaires ne se rendent pas compte que les initiatives syndicales maladroites dans l’enseignement et dans les transports, notamment, ont marqué à jamais l’opinion publique. On peut continuer à creuser jusqu’à atteindre le fond et là, les réformes douloureuses pourraient leur faire payer l’attentisme politique comme l’opportunisme syndical. Qu’ils prennent garde à ne pas trop abuser de la scie, la chute n’en sera que plus rapide.

La Tunisie se trouve toujours contrainte de s’endetter de l’extérieur pour financer la consommation. Est-ce la bonne façon?

La Tunisie a besoin de croissance stable à très court terme et de réformes importantes à moyen terme. Les clefs de cette croissance sont la productivité des facteurs de production et l’investissement. Disons que notre blocage aujourd’hui vient du fait que nous avons retardé les réformes qui auraient pu apporter la croissance et éviter autant de dettes. Dans l’urgence, et sous le poids de pressions étrangères fortes, nous serons obligés de nous soumettre au diktat de nos créanciers qui exigeront d’être payés. Nos dirigeants se précipiteront alors dans les bras de l’austérité. Or, l’austérité est capable d’assainir les finances publiques sans dégager la moindre croissance et avec un coût social que nous ne pourrons pas supporter. Remarquons à cet effet que les intérêts de la dette augmentent depuis 2010 plus vite que le principal à servir.

Il est clair que les politiques, ceux qui concourent aux élections pour être au pouvoir, sont responsables. Il leur faut comprendre que l’on ne peut pas racheter indéfiniment le silence des électeurs avec des augmentations financées par les dettes en devises. Ce que je crains est qu’à un moment ou un autre, nous serons dos au mur et nous nous retrouverons dans la situation de 1881 : celle d’un pays qui a été tellement mal géré qu’il aura hypothéqué sa souveraineté nationale. Nous devons nous ressaisir, avoir le courage de la réforme et privilégier l’intérêt général sur celui des corporatismes quels qu’ils soient.

Khadija Taboubi

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -