Davantage qu’une catharsis, la réconciliation au sortir d’un régime où toutes sortes d’atteintes étaient monnaie courante, n’est pas chose aisée. Cela fait bientôt cinq ans qu’il en est question en Tunisie sans que cela aboutisse à des mécanismes nationalement convenus et à un socle qui l’est tout autant pour engager rigoureusement et aux moindres frais un processus pertinent où le peuple se réconcilierait enfin avec lui-même.
L’Instance Vérité et Dignité (IVD) est en place, mais peine encore à trouver son chemin et répondre à sa vocation telle que définie par le législateur, avec les péripéties que l’on sait, les réserves formulées çà et là contre sa présidente et la cascade de démissions et de limogeages de ses membres. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a, dans cette architecture cru nécessaire et productif de lancer une initiative destinée à instaurer une réconciliation économique. Et cela n’a pas été du goût de tout le monde, surtout de l’opposition qui, dès le départ, a fourbi toutes ses armes pour lui déclarer la guerre quitte à descendre dans la rue.
Que reproche-t-on à cette initiative convertie déjà en projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée des représentants du peuple ? Essentiellement de « chercher à gracier les anciens serviteurs du régime déchu de Ben Ali ainsi que les hommes d’affaires qui ont, de façon illégale, profité des prêts bancaires et d’autres privilèges et passe-droits ». Ensuite, il lui est fait grief d’ « envoyer un signal de désintéressement au reste de la population et une négligence complète de leurs revendications quant a la lutte contre l’impunité, la rente et le clientélisme ». Cela risque de remettre en cause la transition démocratique dans le pays et exacerber les tensions radicales dans la société tunisienne, ajout-t-on.
Les défenseurs de l’initiative présidentielle semblent avoir préparé l’argumentaire qui arrange leur démonstration. L’un d’eux et non des moindres, Mohsen Marzouk, secrétaire général de Nidaâ Tounès et ci-devant ministre conseiller de BCE, affirme et jure ses grands dieux qu’il ne s’agit pas de « passer l’éponge » ou d’absoudre les tricheurs, qui devront restituer l’intégralité des sommes spoliées, et payer des pénalités.
La vraie question, selon lui, c’est la question de l’intérêt de l’État, dans la mesure où « l’argent récupéré sera affecté au développement régional, et profite aux régions les plus pauvres du pays, par exemple en alimentant un fonds pour la scolarisation des élèves de ces régions ». Et pour garnir le tout ce dividende : « un impact positif sur l’économie, sur l’investissement, et sur l’administration, car aujourd’hui, beaucoup de fonctionnaires ne veulent plus prendre aucune initiative, de peur des poursuites dont ils pourraient faire l’objet ».
Le président de la République qui n’entend pas faire machine arrière et retirer le projet de loi lequel, prévoit-on , passera comme une lettre à la poste lors de son examen par les députés, semble s’être assuré du soutien du chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui s’est fendu d’un distinguo entre la réconciliation et la justice transitionnelle, ce qui pulvérise le cheval de bataille de l’Instance Vérité et Dignité qui réclame à cor et à cri qu’elle la seule compétente à connaître de tour ce qui a trait à la réconciliation et à la justice transitionnelle, fût-elle économique.
Ghannouchi n’en a pas moins réclamé des aménagements et des amendements à apporter au texte, loin de tout esprit revanchard. « L’imputabilité est indispensable, et il ne faut pas qu’il y ait impunité, mais ce n’est pas avec l’esprit de vengeance et de représailles mais avec l’intention de cicatriser les blessures et d’aller de l’avant, loin de tout esprit de rancunes », a-t-il affirmé.
Pour l’opposition, tous les moyens sont bons !
Un non franc et massif
Du côté de l’opposition, la croisade contre l’initiative de BCE est de plus en plus virulente. L’un de ses ténors, le dirigeant au Front populaire,Mongi Rahoui a affirmé ce vendredi que « « Le FP et toutes les élites du pays œuvreront à abattre l’état d’urgence et la scélérate loi sur la réconciliation économique », sans omettre de menacer que « nous aurons recours à la rue pour faire tomber ces lois arbitraires par des marches dans chaque ville, village et patelin ».
« Nous disons au pouvoir actuel que nous sommes prêts à aller en prison, à mourir dans l’honneur et tomber sous les balles de vos armes », a-t-il encore maugréé lançant un appel aux forces de sécurité de ne pas être parties prenantes dans la bataille dans laquelle on veut les précipiter, car il s’agit d’un combat contre la corruption », selon ses dires.
Pour le reste de l’opposition, des concertations sont engagées pour décider des formes de protestation à lancer. Le porte-parole d’Al-Joumhouri a précisé que les partis coalisés vont se concerter au sujet des actions à prendre pour manifester, publiquement, leur refus.








